08/04/2011

A qui profite le blocus ?

Avant-hier, Israël a fermé le seul passage qui était encore ouvert pour l'exportation ou l'importation de la marchandise. Normalement, il n'ouvrira que dimanche. L'article suivant, publié en anglais par le service de presse on-line IRIN du Bureau pour la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), décrit les tracasseries du transport des livraisons, déjà énormes sans une réduction supplémentaire des jours d'ouverture.

 


« L'UNWRA entravé par les lourdes procédures douanières à la frontière de Gaza : Ramallah 28 mars 2011 (IRIN)

Le camionneur israélien Nazar Zarro se met au volant de son semi-remorque, rempli de stocks de farine d'urgence à l'intention de l'UNRWA (Office de secours et de travaux pour les réfugiés palestiniens des Nations Unies) dans la bande de Gaza. Zarro parcourt les cent kilomètres entre le port israélien d'Ashdod et le passage de Kerem Shalom - où les frontières de Gaza, Israël et Egypte se rencontrent - cinq jours par semaine. Huit fois, les provisions de farine sont déchargées puis remises dans son camion pour les besoins du système complexe de sécurité israélienne avant de parvenir aux familles nécessiteuses de Gaza.

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Camionneur Nazar Zarro, qui fait le trajet à la frontière cinq jours par semaine

Fournir de la nourriture aux 750'000 réfugiés palestiniens à Gaza est une vaste opération pour l'UNRWA, qui a besoin de plus de 270 tonnes de farine par jour pour subvenir aux besoins. Selon le Programme Alimentaire Mondiale, plus de la moitié des 1,5 millions d'habitants de Gaza dépendent de l'aide alimentaire.

Kerem Shalom est le seul passage pour le transit de la marchandise et de l'aide humanitaire à Gaza, sous blocus israélien depuis quatre ans. Zarro décrit ainsi le passage :'Kerem Shalom est petit - le passage de 200 camions par jour atteint le maximum de ses capacités,' et il se gare dans une queue interminable de camions. '[Le passage de] Karni est cinq fois plus grand ... Avant, on travaillait jusqu'à minuit pour faire passer 700 camions chaque jour.' ... Le trajet entre Ashdod et Kerem Shalom dure deux fois plus de temps qu'à Karni, et pourtant Kerem Shalom ferme à midi.

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Camions en attente au passage de Kerem Shalom (tikun)

Karni, sous le contrôle d'Israël, est le seul passage équipé pour permettre l'entrée d'un grand nombre de camions à Gaza. Il est fermé aux camions depuis juin 2007, mais le transport par tapis roulant était restée ouverte pour le transfert de blé jusqu'au 2 mars, lorsque les autorités israéliennes ont annoncé sa fermeture totale. Les frais pour le même transfert via Kerem Shalom augmenteront de 20%, dit UNRWA.

Processus très compliqué

Des containers d'aide humanitaire en provenance de l'étranger sont transportés depuis Ashdod à des entrepôts loués par l'UNRWA. Là, des ouvriers déchargent les marchandises au moyen de chariots à fourche, les plaçant sur des palettes. Une deuxième équipe d'ouvriers emballent alors l'alimentation et les médicaments à toute vitesse en  les bâchant de plastique pour un long voyage sous le soleil brûlant et pour enfin arriver dans les douze centres de distribution à Gaza. L'UNRWA a dénoncé cette procédure comme compliquée et coûteuse.... L'organisation peine à faire rentrer suffisamment de farine et des matériaux de construction à cause des heures d'ouverture écourtées et la capacité limitée au passage. Chris Gunness, porte-parole pour l'UNRWA à Jérusalem, souligne le fait que des containers destinés à la Cisjordanie sont chargés sur des camions à Ashdod et déchargés lorsqu'ils arrivent à leur destination finale - deux fois - tandis que ceux pour Gaza doivent être déchargés et rechargés huit fois en tout.

L'utilisation des palettes coûte cher

Le transfert des marchandises au moyen des palettes coûte deux fois plus cher que le transport dans des containers de 38 mètres cubes, et il y a plus de risque que les biens soient endommagés. De surcroît, les tarifs élevés d'importations, ajoutés aux impôts exigés, vont à des sociétés privées qui gèrent les opérations à Kerem Shalom. Le total des frais supplémentaires pour le transport au moyen des palettes revenait à 2,1 millions de dollars américains en 2010 et 73'000 dollars en janvier et février 2011, selon l'UNRWA.

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Marchand au passage de Karni - palettes sur le camion au fond (Rafah Today)

'En ce moment, le budget de l'UNRWA est de 50 millions de dollars dans le rouge : ces frais supplémentaires pèsent lourd dans le contexte actuel,' dit Gunness. Cet argent serait mieux utilisé pour créer des emplois et dans des projets de développement à Gaza. Depuis 2007, l'UNRWA a déboursé 80'000 dollars pour stocker des marchandises estimées être des biens faisant potentiellement 'double emploi' dans le port d'Ashdod. L'autorisation israélienne pour l'importation de ces biens (des appareils pour faire des radios et des outils destinés à des centres où on apprend à réparer des véhicules, par exemple) se fait toujours attendre.

Karni moins sûr que Kerem Shalom ?

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Passage de Karni (Shabtai Gold/IRIN)

Mgr Guy Inbar, coordinateur israélien des Activités du gouvernement dans les territoires [palestiniens] (COGAT), explique que Kerem Shalom est plus sûr que Karni à cause des tirs des roquettes depuis la bande de Gaza. À Kerem Shalom, les camionneurs israéliens sous contrat avec l'UNRWA déchargent la marchandise du côté israélien. Le COGAT règle l'entrée des biens et les douaniers israéliens, employés par le Ministère de la Défense, inspectent la marchandise avant qu'elle soit autorisée d'importation à Gaza. Le camionneur Zarro décrit les trois salles sécurisées par lesquelles on transfère la marchandise : deux des salles peuvent accommoder le contenu de 32 camions; l'autre, le contenu de 12 camions. 'Le contenu des palettes est déchargé dans les salles, qui sont fermées du côté gazaoui. Après inspection, les portes s'ouvrent du côté gazaoui pour que les camionneurs palestiniens puissent charger les livraisons.'... Des inspecteurs de l'UNRWA viennent à Kerem Shalom tous les jours afin de faciliter l'entrée des camions de l'UNRWA à Gaza.

Les camionneurs se pressent au guichet

Zarro fait partie des dizaines de camionneurs israéliens se serrant devant la fenêtre d'une caravane pour obtenir l'autorisation des autorités israéliennes à la frontière pour transférer leur marchandise. Il réussit à avoir le tampon d'approbation mais plusieurs camionneurs doivent partir bredouilles après une vaine attente pendant des heures en plein soleil.

Selon l'UNRWA, il n'y a pas de réfrigération à Kerem Shalom, ce qui contribue à la détérioration des médicaments et réduit le temps durant lequel l'alimentation reste de bonne qualité.

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Des camions attendent à Kerem Shalom (Reuters)

Gunness déclare : 'Si un équipement adéquat pour la sécurité était en place à Kerem Shalom, des containers de marchandises pourraient être expédiés facilement. Cet équipement est disponible. D'un point de vue logistique, il serait plus sûr, plus facile et moins coûteux de scanner toute une livraison à la fois.' IRIN a demandé la raison pour laquelle il était nécessaire d'utiliser des palettes au Ministère israélien de Défense, mais il n'y a pas eu de réponse.

Selon un sondage récent de l'Association des agences du développement international (AIDA), association qui regroupe plus de 80 organisations non-gouvernementales, opérationnelles dans les territoires occupés palestiniens, les frais causés par des restrictions sur le déplacement du personnel et de la marchandise reviennent à au moins 4,5 millions de dollars par année.»

 

Commentaires

bravo Carole, pour ce beau projet. Je suis de tout coeur avec toi et te souhaite un trés bon voyage. J'y serai en pensées et en blog! C'est une superbe idée. Sylvie

Écrit par : sylvie | 06/04/2007

Merci Carol pour cette fenêtre que tu nous ouvres sur Gaza!
Bonne chance pour la suite.
Amitiés.

Écrit par : Ingy | 03/05/2007

C'est magnifique! Et d'autant plus parlant pour moi qui suis restée très attachée à Gaza, après y avoir travaillé il y a bien des années. Attachée aussi à transmettre notre langue, j'enseigne le français aux migrants de notre région en tant que bénévole. L'enseigner à Gaza serait un rêve... Je suivrai la suite de votre parcours avec beaucoup d'intérêt et vous accompagne de tous mes voeux. Nicole

Écrit par : Nicole Simond | 09/05/2007

Merci, Carol, pour ces infos bien concrètes et actuelles.
A qui profite le blocus? A ceux qui sont bouffés par l'inquiétude mais à voir l'évolution des événements, cela ne peut que faire grandir leur inquiétude...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 09/04/2011

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