20/06/2007

Apprendre une langue c’est un pas vers la paix


Lorsque je suis arrivée à Gaza, j’avais envie de trouver un professeur d’arabe. On m’a proposé une école de langues. Mon voyage aurait déjà valu la peine pour cette rencontre avec la fondatrice de cette école ! Samira Srur Fadil a enseigné l’hébreu à Gaza et l’arabe à Netanya (Israël) pendant 20 ans, avant de fonder The Abraham Center for Languages (l’hébreu, l’arabe et l’anglais), au moment des accords d’Oslo. Abraham est le père des trois religions qui puisent leurs racines dans cette région du monde, et le nom du Centre Ibrahimi a été choisi pour cette raison. D’abord responsable pour l’inspection de l’enseignement de l’hébreu dans les écoles de Gaza, Samira a quitté ce poste pour son école. Elle souhaite en faire un pont entre sa ville (Gaza), les pays voisins et le reste du monde.

 

L’élan d’Oslo était optimiste, et Samira a pu voir des gens de beaucoup de pays dans son centre, y compris des suisses. Elle était surtout ravie de pouvoir accueillir des élèves d’arabe d’Israël pour des cours intensifs. Pendant 7 jours, en dehors des heures de cours, les étudiants israéliens mangeaient et visitaient Gaza avec des élèves palestiniens du centre qui étudiaient l’hébreu. La police palestinienne les accompagnait partout et surveillait l’hôtel où ils séjournaient. En fait, les jeunes policiers étaient intrigués par ces visiteurs et attirés par la bonne ambiance des groupes mixtes. Par la suite, certains se sont même inscrits à l’école  ! Le Centre Ibrahimi était connu pour être le seul endroit dans la bande de Gaza et en Cisjordanie où des israéliens étaient accueillis de telle manière.

 

A cette belle époque, les élèves palestiniens du Centre Ibrahimi ont pu séjourner en Israël et en Norvège. Samira y a trouvé un soutien précieux pour ses initiatives. Réciproquement, quatre groupes d’étudiants norvégiens sont venus à Gaza pour des séjours culturels de dix jours, logés dans des familles palestiniennes. L’anglais était la langue commune.  Mais lorsque la deuxième intifada a débuté en 2000, les problèmes ont commencé.  En 2002, les amis norvégiens ont arrête leur aide : les déplacements physiques devenaient quasi impossibles dans un sens comme dans l’autre.

 

La création du New Palestinian Abraham Center for Languages ( www.npacl.com ) en 2003 répondait aux besoins d’une population de plus en plus isolée du monde. Samira avait vu la vingtaine d’employés de l’école se réduire comme peau de chagrin.  La demande pour des cours baissait : apprendre une autre langue devenait un luxe. L’argent manquait, des possibilités de voyager aussi. Il fallait alors envisager une autre communication, à distance, grâce à l’Internet, avec l’anglais comme langue commune entre étudiants de langue maternelle hébreu ou arabe. Des gens de tout âge, peu éduqués ou universitaires, jeunes ou adultes, trouvent la porte ouverte au Nouveau Centre Ibrahimi pour développer leurs projets linguistiques ou informatiques. Et le centre reste ouverte en ce moment : un nouveau cours d’anglais a démarré mardi 17 juin. Venir, étudier, devient un moyen de s’exprimer sur la situation accablante que les gens de la bande de Gaza subissent. Les deux seuls ordinateurs du centre sont en demande constante !

 

Contre monts et marées, Samira persiste dans son envie de faciliter une prise de conscience des cultures différentes en ce qu’elles apportent comme richesse. L’apprentissage d’une langue y mène naturellement. Membre d’une vieille famille de Gaza, elle sait l’importance de la compréhension inter-culturelle : elle est noire, et Gaza n’est pas a l’abri du racisme. Actuellement, le centre offre plusieurs cours d’anglais et quelques cours d’hébreu.  Les étrangers se font rares : une journaliste anglaise, une femme américaine et moi étaient les seules étudiantes d’arabe ce mois de mai. Ayant fréquentée bon nombre d’écoles de langues à Genève, soit comme élève soit comme enseignante, je peux attester à la haute qualité pédagogique des cours.

 

La situation désespérante de la population de Gaza n’est pas une raison pour Samira de rester les bras croisés, au contraire ! Il y a quatre mois, elle et Gal Springman, une amie qui enseigne l’anglais à Tel Aviv et à Jaffa, ont ouvert un cours, chacune de son côté, pour dix élèves entre 11 et 16 ans. Jusqu’à maintenant, une fois par semaine, ces jeunes apprennent l’anglais dans le but de développer des liens par ordinateur.

 

Ramiz et Fouad à lordinateur  
Fouad avec Ramiz
 

 

Le cours à Gaza est gratuit.  L’important, c’est que les élèves aient envie d’apprendre l’anglais pour communiquer avec un jeune de l’autre cours et que leurs parents soient favorables à leur participation.

 


Walaa et Islam  

 

Omar Sabreen et Ranine

élèves

 

L’amitié entre Gal et Samira a commencé en 1998, lorsque Gal a appris le travail de Samira par un journal israélien. Elle lui a téléphoné pour l’inviter à visiter son kibbutz de Yad Mordachai, avoisinant de la bande de Gaza. Samira lui a proposé de venir d’abord voir le Centre Ibrahimi, et Gal s’est joint à un groupe de l’Université de Beersheva pour faire le voyage. Depuis lors, Gal a fondé une organisation non-gouvernementale (ONG) israélienne, Language Connections, avec une collègue, Judy Cohen.  Cette ONG est composé d’éducateurs juifs, musulmans, et chrétiens qui partagent le défi de vivre et élever leurs familles dans un climat de conflit. Ils sont convaincus de la nécessité de sortir du cercle vicieux de violences par une meilleure connaissance l’un de l’autre.  L’outil qu’ils proposent est l’apprentissage d’une langue dans le but d’établir un dialogue à une petite échelle personnel. ( http://www.languageconnections.org )

 

Tout récemment, Gal et Samira se sont concertées pour envisager la continuation de leurs deux cours parallèles.

 

Samira et Gal 

Samira et Gal

 

Les élèves de Gaza viendront au centre deux fois par mois jusqu’à ce que la situation s’améliore. Samira leur payera le voyage en taxi pour assurer leur sécurité. Pour leur cours aujourd’hui, ils ont préparé des questions sur la Suisse, puisque je pensais être là. Je leur ai écrit un E-mail en leur proposant à chacun d’écrire un petit descriptif avec leur âge, dans le but de les trouver des correspondants (parlant l’anglais !) en Suisse.

 

Gal et Samira persistent à vouloir favoriser la compréhension mutuelle qu’elles savent possible pour l’avoir voulue et vécue. Dernièrement, un sondage réalisé par une ONG  ( http://www.ipcri.org ) a montré que le premier pas vers la paix proposé spontanément par des palestiniens et des israéliens était l’inclusion d’un cours d’éducation pour la paix à l’école publique. L’initiative de Samira et Gal y ouvre ce chemin.

 

Pour plus d’informations, contacter :
 
Gal Springman, E-mail:

languageconnections@gmail.com  

ou

language_connections@hotmail.com (English or French)                                  
 
Samira Srur, E-mail npacl@msn.com, (English, please!)
 
Carol Scheller, E-mail carol.scheller@freesurf.ch ou carol.scheller@yahoo.fr
(français ou anglais)

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Commentaires

C'est en se mélangeant avec d'autres personnes de nationalités et coutumes différentes qu'on apprend la langue bien sûr mais aussi la tolérance de l'autre car on le comprend mieux qu'au travers de reportages ou des médias en général qui nous montrent ce qu'ils ont envie.

Écrit par : www.vraiesecolesdelangues.com | 26/02/2013

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