02/07/2007

Nasser

 

Abdel Nasser Amer fait partie des artistes qui, comme le genevois Nicolas Bouvier, vont à la recherche d’autres horizons pour mieux créer une fois rentrés chez eux. Nasser vit à Khan Younis, au milieu de la bande de Gaza, dans la maison familiale que lui et ses frères ont construit pour leurs parents il y a sept ans. Les quatre étages de la maison fourmillent d’enfants, l’accueil y est chaleureux. Les grand-parents de Nasser étaient parmi les habitants de la petite ville d’el-Magdal chassés par l’armée israélienne en 1948. Aujourd’hui 71'000  réfugiés palestiniens font partie de cette diaspora – la plupart vivent dans la bande de Gaza à moins de 20 kilomètres de leur lieu d’origine.

 

 mer près de Khan Younis


Vue de la mer près de Khan Younis – Photo Carol

 

Les gens de Magdal ont la réputation d’être intelligents et forts face à l’adversité. Il fallait l’être pour les parents de Nasser : ils ont vécu la destruction de trois de leurs maisons, les deux premières dans le camp de réfugiés de Jabalia et la troisième, à Khan Younis. Le papa de Nasser est diplômé de l’université, mais pour gagner son pain, il était ouvrier dans la construction en Israël. Parlant hébreu et un bel anglais, il se remet lentement d’un cancer et semble bien plus âgé que ses cinquante ans. La maman de Nasser, aussi généreuse dans son corps que dans son être, gère une grande famille qu’elle a commencé tôt : elle s’est mariée à l’âge de 14 ans et, comme son mari, n’a pas voulu accepter d’aide pendant les années difficiles.

 

jardin de Nasser

 

jardin de Nasser

Jardin de Nasser sur le toît de la maison familiale

 

Petit, Nasser est devenu rapidement allergique à l’école. Il détestait tout ce qui était rigide. A l’âge de 10 ans, il s’échappait pour retrouver des amis à Rafah au lieu de se rendre en classe. Lorsque son père a su, sa réaction n’était pas tendre : l’école avait une grande importance pour la famille Amer, mais pas pour Nasser. Très vite, il ne sait pas comment, il s’est mis à dessiner et faire des croquis, même à l’école.  A la maison, ses parents encourageaient ce drôle de fils épris de liberté et de beauté.


  
 Grenadine
grenadine - Photo Nasser
 

Adolescent, Nasser a rejoint son père pour aller travailler sur les chantiers en Israël. Il était fier d’apprendre le métier et attiré par l’hébreu qu’il a vite fait sien. A l’âge de 16 ans, Nasser a trouvé un patron dans un des beaux restaurants qui longent la mer à Haïfa. Pendant une année, il y a travaillé et dormi. Physiquement, il  pouvait passer pour un israélien d’origine séfarade (juif du Yémen ou d’Iraq ; à lire à cet égard Ella Shohat, Le Sionisme du point de vue de ses victimes juives. Les juifs orientaux en Israël, La Fabrique, Paris, 2006). Puisqu’il parlait, lisait et écrivait parfaitement l’hébreu, il s’est trouvé invité dans des fêtes avec des jeunes de son âge, y compris des bar-mitzvah. Nasser garde d’excellents souvenirs des amis juifs et du patron chrétien qu’il avait à cette époque.

 

Puis sont arrivés les années de la première intifada. L’imposition de la loi militaire était dure à Gaza. A 17 ans, Nasser a rejoint les garçons de son âge qui jetaient des pierres contre les soldats israéliens. Il connu la prison quatre fois en tout. Dans le désert du Néguev ainsi qu’en régime d’enfermement à Khan Younis. Finalement, l’école où Nasser excellait fut la résistance. Il est vite devenu leader des jeunes du Fatah.

 

Si vous le voyez aujourd’hui, grisonnant à 37 ans, vous auriez de la peine à l’imaginer militant engagé. Doux en geste et en parole, Nasser se bat maintenant uniquement pour la culture et la paix. En avril, avec d’autres collègues artistes, il a proposé aux autorités de Khan Younis le projet de créer un complexe artistique avec galleries d'expositions et espaces pour des cours et résidences pour artistes dans un aéroport désaffecté. Ce projet visionnaire est inspiré par sa visite de six mois à la cité des arts de Paris.

 

Ancien aéroport israélien de larmée de lAir

Ancien aéroport israélien de l'armée de l'Air

 

Lors des violences du mois de mai, Nasser et des collègues du monde artistique ont risqué leurs vies en installant une permanence sous tente où les gens de Khan Younis étaient invités à boire du thé et discuter de leurs besoins communs, de l’arrêt des violences entre palestiniens.

 

Pourquoi ce virement ? L’arrivée de Yasser Arafat à Gaza en 1994 a transformé le désespoir de la population en un énorme espoir de la paix. Tout le monde croyait que l’établissement d’un état autonome palestinien était imminent. Beaucoup ont définitivement renoncé aux armes dès ce moment-là,  Nasser en faisait partie. A partir de ce jour-là, il s’est juré de se consacrer à ce qu’il aimait et faisait le mieux : la peinture. C’est à l’Union Chrétienne des Jeunes Gens (YMCA) de Gaza que Nasser a d’abord pu suivre des cours de dessin. Il a rapidement maîtrisé plusieurs techniques, profitant spécialement des ateliers à Khan Younis qui réunissaient des artistes arabes, américains, hollandais, français et palestiniens pendant trois étés consécutifs.

 

Nasser 
Nasser au travail – photo Carol
 

Nasser a commencé à exposer ses tableaux seul ou avec d’autres à partir de 1996, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, à Amman, au Caire et à Paris en 2004 à la Cité des Arts ( http://www.citedesartsparis.net ). La variété des matériaux qu’il maîtrise est impressionnante : gravure sur papier japonais qu’il fabrique lui-même,
 
prisonnier - librairie lOlivier - Genève 
prisonnier - librairie l'Olivier - Genève
 

peintures sur fonds de textures diverses, peintures à l’huile, peintures à acrylique. Nasser incorpore tout ce qu’il trouve dans la composition de ses tableaux. Il passe du réalisme à l’abstrait pur, souvent à la poursuite d’un thème : les cactus en fleurs ou la violence envers les femmes. Dernièrement, il rêve de pouvoir contribuer au bien-être de « tous les enfants du monde ». ( http://www.bebo.com/nasserart )

 

Des enfants, Nasser en reçoit dans son atelier du Croissant Rouge de la ville de Gaza, il en est le responsable depuis 10 ans. Il organise des cours et des expositions pour des artistes à Gaza et en Cisjordanie. Il a du plaisir à ouvrir à son tour un nouveau monde aux jeunes de la bande de Gaza.

 

A la fin de cet été, Nasser est invité à travailler et exposer ses œuvres à Béziers, au sud de la France.  Il espère pouvoir y aller si le passage de Rafah lui ouvre généreusement ses portes.

 

voisins

Photo Carol

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Commentaires

ras le bol de votre quietude mensongere, demander a vos amis de liberer le soldat Amit et le journaliste anglais ras le bol du hamas et des terroristes, gaza est israelienne point final. je vous rappelle que jerusalem est juive les musulmans ne sont la que depuis 662 apres JC un peu d histoire vous ferai du bien...la palestine n est qu une province comme l alsace et la loraine pas un pay . il manque une institution pour les gens comme vous Amnesy international

Écrit par : stephane | 03/07/2007

Bonjour à toutes et à tous,
Bonjour Stéphane,
vous êtes du genre à revendiquer une terre d'après l'Histoire ?
Mes ancêtres ont occupé toute l'Europe et le bassin méditerranéen bien avant Jesus Christ... donc... La Palestine, et toute la région contigue nous appartiendrait alors ???
Chouette... je vais enfin pouvoir moi aussi revendiquer ce pays.
Non mais !
De tels fonctionnements psychologiques relèvent de l'absurdité car la réalité humaine du terrain n'est pas un affrontement de musulmans à juifs. Bon nombre de palestiniens sont chrétiens cher Stéphane.
Avant de vous vanter de posséder la culture historique, vous devriez étudier un peu votre sujet.
En plus, un séjour sur place pour comprendre pourquoi les mouvements tels que le Hamas sont tellement appréciés par la population... ne vous ferait pas de mal.
Cultivez vous un peu avant d'étaler votre pseudo connaissance historique.
Bien à toutes et à tous,
Stéphane

Écrit par : Stéphane | 20/09/2007

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