05/09/2008

Toujours pas de visa pour les boursiers de Fulbright

L’histoire des bourses Fulbright a commencé fin mai – voir notre blog du  6 juin : « Gaza – personne ne sort ! … » Elle continue avec l’article suivant écrit par un nouveau lauréat déchu, Zohair M. Abu Shaban. L’article original est apparu dans le Hartford Courant du 31 août.

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Récipient du Fulbright Shaban, à droite sur la photo, le 10 juillet, au checkpoint d’Erez en attendant son entretien pour le visa. A sa gauche, Fidaa Abed (voir blog du 24 août « C’est la rentrée ! »)  (AP Photo/Adel Hana)

En tant que palestinien de la bande de Gaza, je n’aurai pas pu être plus fier en juin passé lorsque j’ai appris que j’étais le destinataire d’une prestigieuse bourse Fulbright pour étudier aux Etats-Unis.

Enfant, j’étais fasciné par le fonctionnement des postes de télévision, des ordinateurs et des machines à laver. Cette fascination m’a accompagné dans mes études à l’Université islamique de Gaza, la seule de nos institutions à Gaza qui offre un diplôme d’ingénieur-électricien. Pendant mes études, j’ai créé un système de monitoring des ECG qui permet le suivi des malades cardiaques, à la maison, à l’aide d’un ordinateur branché sur Internet. Pour cette invention, j’ai gagné le prix universitaire destiné aux projets exceptionnels. Pendant longtemps, j’ai rêvé comment je pouvais faire avancer mes connaissances à l’Université de Connecticut, où j’étais censé commencer cet automne des études pour un Master d’ingénieur-électricien.

Maintenant, on m’a volé mon rêve. Je suis terrassé; mes parents ont le cœur brisé. Israël s’est retirée de la bande de Gaza en 2005, mais il contrôle encore nos frontières en décidant qui peut entrer et qui sortir. Depuis les élections qui ont amené une majorité du Hamas au Conseil législatif palestinien en 2006, Israël a réduit drastiquement la possibilité d’entrer et de sortir.

Selon les informations, beaucoup de palestiniens sont morts cette année parce qu’ils ne pouvaient pas obtenir des soins médicaux dont ils avaient cruellement besoin. Il y a des pénuries de nourriture, de carburant et de médicaments. Je suis un parmi des centaines d’étudiants ayant obtenu des bourses pour étudier à l’étranger et dont on nie arbitrairement le droit de quitter Gaza pour poursuivre nos aspirations d’éducation supérieure.

Il y a trois semaines, lorsque je me suis présenté au checkpoint d’Erez entre Gaza et Israël, le fonctionnaire israélien m’a dit que je pouvais partir seulement si j’étais d’accord de devenir collaborateur de l’occupation israélienne. J’ai refusé. Ma conscience et le droit légitime de mon peuple de vivre en liberté avec les droits comme tout le monde me sont plus précieux encore que la meilleure des éducations.

Des fonctionnaires américains me sont venus en aide : ils ont organisé des entretiens en vue d’un visa pour moi et deux autres lauréats de la bourse Fulbright qui étaient dans la même situation, à la lisière de la frontière entre Gaza et Israël. Les Etats-Unis m’ont accordé un visa. De nouveau, je me mettais à rêver être assis dans une salle de classe en Amérique. J’ai préparé mes bagages, j’ai acheté des cadeaux pour mes amis futurs en Amérique, et j’ai fait mes adieux à ma famille.

Puis est arrivé l’appel téléphonique qui a tout remis en question  On m’a retiré mon visa aux Etats-Unis sur la base de données secrètes venant d’Israël. Je n’ai pas le droit de voir ces informations, et j’ai par conséquence aucune possibilité de les réfuter. … Je déteste la violence, mais je suis punissable.

Ce qui me fait le plus mal n’est pourtant pas ma situation, mais l’effet qu’il a eu sur mon frère plus jeune, lui qui avait tant de promesses comme étudiant. Il a vu ce que j’ai dû subir en tant qu’étudiant innocent sans lien à aucun parti politique. Il a décidé de ne plus poursuivre son rêve d’étudier à l’extérieur de la bande de Gaza. L’horizon se ferme sur lui. En tant que grand frère d’une famille qui valorise l’éducation, je souffre de voir ses ambitions disparaître, même temporairement, puisqu’il est témoin de l’injustice de mon cas.

Une question me tracasse: lorsque tous les enfants de Gaza réalisent que les plus brillants des étudiants gazouis sont relégués à l’étroit de la bande de Gaza, quel doit être leur désespoir ? Et comment cette semaine [de la rentrée scolaire] peuvent-ils mener leurs études à bien lorsque leurs parents trouvent nos magasins vides de crayons, de stylos, de cahiers, tous des matériaux vitaux pour l’école, en raison du blocus économique de notre petite parcelle de terre ?

[N.B.: la bande de Gaza mesure 45 kilomètres de long et 6 kilomètres de large dans sa partie la plus étroite, à peine plus grande que le canton de Genève, pour une population d’un million et demi d’habitants.]

Des centaines d’étudiants gazouis attendent à un miracle ces prochains jours pour que nous puissions faire valoir nos bourses d’études offrant un échappatoire, qui pourrait être unique, de l’ignorance et de la pauvreté. Nous sommes déterminés à refuser que l’on fasse de nous un peuple dépendant dépourvu d’une éducation supérieure.

Pourtant, le silence du monde nous fait craindre qu’Israël réussisse à nous garder dans les confins de Gaza. Les étudiants américains auront peut-être une pensée pour moi et mes camarades étudiants palestiniens au début de cette année académique. Nous avons grande envie d’avoir la chance qu’ils ont.

00:52 | Tags : gaza, étudiants, fulbright, bourses, droits | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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