19/09/2007

Gaza dans le noir


Sans pouvoir continuer d’écrire depuis Gaza, n’étant plus sur place, j’assiste impuissante à la détérioration alarmante de la situation. Le Email qui suit m’est arrivé aujourd’hui de Ziad Medoukh (voir « Ziad », le 5 avril avril).  Ses nouvelles sont mauvaises, aussi mauvaises que sa persévérance caractéristique est courageuse.

La fermeture des frontières empêche le Centre de la paix de participer à une rencontre internationale sur la paix à Toulouse

Par Ziad Medoukh :

La fermeture de toutes les frontières de la Bande de Gaza par les forces d'occupation israéliennes, en particulier le passage sud de Rafah, empêche le Centre de la paix de l'université Al-Aqsa de Gaza de participer à une rencontre internationale sur la paix organisée par le collectif « Jeunes du Monde » à Toulouse en France prévue du 17 au 30 septembre 2007.

Malgré l'obtention de toutes les autorisations nécessaires pour sortir de Gaza via Amman en Jordanie par le passage d'Erez au nord de la Bande de Gaza, l'armée israélienne maintient la fermeture et le blocus sur tous les points de passage qui relient la Bande de Gaza au monde extérieur pour des raisons de sécurité, comme d'habitude.
Deux responsables du Centre de la paix ainsi que quatre jeunes de notre université devaient participer à cette rencontre à Toulouse à laquelle participent au moins 150 jeunes de plus de 30 pays.

Monsieur Ziad Medoukh, coordinateur du Centre de la paix de Gaza, devait contribuer à cette rencontre avec plusieurs conférences et interventions sur l'éducation à la paix en Palestine; la non-violence comme forme de résistance. Il devait également y présenter les activités nombreuses du centre depuis sa création en février 2006 dans le domaine de formation, ateliers et débats organisés pour des jeunes et des étudiants de Gaza dans le domaines de la démocratie, la non-violence, les droits de homme et la paix.

C'est la quatrième fois cette année 2007 que le Centre de la paix, ses responsables ainsi que ses jeunes adhérents et membres sont empêchés de voyager et de participer à des rencontres, conférences et formations dans la région ou en Europe sur la non-violence et la paix.

Depuis sa création début 2006, le Centre de la paix a pu participer à trois rencontres en France, en Jordanie et au Liban, mais à partir de septembre 2006, il rencontre des difficultés de sortir de Gaza, vu la fermeture et le blocus imposé par les forces de l'occupation israélienne sur la Bande de Gaza.

Nous tenons à remercier toutes les associations en Europe qui continuent de nous envoyer des invitations pour participer à des rencontres sur la non-violence et la paix ainsi que pour leur soutien. Nous vivons dans l’espoir d’en finir avec cette situation et de pouvoir participer très prochainement à toutes les rencontres internationales afin de présenter les activités de notre Centre pour la paix et montrer notre volonté de continuer à croire en la paix malgré toutes les difficultés liées à l'occupation israélienne  et à la situation interne dans la Bande de Gaza.

Depuis le coup forcé du Hamas dans la Bande de Gaza, les autorités israéliennes imposent un blocus total sur tous les points de passage de la Bande de Gaza, toujours occupée en dépit du départ des colons israéliens en octobre 2005.

Malgré ce blocus, malgré toutes les mesures de l'occupation israéliennes, et malgré la situation très difficile à Gaza, le Centre de la paix continuera ses activités de sensibilisation à la démocratie, la non-violence, la citoyenneté et la paix, car nous sommes convaincus que la paix est notre choix, et elle sera toujours notre choix.

La situation actuelle m’inspire pout réorienter ce blog : désormais, je le conçois et le gère comme plate-forme pour des voix venant de la Bande de Gaza. Si un dialogue pouvait s’instaurer entre ces voix et des voix d’ici, cela serait un soutien petit mais précieux à ces personnes enfermées dans une cage administrative et politique hors de toute possibilité d’agir. Aujourd’hui, ce blog est sobre, sans images.

Je ne peux pas oublier les enfants gazouis qui adoraient Tom et Jerry en anglais à la télé, qui aimaient danser et jouer avec les mots français, espagnol et anglais, qui posaient mille questions curieuses sur le monde d’où je viens. Leur résilience m’étonnait toujours. Un exemple : un soir, je rentrais vite après une panne d’électricité à mon Internet café. Les cinq enfants de l’étage en dessus rentraient aussi. « Il n’y a pas de lumière [« nour » en arabe], » j’ai crié au plus âgé, un garçon de 12 ans. « Mais si » a-t-il répondu, du tac au tac : « Il y a Nour (le nom de sa petite sœur qui courait derrière nous tous) ! »

Nour … c’est ce que je souhaite pour les enfermés de Gaza et pour ceux qui les enferment. Mais aujourd’hui même, le gouvernement israélien a voté une mesure terrible : l’Etat d’Israël va priver la Bande de Gaza de combustible, d’électricité et même de marchandise ; certains medias disent qu’ils seront peut-être privés d’eau. Les ministères israéliens ont pris cette décision trois jours avant la fête de Rosh ha-shana, la journée du grand pardon. Selon Maurice-Ruben Hayoun, qui écrit dans ses colonnes électroniques, le 22 septembre, les juifs prient « pour que la vie, l’équité et la paix ne soient pas menacées. On appelle solennellement à la pratique réelle et sincère de l’amour du prochain, quel qu’il soit. »

Et si Israël pensait à son prochain dans les territoires occupées de Gaza, juste à côté ? Aux milliers de gens qui vivent actuellement dans la plus grande pauvreté, chômage et peur de l’avenir, dont le niveau de vie est misérable comparé à celui de l’israélien moyen. Comment comprendre les actions envisagées par l’Etat juif ? Est-ce que les grands du monde vont encore ignorer les crimes de guerre contre cette population déjà prise en otage par son propre gouvernement ? Nour, par pitié, nour ! Lumière !

 

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