22/06/2008

Réfugiés palestiniens – pour toujours ?

Najwa Sheik est une réfugiée palestinien qui vient d’al Magdal [aujourd’hui, Ashkelon], juste au nord de la bande de Gaza. Elle a vécu dans des camps de réfugiés à Gaza pendant toute sa vie. Voir « Lettres de Gaza … aucune attente » (23 janvier 2008). 

« Une vie dans un traquenard

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   camp de réfugiés palestinien, 1948 (photo UNRWA)

Le 20 juin a été déclaré « La journée mondiale des réfugiés » par l’Assemblée générale de l’ONU en l’an 2000. C’est un jour pour penser à l’expérience et à la condition de tous les réfugiés du monde dont la vie a été brisée par la guerre et l’injustice, y compris les réfugiés palestiniens. C’est un jour particulièrement poignant pour les réfugiés palestiniens, condamnés à rester dispersés partout dans le monde, empêchés de rentrer chez eux, pour toujours.

Je suis une réfugiée palestinienne, comme mes parents et mes grand-parents qui ont fui notre village d’al Majdal pour s’installer dans un des huit camps des réfugiés dans la bande de Gaza. Mes grand-parents sont décédés il y a 15 ans sans avoir pu revoir leur pays d’origine. Aujourd’hui, mes parents, vieux et malades, vivront sans doute le même destin que leurs parents.

Soixante années ont passé depuis le Nakba – notre déplacement forcé – et encore maintenant, on nous appelle, nous les palestiniens, réfugiés. Cette identité de réfugié vous colle à la peau, à tout réfugié, et pour nous réfugiés palestiniens, nous enlève toute possibilité d’envisager un futur. Il n’y a que des images limitées dans la tête, des images qui viennent de la vie de nos aïeux, du même camp de réfugiés où ils ont vécu, où ils sont morts, dans les mêmes circonstances. Nous nous trouvons toujours face aux mêmes souffrances et la même injustice causées par l’occupation israélienne.

C’est une grande déception que d’avoir les mêmes attentes que ses parents ou ses grand-parents, dans le sens que chaque aspect de sa vie est entièrement prévisible : nous sommes confinés au même camp, aux mêmes écoles et aux mêmes obstacles posés par l’Etat d’Israël.

Lorsque tout votre vie est prévisible, vos rêves et même vos succès n’ont plus d’importance. En fin de compte, votre vie ne changera pas : elle se déroule dans le traquenard du camp où le jour se mue en nuit, insensiblement, toujours la même.

Il est dur, très dur, de sentir que sa vie s’en va en pure perte et qu’aucun effort de votre part ne fera aucune différence ni dans votre vie ni dans la vie des autres et que vos rêves ne sont qu’un échappatoire à la réalité que vous vivez.

D’une génération à l’autre, rien a changé. Une bonne éducation ou une carrière prometteuse ne valent rien tant que vous restez un réfugié, vivant toujours dans les circonscriptions familières du camp, avec « réfugié » comme seule identité reconnue.

C’est pour cette raison que je propose que les réfugiés soient inclus dans la liste officielle des citoyens du monde. Ainsi, on pourrait lire le mot « réfugié » dans notre passeport, pour définir le voyage que nous devons faire – sans état, tournant en rond sans fin – réfugiés pour l’éternité. »

(Lisez encore l’adresse de Mme Karen AbuZayd, commissaire-générale de l’UNRWA [United Nations Relief and Works Agency, établi en 1948 en tant qu’aide temporaire aux réfugiés palestiniens], à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés : http://www.un.org/unrwa/news/statements/2008/WRD_20jun08.... )

13:02 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : journée mondiale des réfugiés, palestiniens, gaza | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

06/06/2008

Gaza : personne ne sort ! Même pas les étudiants doués…

En ce moment d’examens de fin d’année dans nos écoles et nos universités, j’ai appris avec consternation par le New York Times ( http://www.iht.com/articles/2008/05/29/africa/gaza.php ) que les Etats-Unis allaient retirer des bourses Fulbright de sept étudiants de Gaza. La décision découle du blocus israélien de la bande de Gaza.  L’article cite le rabbin Michael Melchior, responsable du comité du parlement israélien pour l’éducation, qui dénonce cette décision ainsi : « Ceci pourrait être interprété comme une punition collective. Cette politique ne respecte pas les normes internationales ni les normes éthiques des juifs, qui ont eux-mêmes souffert par le passé d’être privés de l’éducation supérieure. » Condoleeza Rice a exprimé sa surprise en apprenant les nouvelles : « S’il n’est plus possible de soutenir des jeunes et donner un horizon complet à leurs rêves et leurs attentes, je ne sais pas s’il y a un avenir pour la Palestine. » (http://www.nytimes.com/2008/06/02/world/middleeast/02fulb... 

Les USA semblent changer d’avis en faveur de ces 7 étudiants, mais, à Gaza,  il reste au moins 700 étudiants de l’éducation supérieure face au même refus israélien. L’original de cette traduction se trouve sur http://www.pchrgaza.org (Centre palestinien pour les droits humains) 

« Huis clos pour 700 universitaires de Gaza

Il y a trois jours, le 1er juin, Hadeel Abu Kwaik était assise dans la salle d’ordinateurs de l’Université Al-Azhar à Gaza avec un air soucieux et perplexe. Elle venait d’apprendre que sa bourse Fulbright n’était pas annulée, après tout. « Je suis heureuse mais encore en souci. Je ne sais toujours pas si nous allons tous pouvoir partir pour les Etats-Unis. »

Hadeel est une des sept étudiants qui, le 29 mai, ont reçu une lettre du Consulat américain à Jérusalem les informant que leur inscription pour une bourse Fulbright n’aurait pas de suite. (…) Les bénéficiaires – trois femmes et quatre hommes – étaient ‘fortement encouragés’ de s’inscrire à nouveau pour les mêmes bourses l’année suivante et assurés que leur inscription aurait ‘une considération prioritaire’.

Le retrait de ces bourses a provoqué un tollé au niveau international, les yeux du monde se sont tournés vers les sept étudiants. (…) Face à une critique croissante venant d’Israël et des Etats-Unis, le Département d’Etat américain a vite ré-attribué les sept bourses en assurant les étudiants le 2 juin qu’ils étaient en train de travailler ‘étroitement’ avec les autorités israéliennes pour obtenir des permis pour quitter Gaza. Maintenant, Hadeel attend de pouvoir voyager à Jérusalem, où elle devra être interviewée au consulat américain afin d’obtenir un visa pour les USA. Ensuite, elle retournera à Gaza pour se préparer pour le départ à la fin de l’été. Elle compte étudier en vue d’un Masters d’ingénieur-software à l’Université de Minnesota.

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Hadeel Abu Kwaik est une des 7 étudiants dont les bourses Fulbright étaient retirées puis ré-attribuées rapidement, par le Département d’Etat américain. Mais il reste presque 700 autres étudiants devant un huis clos à Gaza. (photo PCHR)

Les media ont vite fini avec ce ‘happy ending’. Mais pour des centaines d’autres étudiants empêchés de se rendre aux universités qui les ont acceptés, enfermés dans la bande de Gaza, c’est toujours le huis clos, et le nombre de cas augmentera sûrement cet été. Selon les statistiques du PCHR, il y a encore presque 700 étudiants gazouis en attente de permis nécessaires pour quitter Gaza afin de poursuivre leurs études à l’étranger au moyen d’une bourse. ‘ Ce chiffre sera à la hausse dans le mois qui vient, dès que les écoles annonceront les résultats des examens,’ estime Khalil Shaheen, chercheur senior au PCHR. ‘Les étudiants de Gaza veulent continuer leurs études – tous sont laissés sur le carreau à l’intérieur de la bande de Gaza à cause du siège imposé par Israël et du blocus. Leurs droits de poursuivre leur éducation et leur avenir sont bafoués.’

La Déclaration Universelle des Droits de L’Homme de 1948 et le Pacte internationale relatif aux droits civils et politiques de 1966 garantissent explicitement le droit de toute personne de se déplacer librement entre leur état et l’extérieur. Le blocus israélien de la bande de Gaza, qui entre bientôt dans sa troisième année, détruit de manière systématique et délibérée la vie économique de Gaza, ses services de santé et d’éducation, en écrasant tout espoir pour le futur de ses habitants. Les étudiants gazouis désirant poursuivre des études spécialisées à l’étranger, pour ensuite revenir à Gaza et assister à la reconstruction de leur pays, pour la plupart d’entre eux, sont empêchés d’exercer ce droit puisque l’état d’Israël persiste dans sa politique de punition collective. Une organisation de droits de l’homme israélienne, GISHA, vient de faire appel à la Cour Suprème israélienne pour que deux étudiants de Gaza, Wissam Abuajwa et Nibal Nayef, puissent quitter Gaza et étudier en vue d’un Masters en Grande Bretagne et en Allemagne.

Entre-temps, Said Ahmad Said Al-Madhoun attend depuis plus d’une année pour poursuivre son Masters en droit, à l’étranger. Said a gagné une bourse du Open Society Institute en janvier 2007 et a ensuite été accepté dans un programme de Masters au Washington College of Law, une université américaine. Mais Said n’a pas pu se rendre aux Etats-Unis. ‘J’ai pu sortir de Gaza en décembre 2007 jusqu’à la frontière égyptienne,’ raconte Said. ‘C’était un voyage compliqué – à cause du blocus, nous étions obligés de prendre le passage d’Erez (au nord de la bande de Gaza ) et puis, un autre passage à Kerem Shalom, jusqu'à la frontière. Mais là-bas, on m’a refoulé puisque je n’avais pas de visa américain.’  Il était impossible pour Said d’obtenir un visa pour les Etats-Unis parce que c’est interdit pour lui de se rendre à Jérusalem, où le consulat américain délivre les visas. Il a essayé de quitter Gaza une deuxième fois en janvier et a essuyé un deuxième refus à la frontière égyptienne. Sa carrière académique et sa vie sont en suspens. Said attend encore. ‘La situation est extrêmement frustrante pour moi et pour nous tous, les étudiants à Gaza,’ lâche-t-il d’un air fatigué. ‘Nous avons envie de travailler et d’apprendre. Nous voulons pouvoir nous déplacer en toute liberté. Nous avons envie de prendre notre avenir entre nos propres mains.’

Lorsque Hadeel Abu Kwaik a appris tout d’abord que sa bourse Fulbright a été retirée, elle dit avoir été fâchée et déçue. ‘Je me demande si Israël a envie d’un voisin éduqué ou un voisin fâché,’ a-t-elle déclaré publiquement. Comme Said, Hadeel veut étudier à l’étranger pour revenir ensuite à Gaza et travailler au centre de sa communauté. Bien qu’elle se réjouisse d’être à nouveau détentrice de la bourse Fulbright, elle admet qu’elle a toujours des doutes de réellement pouvoir quitter Gaza, et cette anxiété gâche sa joie. ‘Je ne me sentirai pas tranquille jusqu’à ce que nous arrivions pour de vrai aux Etats-Unis,’ dit Hadeel.   

21:53 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, éducation, blocus, université, étudiant | Lien permanent | Commentaires (61) | |  Facebook | | | |