05/05/2007

En mai, 5 artistes de Gaza rejoignent Genève

Préparation de lexpo - Photo Carol

Préparation de l'expo (Photo Carol)

 

Gaza rejoindra Genève pendant le mois de mai, avec la visite de cinq artistes dans le cadre de l’exposition Gaza à la croisée des civilisations au Musée d’art et d’histoire.  Ils viendront leurs tableaux sous le bras, par Rafah, la sortie sud de la bande de Gaza…  si l’armée israélienne le veut bien.  En effet, depuis l’année 2000, quitter Gaza est devenu pour la plupart des Palestiniens un tour de force.  La bande de Gaza est à peine plus grande que le canton de Genève (environ 45 km de long et 6 km de large dans sa partie plus étroite, 165 km carrés au total), avec une population de plus de 1,3 million, dont plus de 70 pour cent vivent en dessous du seuil de  pauvreté. Voyager est matériellement impossible pour la plupart des habitants, qui doivent recevoir le feu vert des autorités israéliennes pour aller en Egypte ou en Jordanie en cas de besoin médical ou en raison de toute autre urgence. Il leur est interdit de voyager par l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Une fois accordée l'autorisation de voyager, l’heureux individu doit encore attendre que le passage de Rafah soit ouvert. L’Etat d’Israël le garde fermé à sa guise depuis le 25 juin 2006 pour ne l’ouvrir qu'occasionnellement, en dépit d’un accord signé qui stipule que Rafah sera ouvert quatre jours par semaine.  Il appartient aux voyageurs potentiels d’ouvrir leur télévision pour savoir si oui ou non le passage sera ouvert le lendemain – des prévisions du temps tant soit peu particulières!

 

Les artistes qui vont rejoindre Genève font partie d’un collectif ( www.palestine-art.com ) qui dispose d’un studio dans l’immeuble Al-Nour du Croissant Rouge palestinien de la ville de Gaza. Cet organisme doit son existence au Docteur Fahti Arafat aujourd'hui décédé, frère de Yasser Arafat, un médecin qui a implanté le Croissant Rouge dans plusieurs pays arabes.


 

Dans latelier - Photo Carol
  

Dans l'atelier  (Photo Carol)

 

Le Docteur Arafat s’intéressait particulièrement à l’avenir des jeunes. Beaucoup d’artistes et de cinéastes palestiniens doivent leurs débuts à son soutien. Il était un visiteur fréquent à Genève, où il appréciait la possibilité d'être en contact avec des groupes mixtes réunissant palestiniens et israéliens.  Le studio du Croissant, ou hilal en arabe, offre un espace de travail, de concertation, d’exposition et de dépôt, ainsi qu’un lieu de cours pour enfants et jeunes. Il accueille souvent des visites de classes scolaires. Lors de ma récente visite, j’ai pu voir des travaux d’enfants de quatre camps de réfugiés de la bande de Gaza.

 

Objets

 

 

Un bateau
 

 

 

barbelé

 

 

 

Poubelles

 

 

 
Mains
 

Travaux d'enfants réfugiés (Photos Carol)


 
Pour venir en Suisse, les artistes ont dû faire des démarches auprès des autorités suisses dont le bureau se trouve à Ramallah, où siègent nombre d’autres bureaux officiels, palestiniens et étrangers.  Pour ce faire, il fallait envoyer des fax et téléphoner : Ramallah se trouve en Cisjordanie, et il est rare qu’un Palestinien de Gaza puisse y accéder.  Il en va de même pour un citoyen de Cisjordanie qui désire visiter Gaza.  Au cours des années, l’Etat d’Israël a multiplié les entraves visant à éviter les contacts entre Palestiniens vivant dans les deux parties de la Palestine. Il faut tout d'abord embaucher un taxi ayant un permis spécial pour faire le trajet entre Gaza et Ramallah. C’est le chauffeur du taxi qui présente les passeports et remet l’argent nécessaire aux autorités à Ramallah.  Il ne faut rien oublier : une seule signature qui manque et c’est au moins une semaine et le quart d’un salaire mensuel qui sont perdus. Ce sont alors l’attente et les appels téléphoniques pour assurer que tout est en ordre. Quand arrive une réponse positive, c’est le chauffeur du taxi qui doit faire un deuxième aller et retour pour ramener les précieux visas. Le coût de cette procédure revient à environ deux semaines de salaire.  Une charge lourde pour des artistes qui, comme en Suisse, sont obligés de travailler pour gagner leur pain. Il reste un dernier souci important : le passage de Rafah peut rester fermé jusqu'à six mois de suite ! Dernièrement, les pauses ont été plutôt d’une semaine, mais rien n'est certain. Et encore faut-il compter avec le voyage de Rafah au Caire, et trouver des places dans un avion pour Genève.

 

Les artistes palestiniens exposeront dans les locaux de la librairie arabe L’Olivier ( www.arabooks.ch ). Le vernissage aura lieu le 9 mai à 18 heures.  Allez saluer ces artistes qui viennent de loin. IIs ont soif d'en connaître plus de l’art et de la culture en Suisse et en Europe afin d'enrichir leurs connaissances et de les partager avec leurs collègues et leurs étudiants lors de leur retour.  Si vous leur demandez alors comment s’est passé leur voyage, vous pouvez être certain de les entendre répondre « très bien » ! Il n’est pas dans la culture d’ici de parler des ennuis qu'on a eus. Surtout si on est arrivé enfin à destination !  

 

 

 

 

 

 

23:05 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.