28/02/2008

Gaza : la mort de la floriculture

Ce billet est un raccourci du cinquième article dans la série « Récits du Siège », que l’on peut trouver sur le site du Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme (www.pchrgaza.org). L’original, en anglais, date du 24 février 2008.
 
 
Avec son climat doux à proximité de la mer et son sol perméable, la bande de Gaza est un endroit idéal pour la culture commerciale de fleurs. Plus de cent petites exploitations emploient quelques 7`000 ouvriers.
 
 
La majorité de ces exploitations se trouvent autour de Beit Lahia, au nord de la bande de Gaza. Mais Hassan Hijazi et sa famille habitent au sud, tout près de Rafah. Ils cultivent des œillets et des chrysanthèmes sur leur 24 dunums (1 dunum = environ 1'000 mètres carrés). Hassan Sheikh Hijazi est le responsable du syndicat local des producteurs de fleurs. Il est depuis 17 ans dans le métier.
 
 

« Il y a 10 ans, floriculteurs de Gaza exportaient 80 millions de fleurs par année vers l’Europe, roses comprises, » il explique. « Mais ces dernières années ont été extrêmement difficiles, et cette année, la pire de toutes. … J’ai perdu plus d’ un million de shekels, mais c’est pareil pour tous les floriculteurs de Gaza. »

2101984581.jpg

roses de Gaza, photo Carol


 
Le chiffre d’affaires moyen annuel de l’industrie des fleurs gazaouie est de l’ordre de 13 millions de dollars. Les agriculteurs dépensent encore 5 millions de dollars pour planter et soigner leurs fleurs : le coût d’investissement par dunam revient à 7'750 dollars. Selon l’Association agricole de Beit Hanoun, les floriculteurs de Gaza n’ont pas pu exporté plus que 5,5 millions de fleurs coupées en 2007, comparé à 45 millions en 2006 (chiffre de l’Autorité Palestinienne). La fermeture de la bande de Gaza a été dévastatrice pour l’industrie des fleurs.
 
 
Certains producteurs ont été obligés de déraciner des milliers de fleurs qu’ils ne pouvaient pas cultiver, faute d’argent. Ces dernières semaines ont vu des manifestations d’horticulteurs à Beit Hanoun et à Rafah, avec des bouquets offerts à des femmes et des fillettes et même des fleurs données à manger aux vaches et aux chèvres pour symboliser le gaspillage total.
 
 
Ahmed Fujou a travaillé pour M. Hijazi depuis treize ans. Il a montré les fleurs déjà récoltées dans l’espoir vain de les vendre, à l’intérieur d’un grand réfrigérateur industriel – plus que 100`000 fleurs de toutes les couleurs, dont 50 variétés de différentes couleurs d’œillets. Tout comme la même quantité de fleurs en attente d’exportation stockées dans un deuxième frigo, qui vont se transformer en repas pour du bétail. La facture pour l’électricité dépasse les moyens des Hijazis.

PCHR Mohammed Hijazi

Palestinian Center for Human Rights (PCHR)

 

Hassan et son fils Mohammed (voir photo) se dissent fâchés et frustrés de voir comment Israël est en train de tuer toute l’industrie de la floriculture dans la bande de Gaza. Mais ils tiennent également l’Autorité Palestinienne et l’Union Européenne pour responsables de leur inaction face au siège qui perdure. Leur silence est assourdissant. « Pouvez-vous me dire, » demande Mohammed Hijazi, « comment l’exportation de fleurs est une menace à la sécurité ? »


 

PCHR fleurs

Fleurs invendues dans le réfrigérateur de l’exploitation d’Hijazi (PCHR)

 

 

 

09:53 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

23/02/2008

Gaza-Sdérot : un blog pour un avenir nouveau

Le journal Haaretz (http://www.haaretz.com) en a parlé le 20 février, exactement un mois après que deux amis aient commencé leur blog.
 
 
Ce 20 janvier 2008, « L’homme de l’espoir » de la ville de Sdérot a pris l’initiative de téléphoner à « l’homme de la paix », son ami et voisin de Gaza. Les deux se sont tout de suite mis d’accord pour lancer un blog « La vie doit continuer à Gaza et Sderot » : http://gaza-sderot.blogspot.com
 
 

Ils écrivent en anglais. Voici donc une traduction du premier billet daté du 20 janvier 2008.

 Paix

« Premier texte
 

Aujourd’hui, tout est calme, jusqu’à présent. Seulement une sirène.  J’ai entendu le bruit lointain d’une roquette, puis une deuxième un peu plus près. Pas trop près. J’étais content que mes gamins soient déjà à l’école, loin de la chute des roquettes.

Aujourd’hui, tout est calme, jusqu’à présent. Seulement une sirène.  J’ai entendu le bruit lointain d’une roquette, puis une deuxième un peu plus près. Pas trop près. J’étais content que mes gamins soient déjà à l’école, loin de la chute des roquettes.

La semaine passée était vraiment dure : environ 200 roquettes avec plusieurs blessés. Deux roquettes sont tombées à une distance d’environ 50 mètres de notre maison. Une est tombée sans sirène d’avertissement : j’étais coincé dans la douche.
 
 
Ce matin, j’ai téléphoné à mon ami  L’homme de la paix  de Gaza. Il m’a dit que tout était calme de son côté. Israël a totalement coupé l’arrivée de biens et de carburant à Gaza. Cela veut dire qu’ils peuvent compter sur une heure d’électricité par jour. Il a peur de ne plus avoir d’électricité du tout. Je lui ai demandé sil y avait assez de nourriture. Il m’a dit que les prix ont augmenté encore plus, à cause de la pénurie des biens alimentaires.
 
 
Cette dernière semaine, Israël a eu recours à la force plus souvent que dans les mois derniers. Beaucoup de palestiniens sont morts dans cette nouvelle enchaînement de violence, environ la moitié étaient des civils innocents. Comme résultat, le Hamas, qui n’avait pas tiré sur Sdérot pendant plusieurs mois, a recommencé à nous envoyer des obus.
 
 
Nous avons décidé de commencer ce blog pour informer les gens sur ce que deux personnes en quête de la paix, chacun de son côté respectif de cette situation folle, ressentent, pensent et vivent.
 
 
Nous essayerons d’écrire ici aussi souvent que possible. J’espère que  L’homme de la paix aura l’électricité qu’il lui faut pour écrire. »
 
 
posté par L’Homme de l’espoir
 
 
Il y a déjà 24 billets sur ce blog et de nombreux commentaires, en anglais et en espagnol. Bientôt en français ?!
 

13:24 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

17/02/2008

La vengeance n’est pas une réponse

Les jours passent avec beaucoup de morts et blessés dans la bande de Gaza. Du côté israélien à Sdérot : une morte et deux blessés. Des deux côtés : des dommages matériels importants, la peur comme pain quotidien, un ras-le-bol et la fatigue de survivre au lieu de vivre. Mais les êtres humains sont capables d’une résilience inouïe !

 

Une voix du Centre d’Information Alternative, une ONG israélo-palestinienne (http://www.alternativenews.org - site en arabe, hébreu et anglais), éclaire l’impasse entre les villes voisines de Sdérot et Gaza. Shir Hever, jeune économiste israélien, parle des citoyens israéliens engagés pour changer la politique actuelle de l’Etat d’Israël dans la bande de Gaza.

 

Qu’ils mangent du Schadenfreude : la souffrance des gazaouis comme panacée pour Sdérot,  7 février 2008

 

L’échec prolongé du gouvernement israélien de venir en aide à Sdérot est attribuable à aucune impuissance, mais à une logique cruelle qui réfléchit les priorités des autorités politiques. Le seul bonheur accordé par le gouvernement à Sdérot en ce moment difficile est le Schadenfreude – le bonheur qui vient de la souffrance des autres. Au lieu d’assister les victimes, le gouvernement crée de nouvelles victimes à Gaza : pour chaque citoyen de Sdérot blessé par une roquette Qassam, l’armée israélienne tue des dizaines de palestiniens. Est-ce que cette situation réconforte les gens de Sdérot qui subissent les attaques Qassam ?

le gouvernement israélien déçoit les habitants du nord-ouest du Néguev.  Exercer de la violence envers des résidents de Gaza qui n’ont aucun moyen de défense ne constitue pas une réponse constructive à la détresse des gens dans le Néguev du nord-ouest.  En réalité, le gouvernement n’a pas de réponse à leur détresse.

La politique israélienne prouve continuellement aux palestiniens que des négociations avec Israël n’amènent pas à une amélioration de leur vie et que seule l’action violente est capable d’influencer l’opinion publique israélienne à examiner la situation des palestiniens.

 

En fait, dans sa détermination d’ignorer le droit international, les résolutions de l’ONU et les demandes des palestiniens pour leurs droits individuels et collectifs, Israël pousse la population palestinienne à l’ultime action possible de lutte pour leurs droits : le militantisme armé.

Israël doit être forcée de développer une approche alternative afin de montrer aux palestiniens qu’il existe un autre chemin pour la réalisation de leurs droits, d’ouvrir le passage sécurisé entre Gaza et la Cisjordanie, d’arrêter le siège économique et militaire des Territoires Occupées Palestiniennes, d’assumer la responsabilité pour les dégâts causés par l’occupation et de commencer à offrir des compensations à la population palestinienne pour la reconstruction des infrastructures détruites ou endommagées par les forces de l’occupation israélienne.

 

Le samedi 26 janvier, un long convoi d’israéliens provenant de partout dans le pays a convergé vers le checkpoint d’Erez pour demander une fin du siège et pour essayer de faire passer de la nourriture essentielle de l’autre côté.  Des citoyens de Sdérot se sont joints à ce mouvement sûrs d’une chose : affamer Gaza et le plonger dans le noir ne garantit en rien leur sécurité mais la prétérite encore plus. Ces gens de Sdérot font partie d’une minorité actuellement, mais ils représentent une fissure dans le mur de propagande sioniste qui exige du sang pour du sang comme unique solution. … Entre-temps, le gouvernement continue sa politique d’agression au prix de souffrances des deux côtés.

 

 

Shir Shodzik 

 

Shir Shodzik, résidente de la ville israélienne de Sdérot, à la manifestation du 26 janvier (photo : Bryan Atinsky, 2008).

13:25 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

02/02/2008

Gaza : justice israélienne ou droit international ?

Nous revenons à l’article de Rami Almeghari du 20 janvier : « Destin de Gaza entre les mains de la justice israélienne ». Mercredi 30 janvier, après une délibération de trois mois, la Cour Suprême israélienne a rejeté la pétition de six organisations non-gouvernementales israéliennes et cinq organisations palestiniennes contre des coupures d’électricité et de carburant dans la bande de Gaza. Ces coupures, qui ont commencé en octobre 2007, concernent l’essence, le gaz-oil et le diesel industriel. L’hiver gazaoui est, à plusieurs titres, exceptionnel.


                      

La dernière audition de la Cour s’est déroulé dimanche 27 janvier sans les témoignages prévus des autorités de la centrale électrique de Gaza, qui ont été empêchées par les militaires israéliens d’assister à l’audience. La cour avait pourtant garanti leur droit d’y assister, selon GISHA (http://www.gisha.org). Témoignant à leur place, un représentant de l’armée israélienne a argumenté que les nouvelles coupures prévues à partir du 7 février n’incommoderont en rien les résidents de Gaza.

Cour Suprême israélienne

Cour Suprême israélienne


 

En ce moment, la bande de Gaza manque déjà de 20% de la quantité minimale d’électricité nécessaire. Depuis l’appel des Médecins pour les Droits Humains (voir blog du 10 janvier), il y a eu encore 28 morts: des personnes auxquelles on a refusé la  permission de quitter Gaza en vue de soins en Cisjordanie ou en Israël par le passage d’Erez. (Selon IMEMC (http://www.imemc.org), on dénombre 90 morts de ce genre depuis juin 2007.)


  

Grâce à l’ouverture du mur au sud, les gazaouis ont pu vivre quelques jours de liberté. Des grand parents venus d’Egypte ou retrouvés là-bas ont pu voir leurs petits enfants – bien moins petits qu’à leur dernière rencontre. Des parents ont pu embrasser leurs filles et leurs fils. Ceux qui avaient de l’argent ont pu acheter des vivres en anticipant la décision de la cour à Jérusalem. La cour a tranché pour une suite sans fin du siège de Gaza où, en ce début de mois de février, l’avenir est sombre.


 

 

20:58 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |