20/01/2008

Destin de Gaza aux mains de la justice israélienne

Nous assistons depuis une bonne semaine à une détérioration sans précédant des conditions de vie de la population de la bande de Gaza. Depuis jeudi, l’Etat d’Israël y a coupé toute entrée de carburant en dépit des protestations des Nations Unies. L’unique transformateur encore en fonctionnement dans la bande de Gaza vient de s’arrêter, faute d’alimentation. Ceci implique une pénurie d’eau potable et la fin de traitement des eaux usées. Israël programme délibérément une catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza. Les médias suisses restent silencieux, ou presque.

 
Dans ce contexte, nous publions une traduction d’un article du journaliste Rami

Almeghari, qui écrit en anglais depuis la bande de Gaza. (15 janvier http://electronicintifada.net/)  (E-mail : rami-almeghari@hotmail.com)


 Rami Almeghari 


Il est presque minuit. Soudain, la lampe de mon bureau s’allume après douze heures sans électricité. Des milliers de gazouis comme moi vivent avec des coupures de courant de ce type depuis plus qu’une semaine maintenant. Moi, je cours à mon ordinateur portable.
 
Comme journaliste de Gaza, je voulais envoyer un article à mes éditeurs sur les coupures d’électricité. J’avais pris mes contacts, j’avais parlé aux gens, j’avais toutes les informations, mais lorsque je suis allé au bureau pour m’asseoir devant mon PC –  pas de courant !
 
Depuis trois jours, j’essaies d’envoyé l’article promis à temps. J’ai loué un générateur qui marche à l’essence, mais au moment où j’ai branché mon PC, l’électricité a été coupée.
 
Je suis rentré à la maison où j’ai rebranché le générateur. Sur ce, mes enfants ont joyeusement réclamé leur émission préférée à la télévision. Mais à ce moment même, il y a eu une autre coupure du courant, cette fois-ci, de notre récepteur satellite.
 
J’ai essayé de garder ma bonne humeur devant les enfants, une lampe à kérosène éclairait la pièce. Avec eux, mes neveux et ma nièce, qui habitent notre immeuble, j’ai commencé à chanter des chants traditionnels palestiniens en lieu et place des dessins animés. Ceci leur a heureusement plu, simplement parce que je sais chanter. Mais il y a beaucoup d’autres situations à Gaza où c’est bien plus difficile de faire face.
 
A l’hôpital principal de Gaza, al-Shifa, il y a un service de pédiatrie. L’hôpital est doté de couveuses pour des bébés prématurés, mais sans électricité, c’est impossible d’assurer leur fonctionnement.
 

L’hôpital possède des générateurs, mais uniquement pour des moments de crise ; ils ne se prêtent pas être à une utilisation régulière selon Dr. Nasser el-Sa’di, le responsable de la pédiatrie. Nous avons visité la salle des prématurés avec le docteur. Là, il nous a montré le petit Sabrin Doush, trois semaines :  « Si on nous coupe l’électricité complètement, ce bébé va probablement mourir. Certains nouveau-nés prématurés ne peuvent pas survivre de soins ordinaires. Sans un courant ininterrompu, nous allons perdre des bébés. »


   Prématuré à Gaza

Unité de soins intensifs, Hôpital des Enfants, Gaza, Photo Rami Almeghari

 

Dans une autre salle de l’hôpital al-Shifa, il a y 200 patients ayant besoin de dialyse trois ou quatre fois par semaine. Dr. Mohommad Shabat, responsable, s’inquiète pour ses patients : « L’électricité ici est vitale. L’appareil pour les dialyses ne fonctionne pas de manière correcte pendant les coupures : Chaque personne qui ne reçoit pas la dialyse dont il a besoin dans les 24 à 48 heures risque de mourir. »


  

Et pourquoi ces coupures ? Autrefois, Gaza faisait partie de l’ère moderne. Mais en octobre, une cour de justice israélienne a déclaré légale la décision du gouvernement d’éteindre les lumières de Gaza pour punir collectivement les habitants de la bande de Gaza, déjà assiégée par l’Etat d’Israël.


  

La centrale électrique de Gaza recevait à l’époque du carburant d’Israël payé par l’Union européenne. Les besoins quotidiens de Gaza étaient satisfaits à 45 % par ce carburant. L’autre 55 % venait de l’Etat d’Israël. Mais en été 2006, l’armée israélienne a bombardé le centrale, détruisant six transformateurs. Puis, en septembre 2007, Israël a déclaré la bande de Gaza « entité ennemie » en condamnation des tirs de roquettes artisanaux sur le territoire israélien. En novembre, la bande de Gaza a souffert de coupures de carburants sérieuses qui se sont ajoutées au lot déjà misérable de la population.


 

power plant

Centrale électrique de Gaza

 

"La centrale électrique de Gaza a besoin de 450,000 mètres cubes de carburant pour générer 80 mégawatts par jour. Nous n’en recevons que 250,000," dit Derar al-Sisi, vice-directeur de la centrale. Il ajoute : "Nous avons fait des requêtes auprès de toutes les autorités impliquées : l’Union européenne, l’Autorité palestinienne, et même l’Etat israélien avec l’aide des européens, mais nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour.''

 

Entre temps, nous, à Gaza, nous essayons de vivre aussi normalement que possible. Notre destin est entre les mains d’une cour à Jérusalem. 
 

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Commentaires

C'est de la haute criminalité d'Etat. De la barbarie pure et simple. Inadmissible!

Écrit par : Marcel | 21/01/2008

Je ne pense pas que couper le fuel et les vivres à Gaza soit la bonne solution pour faire cesser les tirs incessants de roquettes sur Israël et Sderot.
Ceci dit, quelle choix à le gouvernement Israéliens face aux désirs sécuritaire de ces citoyens? Quelles propositions avez vous pour que les tirs, qui causent les coupures d'électricités, le manque de vivre et le chaos à Gaza? Il faut dénoncer Israël pour ces actions contre le peuple palestiniens, mais il ne faut pas oublier de dénoncer aussi le Jihad Islamique, le Hamas et autres, contre le peuple Israélien.
Depuis la seconde intifada, les conditions de vie des Palestiniens n'ont fait que de se détériorer... Les groupes armées ont une lourde responsabilité dans cette détérioration où ils sacrifient leur peuple au nom d'une idéologie.
Il est bien plus facile d'accuser l'autre d'être responsable de ses problèmes plutôt que de les affronter, cela est autant valable pour les Palestiniens et les Israéliens.
Donc, Rami Almeghari, comme journaliste vous devriez dénoncer la violence et la haine où qu'elle soit pour gagner en crédibilité...

Écrit par : Rubin | 21/01/2008

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