28/05/2007

Moain

Depuis le début des tirs israéliens sur Gaza, la tension entre Palestiniens s’est calmée.  Les gens font le deuil de leurs morts et essaient de retrouver une vie normale. Ce dimanche 20 mai, les éboueurs ont donné un nouveau visage aux rues et les magasins se sont ouverts. Les enfants ont commencé leurs examens de fin d’année.  Les universités restent encore fermées. Une longue grève est annoncée pour les bureaux du Gouvernement : ce doit être jusqu’au 28 mai.

 

Et parlons maintenant de quelqu’un qui a regagné récemment sa ville natale après un court séjour de travail aux Etats-Unis. Ce professeur de plusieurs universités a trouvé le passage de Rafah fermé au moment où il devait repartir pour assister à l’ouverture de l’exposition "Gaza à la croisée des civilisations" qui se tient à Genève. Il était pourtant la première personne concernée : sans  Moain Sadeq, cette exposition n’aurait pas eu lieu.  Et paradoxalement il n’a jamais été en Suisse ! 

Moain et Imad 

Moain et son fils Imad (Photo Carol)

 

En effet, la croisée des civilisations passionne le Dr. Sadeq : c’est le fil conducteur de toute sa vie professionnelle. Il est titulaire en 1979 d’un diplôme d’archéologie de l’Université du Caire. Il a ensuite obtenu un MA et un doctorat en archéologie de l’Université libre de Berlin. De 1980 à 1984, il a travaillé comme archéologue au sein de la mission archéologique française à Doha (Qatar) et il a été codirecteur de différentes fouilles archéologiques franco-palestiniennes, suédo-palestiniennes et anglo-palestiniennes dans la bande de Gaza.

 

Chargé du cours d' archéologie à la Haute Ecole d'Archéologie de l’Université al-Qods à Jérusalem, et nommé en 1991 titulaire de la chaire d’archéologie de la Palestine, il a été en 1994 à l’origine du Bureau du Ministère des Antiquités et du Tourisme à Gaza.  Il développe depuis lors ce Bureau en nouant des liens partout dans le monde, notamment en Israël, au Qatar, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suisse.  De 1994 à 2000, le Professeur Sadeq a enseigné l’archéologie, l’histoire de l’art, et l’histoire de l’architecture islamique à l’Université Islamique et à l’Université Al-Azhar à Gaza. Depuis 1994, il dirige de nombreuses fouilles archéologiques réalisées par des équipes palestiniennes dans la bande de Gaza. (Voir Under the Stones of Gaza de Jean-Gabriel Leynaud, disponible chez Gedeon-programmes Archéologie, Paléontologie, 2005).

 

Outre ses contributions à des conférences et ateliers locaux, régionaux et internationaux, le Dr Sadeq a publié nombre d’articles et d'ouvrages sur l’archéologie islamique.  Avant l’intifada Al Aqsa (qui a commencé en 2000), il prenait un grand plaisir à accompagner des groupes de visiteurs sur les sites archéologiques si chers à son cœur en Cisjordanie et surtout à Gaza. On peut imaginer sa grande déception de ne pas avoir pu assister à l’inauguration de l’exposition genevoise, couronnement d’un travail de douze ans ! 

 

Homme modeste et patient, le Dr. Sadeq se prénomme Moain, qui comme tout nom en arabe a un sens précis. Il se traduit par "celui qui soutient". Autant éducateur qu’archéologue, Moain a toujours activement soutenu depuis son retour en 1990 le développement de l’éducation supérieure à Gaza. Avec quatre amis, tous titulaires d’un PhD, il a transformé l'institut d’éducation dans lequel mon ami Ziad Medoukh était enseignant (voir blog du 5 avril). D’une petite école avec un cursus de deux ans destiné aux futurs enseignants de l’école primaire et secondaire, la Faculté d’Education est devenue un vrai département universitaire qui offre un B.A. après quatre ans d’études.  C’est grâce à l’encouragement de personnes de l’administration israélienne de l’époque que ce changement a pu être mené à bien. L’université d’Al Aqsa en est née. Moain en a été le doyen responsable pendant quatre ans, tout en continuant son enseignement ici à Gaza, à l’Université d'Hébron en Cisjordanie, et à la Haute Ecole d’Archéologie à Jérusalem Est.

 

Le passage de Rafah a fermé ses portes à un grand pédagogue, qui enseigne chaque année pendant un semestre aux Etats-Unis " Les cultures du Moyen Orient ", à l’Université de Chicago et à Montclair State University (New Jersey), ceci depuis l’année 2000. Citoyen de Gaza et du Canada, parlant couramment l'allemand et l'anglais, ce citoyen du monde sait cultiver la collaboration entre professionnels passionnés par le métier qu'ils partagent. Grâce aux initiatives du Dr Sadeq, il existe une coopération entre archéologues de l'Université Ben Gurion à Beersheba en Israël, l’Université En-Najah à Nablus en Cisjordanie et l’Université de Chicago. La fondation américaine Fulbright ( http://www.fulbrightweb.org ) lui a confié plusieurs missions dans le passé, et il est le responsable des bourses Fulbright pour toute la Palestine.

 

L’éducation est à la base d’un rêve que Moain nourrit depuis de nombreuses années : la création d’un musée archéologique à Gaza, qui serait témoin, tant pour les gens d'ici que pour les visiteurs étrangers, de l’étendue de l’histoire de cette région. Cet héritage historique est aujourd'hui menacé par la construction de logements due à la démographie galopante de la population de Gaza. La ville de Genève et l'UNESCO appuient cette démarche, avec l’aide précieuse du Père Jean-Baptiste Humbert de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem. Le Père Humbert et le Dr Sadeq collaborent depuis les accords d’Oslo pour diriger les fouilles dans la bande de Gaza, notamment celles des sites qui ont fourni leurs trésors à l’exposition qui se tient actuellement au Musée d’art et d’histoire de Genève. Les archéologues genevois Marc-André Haldimann et Marielle Martiniani-Reber se sont joints à eux pour œuvrer à la réalisation de ce projet qui pose de nombreux défis.

 

Beaucoup des habitants de la bande de Gaza ignorent le fait que leur ville est bâtie sur des vestiges qui remontent jusqu’à sept mille ans avant Jésus-Christ. Moain saisit chaque occasion pour transmettre ses connaissances à ses étudiants, à ses collègues dans d’autres pays, mais également au grand public de Gaza. Dans l'exercice de ses fonctions, il a organisé une vingtaine d’événements culturels pour différentes chaînes de télévision – palestinienne, arabe et ailleurs dans le monde – en arabe et en anglais, toujours dans le but de mieux faire connaître l’histoire de Gaza. 

 

Le Dr Sadeq soutient toute initiative qui tend à sauvegarder le patrimoine palestinien des trois grandes religions monothéistes. Actuellement, il travaille à la création d’un Centre Culturel Est-Ouest ici à Gaza, qui accueillera toute personne intéressée à explorer les racines communes des peuples du Moyen Orient, ainsi que tout individu désirant se familiariser avec la culture occidentale. A son avis, il existe de part et d'autre une absence de compréhension parfois tragique. Le Dr Sadeq est à la recherche de personnes ou d'institutions disposées à participer à la création d’un tel oasis multiculturel. ( msadeq@uchicago.edu )

 

La vocation d’archéologue jette une lumière originale - tolérante et ouverte – sur les blocages de la communication dans cette partie du monde. Le passé du Moyen Orient se trouve concentré d’une manière particulièrement riche dans les ruines de la bande de Gaza, un fait que le savant genevois Max van Berchem a su apprécier déjà au dix-neuvième siècle ( www.maxvanberchem.org ). Moain Sadeq, premier et seul archéologue de Gaza, espère encore pouvoir donner une conférence à Genève avant la fin de l’exposition au  Musée d’art et d’histoire. Il voudrait parler des racines de la civilisation occidentale sous le sol sableux de Gaza… si le passage de Rafah veut bien lui ouvrir ses portes.

Portail vert 

Une porte à Gaza (Photo Carol)

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Commentaires

Farfour, le "Mickey" de la chaîne Al-Aqsa qui choque Israël
LE MONDE | 15.05.07 | 14h40 • Mis à jour le 15.05.07 | 14h40
JÉRUSALEM CORRESPONDANT


Le personnage s'appelle Farfour, ce qui signifie "papillon" en arabe. Il ressemble à Mickey. Tous les vendredis après-midi, Farfour dialogue avec une petite fille nommée Saraa sur la chaîne Al-Aqsa, contrôlée par le Mouvement de la résistance islamique, le Hamas. Le programme s'appelle "Les pionniers de demain".


"Tu ne dois pas oublier tes prières et te rendre à la mosquée cinq fois par jour. Et tu dois te mettre dans les premiers rangs jusqu'à ce que nous gouvernions le monde", insiste Farfour.

- Nous vous rappelons que nous, les plus grands, nous avons commencé ce programme pour diriger le monde. Le point de départ, avec l'aide d'Allah, se fera d'ici, de Palestine, ajoute Saraa.

- Depuis la Palestine ? Que veux-tu dire ? De Gaza, de Jérusalem, de Ramallah ou de toute la Palestine ?, demande Farfour.

- Oui, de toute la Palestine, répond Saraa.


- Oui, nous, les pionniers de demain, nous allons restaurer la gloire de cette nation, et nous allons libérer Al-Aqsa (la mosquée). Avec la volonté d'Allah, nous allons libérer les pays musulmans envahis par les assassins, réplique Farfour

- Oui, il y a des enfants qui sont victimes de l'occupation des juifs, mais, avec l'aide d'Allah, nous allons résister et nous protéger contre l'occupation sioniste", répond Saraa.


Ce programme, destiné aux enfants, a fait bondir les Israéliens, d'autant que les références à l'occupation de la Cisjordanie, au droit d'y résister et aux conséquences de celle-ci sont légion. "Les juifs ont détruit ma maison ; mes cahiers et mes livres sont sous les décombres", se plaint ainsi Farfour. Avant d'ajouter : "J'appelle tous les enfants à s'appliquer à lire et à bien préparer leurs examens, car les juifs ne veulent pas que nous soyons éduqués." Le ministère israélien des affaires étrangères dénonce "l'endoctrinement des enfants palestiniens (en faveur) de la violence, de la haine et du meurtre. Farfour et Saraa utilisent toutes les occasions pour prôner la suprématie de l'islam, la haine d'Israël et des Etats-Unis et le soutien à la résistance, un euphémisme palestinien pour le terrorisme".

Le ministre palestinien de l'information, Moustapha Barghouti, a demandé à la chaîne de suspendre son émission, estimant qu'il est "malheureux d'utiliser un programme pour enfants pour faire passer un message politique".

Ses responsables ont passé outre et l'ont diffusée comme d'habitude vendredi dernier. "Nous avons nos propres méthodes d'éducation pour nos enfants. Toute critique constitue une interférence dans nos affaires intérieures", a répliqué Fathi Hamad, responsable de la chaîne à Gaza.

Écrit par : Pierre S. | 01/06/2007

Bonjour Pierre S.
Il y a 2 lectures possibles de votre information sur Farfour.

La première c'est de renforcer la thèse d'un peuple palestinien uni vers la conquête du monde. Ne serait-ce pas la réponse symétrique à l'insoutenable arrogance des Juifs fondamentalistes qui avancent, au premier degré de lecture des textes, être le "peuple élu" ? Avec une lecture comme celle-ci il n'y aurait pas d'espoir. Les deux peuples étant voués à se détester éternellement.

La seconde lecture c'est d'entendre que cette présentation de Farfour aux enfants fait débat en Palestine. "Moustapha Bargouti a demandé de suspendre l'émission" Le climat de tension extrême en palestine n'empêche pas ce débat, c'est rassurant de mon point de vue !

Écrit par : Gérard | 03/06/2007

Carol,
Ingy told me you went to Gaza and I feel jealous that you can be there and I can't....not yet. I am hoping to be able to cross Rafah end of July. If I make and you are still there, it will be GREAT to meet you in my hometown.
On Saturday, there was a big demonstration marking 40 years of occupation of the territories. We fomed a human chain from the Israeli mission till Place des Nations. And then, speeches, a play, and a beautiful concert. Nadia had her stand and I helped as usual. We were selling food till 11:00 p.m. I thought of you...

Écrit par : Rania | 11/06/2007

Conférence-Evénement à la découverte de la richesse du patrimoine culturel de la Palestine : « Gaza à la croisée des civilisations »

Gaza, reflet de la Méditerranée et de l’Orient, a suscité six mille ans de convoitises. Carrefour des civilisations, la Bande de Gaza regorge d’un patrimoine d’une richesse exceptionnelle et d’une diversité insoupçonnée.

Salon du livre de Paris (14-19 mars 08)
Porte de Versailles, Hall 1
Dimanche 16 mars, 13h30-15h00
Salle Yehuda Amichaï, 1er étage

http://www.chaman.ch/salondulivreparis

Écrit par : Stefanos | 14/03/2008

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