28/04/2007

Une semaine à Gaza

Fenêtre de Abu Khali 

Une fenêtre sur Gaza (Photo Carol)

 

Une pause de deux semaines s’est imposée depuis mon arrivée à Gaza, le temps de me mettre à l’heure d’ici.  C’est donc seulement le 25 avril que Ziad Medoukh m’a ouvert la porte du modeste Centre de la Paix de l’Université Al Aqsa. Et que j’ai appris que Ziad porte plus d’une casquette: depuis 2004, il est chef du département de français de cette Université. J’ai été tout de suite sollicitée pour intervenir dans un cours. Les visiteurs de l’extérieur parlant français sont rares et fort appréciés.  On m’a demandé de parler de la Suisse.  En fait, les étudiants savaient déjà plein de choses – notamment que les Conventions de Genève restent, hélas, lettre morte !

J’ai également assisté au cours d’enseignement du français de Ziad, dans lequel les étudiants, observés par leur professeur, doivent donner une leçon à leurs camarades,. Ensuite viennent commentaires, critiques et propositions pour améliorer le déroulement de la leçon, de la part de Ziad et des étudiants. Les leçons étaient d’une qualité exceptionnelles qui me rappelait des moments forts de mes études pédagogiques à Genève.  Il y avait un bon équilibre entre théorie et exercices pratiques (lecture de dialogues et jeux de rôles), avec une participation enjouée des étudiants, qui viennent de l’ensemble de la Bande de Gaza.  Ziad sait leur transmettre le désir de se responsabiliser, et en même temps il les laisse libres de développer toute leur créativité. Cela augure bien pour le travail de ces futurs enseignants du français.

 

L’enseignement du français a pris de l’essor à Gaza lors de l’arrivée en 1994 des autorités palestiniennes venues de Tunis ainsi que du retour de centaines de palestiniens de la diaspora des pays du Maghreb, en particulier de l’Algérie. La langue française, valorisée à l’époque de Gamal Abdel Nasser, puis délaissée entre 1967 et 1994, a trouvé après les Accords d’Oslo une nouvelle génération assoiffée de contacts avec la France. Les jeunes que j’ai rencontrés à l’Université Al Aqsa comme ailleurs sont fiers de montrer leurs connaissances en français.

 

Le jeune Centre de Ressources francophone de l’Université Al Aqsa  (www.alaqsa.edu.ps) sert à la fois de salle de classe, de bibliothèque et de salle d’informatique.  Le Centre est plus riche en ambitions qu’en ressources : enseignants et étudiants ont besoin de livres et de matériel pédagogique, et ils seraient ravis d’avoir des contacts avec des amis francophones suisses. (aqsafrancais@yahoo.fr) Tout enseignant retraité - comme moi - serait également le bienvenu pour une période minimale de trois mois.  Le personnel enseignant n’est pas rémunéré : actuellement, comme l’université dépend du Gouvernement, les professeurs ne reçoivent plus de salaire, en raison du boycott du Gouvernement palestinien par les pays occidentaux, y compris l’Union européenne ! Les trois professeurs de français forment une équipe soudée et assurent cinq voire six cours par semestre pour environ 140 étudiants, dont une quarantaine vont prochainement passer les examens du DELF.

 

Corner Market (Photo Carol)

 

Le Souk, vieille ville de Gaza (Photo Carol)


F -  L – A – S – H ! :  dans le journal du 26 avril, quelques mots en arabe me sautent aux yeux : Genève, Musée d’art et d’histoire, Président Abbas, Marc-André Haldimann, exposition, archéologie, … Gaza ! Le Gaza d’antan à Genève, le Gaza d’aujourd’hui sur ce blog …

 

A SUIVRE !

13:01 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

05/04/2007

Ziad

Ma première connaissance sur le Web s'appelle Ziad.  Ayant fait maintes formations dans la communication non-violente, je cherchais des informations lorsque je suis tombée sur un inconnu qui défendait la nécessité de l’action non-violente en Palestine. Il écrit en français, et il est palestinien. Pour moi, c’était du jamais vu ! J’ai lu ses écrits et ses poèmes pendant des mois jusqu’à l’opération « Arc en Ciel », le nom cynique donné aux incursions meurtrières à Rafah, au sud de la Bande de Gaza, en mai 2004.  Tout d’un coup, la personne que je lisais à son insu exprimait un grand désespoir. Il se demandait pourquoi le monde avait abandonné la Palestine.  J’ai eu envie de lui répondre, et notre amitié électronique s’est liée.

Ziad Ziad au Pré Byron, Cologny, Genève été 2004, Photo Carol

Quelque temps après, Ziad m’a écrit qu’il venait à Genève, suivre la formation « Ecole, instrument de paix » http://www.portail-eip.org/indexf.html. Il se trouvait en France, où il terminait des études pour l’enseignement du français comme langue étrangère. Il voulait me rencontrer.  Moi et ma famille, nous avons invité Ziad à manger à la maison. Nous avons appris que, sur les deux millions d’habitants de la Bande de Gaza, quelques centaines parlent le français et l’aiment pour ce que cette langue apporte de culturel. Dans la ville de Gaza, il y a même un Centre culturel français très actif.

Rentré à Gaza à la fin de l’été 2004, Ziad est devenu responsable pour la faculté de français de l’Université d’Al-Aqsa.  En 2005, 54 jeunes ont reçu leurs diplômes d’étude du français. Le contexte était sombre.  Gaza continuait à subir des attaques de l’armée israélienne qui réduisait la vie en survie pour beaucoup. La situation est devenue pire en janvier 2006, lorsque la communauté internationale, qui avait pourtant souhaité des élections démocratiques, a coupé l’aide en réaction à la victoire du Hamas.

 

C’est dans cette période que mon ami Ziad a initié son Centre de la Paix à l’intérieur de l’Université d’Al-Aqsa. Depuis, malgré tous les évènements difficiles, il a tenu ferme dans la poursuite de son rêve : faire connaître les principes de la non-violence comme nécessité, surtout aux étudiants qui sont les futurs enseignants des écoles publiques de Gaza.  Tenir bon voulait dire répéter et convaincre que la paix n’est pas un luxe :  elle est possible parce qu’elle est absolument nécessaire http://www.peaceispossible.info/french/La%20Paix%20est%20.... Et ceci en dehors de tout contexte spécifique géopolitique.   

Alors, moi qui aime les nouveaux horizons, j’ai récemment répondu à une invitation de mon ami Ziad de venir enseigner dans le Centre de la Paix.  Le Réseau de la communication non-violente européenne http://www.nvc-europe.org/suisse/ s’intéresse vivement à son travail, et nous espérons appuyer ses échanges d’étudiants. Je me réjouis de partir et de pouvoir communiquer quelques nouvelles du Centre de la Paix de Gaza ici sur le blog de La Tribune grâce à ce nouveau mode de communication !

18:28 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |