23/01/2008

Lettre de Gaza ... aucune attente

 

Une nouvelle voix gazaouie se lève sur le web, cette fois sur la page de l’UNWRA, l’agence des Nations Unies crée en 1949 pour parer aux besoins urgents des réfugiés palestiniens. Prévue pour n’être que provisoire, elle est toujours en fonction soixante ans plus tard.
 
 
Ceci est le troisième billet de Najwa Sheikh Ahmed, qui écrit dans un anglais impeccable. On peut lire les lettres dans l’original à http://www.un.org/unrwa/refugees/stories/2008
 
 
Lettres de Gaza (3)
 

…aucune attente


  

 Souper à la bougie

photo : souper à la bougie
 
 
Partout dans le monde il y a des gens et des organisations qui croient aux droits humains. Il y en a qui luttent jusqu’à leur dernier souffle pour protéger ces droits. Je m'interroge : nous à Gaza, faisons-nous partie de la race humaine, ou bien faisons-nous partie d’une catégorie de personnes exclues des droits humains ? Aujourd’hui, les croyances et les valeurs que j’ai acquises pendant mon enfance se sont effritées. Je suis forcée de croire que les palestiniens de Gaza ont été créés pour souffrir. 
 
 
Il y a tant d’efforts déployés pour nous voler chaque moment joyeux de notre vie. On nous traite comme des créatures étranges qu’il faut manier sans pitié. On détruit le moment le plus heureux qu’une famille aspire à vivre – le mariage d’un fils ; on tue à petit feu tout un peuple en leur niant le droit à l’eau, au carburant, à l’électricité, au chauffage et à la nourriture. Existe-t-il un être humain qui mérite d’être privé de ces besoins élémentaires ?
 
 
Jusqu’à il y a deux ans, Gaza n’avait jamais connu de pénurie d’électricité. Nous avions ce qu’il nous fallait. Puis les boycotts et ensuite les coupures ont commencé et, d’un jour à l’autre, il n’y avait plus d’électricité que huit heures par jour. Nous nous sommes beaucoup plaints de l’hiver rude que connaît notre région ! Mais aujourd’hui, avec les nouvelles mesures qui privent toute la Bande de Gaza d’électricité, nous vivons réellement dans le froid, comme au début du moyen âge. Personne n’est épargné – les enfants, les personnes âgées, les malades et les femmes enceintes.
 
 
Ce soir, de nouveau, je vais rester dans le froid et le noir avec mes trois enfants. Je ferai de mon mieux pour les occuper, mais le temps sera long, et il n’y aura ni chauffage ni lumière dans la pièce. Ils deviendront frustrés ; l’un d’eux commencera sûrement à pleurer ou à faire des histoires… Mon Dieu, que c’est fatiguant de vivre ainsi au vingt-et-unième siècle !
 
 
Lorsque je suis sortie de la maison pour aller au travail ce matin, j’ai dû attendre un taxi plus d’une heure dans la rue. Il n’y pas de carburant, alors les rues étaient vides et calmes – bien trop calmes, le genre de silence qui vous dit que quelque chose ne tourne pas rond. J’ai fait quatre boulangeries à la recherche de pain. Elles étaient soit fermées, soit elles débordaient de longues files de clients. Fatiguée (j’attends un bébé), j’ai renoncé, je m’en voulais de n’avoir pas gardé de la farine à la maison. Mais à quoi bon avoir de la farine chez soi s’il n’y a pas d’électricité pour cuire le pain ?
 
 
C’est vraiment bizarre de se trouver dans cette situation. On se sent tellement impuissante, puis on observe que ce sentiment d’impuissance se mue en apathie – pas que vous êtes indifférente, mais parce qu’il vous manque toute possibilité d’améliorer ou de changer quoi que ce soit.
 
 

A la fin d’une longue journée, je me trouve en train d’appréhender de me retrouver à la maison. Dans le bureau où je travaille, nous avons du chauffage et de la lumière. Mais rentrer à la maison veut dire une autre longue attente pour un taxi et ensuite une longue nuit dans le noir et le froid perçant, à l’affût des enfants qui commencent à pleurer. Comment leur expliquer ce noir soudain qui a envahi leurs jeunes vies ?

Najwa Sheikh et ses enfants, Gaza 

 
 
Photo : Najwa Sheikh et ses enfants
Gaza, janvier 2008
 
 
Najwa Sheikh Ahmed est une réfugiée palestinienne qui habite le camp de réfugiés de Nuseriat, au milieu de la Bande de Gaza avec son mari et ses trois enfants.

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21/01/2008

Catastrophe humaine à Gaza

Le moment choisi par l’Etat israélien pour serrer l’étau sur la bande de Gaza semble avoir été soigneusement choisi : il fait plus froid que d’habitude dans la région (il y a eu des sans-abri morts du froid en Israël), et c’est juste la période des examens dans les écoles et à l’université. Ramiz (voir la note du 11 juin) m’annonce qu’il a mené à bien ses examens. Les études sont sa source principale de stabilité et de son sens même d’exister. Les écoliers et les étudiants qui continuent à étudier, les professeurs qui continuent à enseigner, font partie de la fibre même de la société gazaouie.

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PHOTO : Rasha et son professeur d’anglais, Nabila

 

Ci-dessous, le témoignage de Ziad Medoukh, responsable de la faculté de français à l’Université d’Al-Aqsa, et fondateur de son Centre de paix, ville de Gaza.

Bonjour de Gaza

Je profite de ma présence à l’université, où nous avons le droit à deux heures d’électricité par jour – l’éducation est un élément sacré en Palestine – pour vous envoyer ce bref message.

La situation est catastrophique dans la Bande de Gaza à tous les niveaux ; depuis hier soir, toute la Bande de Gaza est plongée dans le noir; toutes les frontières sont fermées par ordre militaire. Rien n’arrive à Gaza. Il manque de tous les éléments de base pour une vie normale : carburants, médicaments, produits alimentaires, électricité, eau …

La vie est morte à Gaza. A part les universités et les hôpitaux, tout est fermé. Personne ne se rend au travail. Les rues sont presque vides.

S’ajoute à tout cela les attaques et les bombardements israéliens qui font des morts et des blessés. Si cette situation continue, le pire attend les citoyens de Gaza déjà enfermés et encerclés dans leur prison : des malades vont mourir et des dégâts très graves dans le domaine de la santé et de l’environnement vont se produire.

Un appel avant tout à la conscience internationale : sauvez Gaza ! Sauvez les habitants de Gaza, sauvez les malades de Gaza, sauvez les enfants de Gaza, sauvez l’espoir de Gaza. Devant cette catastrophe humaine, devant la complicité de beaucoup de pays, voire le silence international, il ne reste à Gaza que deux choses essentielles : la patience et l’espérance.

Amitiés de Gaza la résistante,

Ziad

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20/01/2008

Destin de Gaza aux mains de la justice israélienne

Nous assistons depuis une bonne semaine à une détérioration sans précédant des conditions de vie de la population de la bande de Gaza. Depuis jeudi, l’Etat d’Israël y a coupé toute entrée de carburant en dépit des protestations des Nations Unies. L’unique transformateur encore en fonctionnement dans la bande de Gaza vient de s’arrêter, faute d’alimentation. Ceci implique une pénurie d’eau potable et la fin de traitement des eaux usées. Israël programme délibérément une catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza. Les médias suisses restent silencieux, ou presque.

 
Dans ce contexte, nous publions une traduction d’un article du journaliste Rami

Almeghari, qui écrit en anglais depuis la bande de Gaza. (15 janvier http://electronicintifada.net/)  (E-mail : rami-almeghari@hotmail.com)


 Rami Almeghari 


Il est presque minuit. Soudain, la lampe de mon bureau s’allume après douze heures sans électricité. Des milliers de gazouis comme moi vivent avec des coupures de courant de ce type depuis plus qu’une semaine maintenant. Moi, je cours à mon ordinateur portable.
 
Comme journaliste de Gaza, je voulais envoyer un article à mes éditeurs sur les coupures d’électricité. J’avais pris mes contacts, j’avais parlé aux gens, j’avais toutes les informations, mais lorsque je suis allé au bureau pour m’asseoir devant mon PC –  pas de courant !
 
Depuis trois jours, j’essaies d’envoyé l’article promis à temps. J’ai loué un générateur qui marche à l’essence, mais au moment où j’ai branché mon PC, l’électricité a été coupée.
 
Je suis rentré à la maison où j’ai rebranché le générateur. Sur ce, mes enfants ont joyeusement réclamé leur émission préférée à la télévision. Mais à ce moment même, il y a eu une autre coupure du courant, cette fois-ci, de notre récepteur satellite.
 
J’ai essayé de garder ma bonne humeur devant les enfants, une lampe à kérosène éclairait la pièce. Avec eux, mes neveux et ma nièce, qui habitent notre immeuble, j’ai commencé à chanter des chants traditionnels palestiniens en lieu et place des dessins animés. Ceci leur a heureusement plu, simplement parce que je sais chanter. Mais il y a beaucoup d’autres situations à Gaza où c’est bien plus difficile de faire face.
 
A l’hôpital principal de Gaza, al-Shifa, il y a un service de pédiatrie. L’hôpital est doté de couveuses pour des bébés prématurés, mais sans électricité, c’est impossible d’assurer leur fonctionnement.
 

L’hôpital possède des générateurs, mais uniquement pour des moments de crise ; ils ne se prêtent pas être à une utilisation régulière selon Dr. Nasser el-Sa’di, le responsable de la pédiatrie. Nous avons visité la salle des prématurés avec le docteur. Là, il nous a montré le petit Sabrin Doush, trois semaines :  « Si on nous coupe l’électricité complètement, ce bébé va probablement mourir. Certains nouveau-nés prématurés ne peuvent pas survivre de soins ordinaires. Sans un courant ininterrompu, nous allons perdre des bébés. »


   Prématuré à Gaza

Unité de soins intensifs, Hôpital des Enfants, Gaza, Photo Rami Almeghari

 

Dans une autre salle de l’hôpital al-Shifa, il a y 200 patients ayant besoin de dialyse trois ou quatre fois par semaine. Dr. Mohommad Shabat, responsable, s’inquiète pour ses patients : « L’électricité ici est vitale. L’appareil pour les dialyses ne fonctionne pas de manière correcte pendant les coupures : Chaque personne qui ne reçoit pas la dialyse dont il a besoin dans les 24 à 48 heures risque de mourir. »


  

Et pourquoi ces coupures ? Autrefois, Gaza faisait partie de l’ère moderne. Mais en octobre, une cour de justice israélienne a déclaré légale la décision du gouvernement d’éteindre les lumières de Gaza pour punir collectivement les habitants de la bande de Gaza, déjà assiégée par l’Etat d’Israël.


  

La centrale électrique de Gaza recevait à l’époque du carburant d’Israël payé par l’Union européenne. Les besoins quotidiens de Gaza étaient satisfaits à 45 % par ce carburant. L’autre 55 % venait de l’Etat d’Israël. Mais en été 2006, l’armée israélienne a bombardé le centrale, détruisant six transformateurs. Puis, en septembre 2007, Israël a déclaré la bande de Gaza « entité ennemie » en condamnation des tirs de roquettes artisanaux sur le territoire israélien. En novembre, la bande de Gaza a souffert de coupures de carburants sérieuses qui se sont ajoutées au lot déjà misérable de la population.


 

power plant

Centrale électrique de Gaza

 

"La centrale électrique de Gaza a besoin de 450,000 mètres cubes de carburant pour générer 80 mégawatts par jour. Nous n’en recevons que 250,000," dit Derar al-Sisi, vice-directeur de la centrale. Il ajoute : "Nous avons fait des requêtes auprès de toutes les autorités impliquées : l’Union européenne, l’Autorité palestinienne, et même l’Etat israélien avec l’aide des européens, mais nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour.''

 

Entre temps, nous, à Gaza, nous essayons de vivre aussi normalement que possible. Notre destin est entre les mains d’une cour à Jérusalem. 
 

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10/01/2008

Appel de médecins israéliens

Appel des Médecins pour les Droits de l’Homme (PHR) – Israël     9 janvier 2008


  
(traduction de l’anglais : voir l’original à http://electronicintifada.net)
 

Une délégation de quatre membres israéliens des Médecins pour les Droits de l’Homme –Israël : trois médecins et le directeur des cliniques pour PHR, sont arrivés à Gaza ce matin.
En même temps, un envoi d’urgence d’approvisionnements médicaux d’une valeur d’environ $40,000 a été livré par PHR – Israël aux hôpitaux d’al-Shifa (ville de Gaza) et l’Hôpital européen (Khan Younis).  Ces deux hôpitaux souffrent de graves insuffisances.


 
Le convoi était organisé pour amener un peu d’aide médicale et pour réunir des informations quant aux répercussions de l’isolement de Gaza par Israël et la communauté internationale. C’était aussi une expression de solidarité avec les civils palestiniens et tous les soignants en état de siège.

 

Le convoi était planifié pour coïncider avec la visite du président des Etats-Unis George W. Bush dans la région.  Par-là, les organisateurs voudraient signaler aux responsables politiques qu’il ne peut y avoir un processus de paix réussi sans que Gaza y soit inclus et sans protéger les droits de ses résidents.


  

 

In a Gaza City protest Palestinians carry empty coffins symbolizing the 62 patients who have died since June because of Israeli sanctions that denied them access to medical treatment outside Gaza, 8 January 2008. (Wissam Nassar/MaanImages)

 

Dans un contexte plus large, la politique israélienne au passage d’Erez est mise en question.  Des centaines de patients se voient refuser le passage permettant l’accès aux soins de plus en plus fréquemment. Ces soins étant impossibles à trouver dans la bande de Gaza, leur vie et leur santé sont en danger.
 

L’étape la plus récente de cette politique est une décision des trois juges de la Cour Suprême israélienne, tombée hier, qui interdit l’accès aux soins hors de la bande de Gaza à huit des quinze cas présentés par une pétition de PHR-Israël, sans possibilité de recours. Ce sont tous des cas risquant la mort. Malgré une décision antérieur de la même Cour qui disait que des patients, bien que considérés comme une menace à la sécurité, pouvaient avoir accès à des routes alternatives pour des soins, la Cour refuse finalement d’obliger l’Etat de garantir un passage aux patients.
 

La seule possibilité qui reste pour ces patients est la pression internationale et celle des medias.
 

Ce que vous pouvez faire :


  
  • Écrire à d’autres responsables israéliens. Voici le numéro de FAX du chef du service secret israélien, General Security Service (Shabak), M. Yuval Diskin : 00 972 3 6428175. Voici le E-mail du Departement des Affaires Publiques du Bureau du Premier Ministre israélien : pmo.heb@it.pmo.gov.il

 

  • Ecrire à l’ambassade israélien en Suisse : M. Ilan Elgar, Ambassadeur israélien en Suisse, Alpenstrasse, 32, 3006 Berne

 

  • Faire suivre ce message à des individus et des organisations partout dans le monde en dénonçant l’isolation de Gaza et le refus d’accès à des soins médicaux et le manque de respect d’autres droits fondamentaux.

 

  • Ecrire à votre association médicale où vous habitez et demandez-leur d’amener une discussion sur cette question à l’agenda de l’Association médicale mondiale.
 
Pour une liste complète des patients et leurs états de santé, veuillez contacter Miri Weingarten à miri@phr.org.il ou au 00 973 546 995199 ou Libby Lenkinski Friedlander à Libby@benor.co.il
 
 
 

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