11/09/2008

Sortir de Gaza pour étudier : le chemin de croix

Les situations invraisemblables d’ étudiants universitaires gazouis se multiplient. Il leur faut une sacrée dose de détermination et de persévérance pour poursuivre des études universitaires ces jours-ci. Mais combien de jeunes auraient pu étudier et réussir dans la situation de Nevine ? Serait-elle condamné à abandonner la voie qu’elle poursuit si courageusement puisqu’elle tenait à tout prix à voir sa famille, dont elle a vécu séparée pendant trois ans? Le Centre palestinien des droits de l’homme raconte son histoire. (http://www.pchrgaza.org/files/campaigns/english/gaza_closure/narratives_20.html) 

« Pendant les deux derniers jours du mois d’août, les autorités égyptiennes ont autorisé  environ 3'300 personnes à passer la frontière de Rafah pour des raisons humanitaires.

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bus le 30 août, photo AllPoster

 

Ceux qui sont entrés en Egypte étaient des malades, des étudiants et un nombre non divulgué d’égyptiens qui avaient été forcés de rester à Gaza. Plus que 50 cars de voyageurs, cela donne bien l’impression que les restrictions de mouvement se détendent enfin. Mais presque 900 gazouis qui attendaient dans d’autres cars sont arrivés à la frontière et se sont fait refusés le passage. Parmi eux, Nevine Abu Taima de Rafah, 20 ans. Elle essaie toujours désespérément de retourner aux Etats-Unis afin de continuer ses études en science politique.

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photo de Nevine, PCHR

 

‘Ma famille vit dans le camp de réfugiés de Brazil, à Rafah,’dit-elle. ‘Notre maison était détruite par les israéliens en 2005, et nous avons vécu les six mois suivants dans une école de l’UNWRA. Notre famille est grande – 11 enfants – et quelques-uns de mes frères et quelques-unes de mes soeurs ont leur propre famille – nous habitions tous ensemble dans une seule salle de classe. Pouvez-vous l’imaginer ?’ Nevine a quitté Gaza pendant que sa famille vivait encore dans cette salle de classe. ‘Je n’avais que seize ans, mais mes notes étaient excellentes, et on m’a offert une bourse United World College en Italie. J’ai quitté ma famille pour habiter à Trieste pendant deux ans. Je devais étudier l’italien et l’anglais en même temps. Au bout de deux ans, j’ai reçu le baccalauréat international.’

Pendant qu’elle vivait en Italie, Nevine est allée chaque été en Egypte pour essayer de voir sa famille à Gaza. ‘J’ai fait deux fois le voyage jusqu’à Rafah du côté égyptienne, et chaque fois, j’ai attendu presque trois mois pour l’ouverture de la frontière,’dit-elle. ‘J’ai toute ma famille à l’intérieur de Gaza, et je mourrai d’envie de les voir. Mais je n’ai jamais pu traverser la frontière, et j’ai dû refaire le chemin en Italie sans les voir. »

Le blocus imposé par Israël sur la bande de Gaza a séparé des dizaine de milliers de gazouis de leurs familles. Souvent, des individus qui quittent Gaza ne sont pas autorisés ä retourner pendant d’années, ou bien ils ont peur de rentrer et d’être empêchés de retourner, comme cela a été le cas pour beaucoup. Par conséquent, beaucoup de familles ne restent en contact que par des photos, des téléphones et Internet – mais Internet est réservé à ceux qui peuvent se le payer.

Nevine n’a pas vu ses parents pendant trois ans. Suite à son bac, elle a gagné une bourse pour étudier la science politique à l’université de St Lawrence au nord de l’état de New York. Sa bourse, qui couvre ses quatre années d’études, ses frais de nourriture et logement et de l’université, se monte à $50,000 par an. Nevine a laissé l’Italie pour les Etats-Unis, où elle a étudié en 2007-08, tout en travaillant pour pouvoir se payer un avion aller et retour en Egypte. Elle voulait à tout prix voir sa famille. ‘Je suis arrivée au Caire le 9 mai, et je suis allée directement à Rafah pour attendre que la frontière s’ouvre,’ dit-elle.

‘Je dormais sous des arbres avec d’autres palestiniens qui vouaient aussi aller à Gaza ; il y avait des vieux et des malades. Il n’y avait personne pour nous aider. Nous avons attendu presque deux mois, et j’ai été réduite à frapper aux portes pour quémander de la nourriture.’

 

Au début de juillet, les autorités égyptiennes ont donné leur accord pour l’ouverture du passage de Rafah pendant trois jours pour que des cas humanitaires puissent rentrer et sortir. Nevine s’est frayé un chemin dans la foule qui courait à la frontière et a finalement pu arriver à Gaza le 3 juillet.

 

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carte des entrées à Gaza, photo BBC

‘J’ai été absente pendant trois ans, et le changement m’a choqué ’, dit-elle. ‘Je n’ai même pas reconnu le chemin qui mène à notre maison, il y a eu tant de destruction depuis mon départ.

C’était merveilleux de retourner chez moi, mais notre terre a été rasée par les bulldozers. Je ne m’attendais pas à une situation si mauvaise.’ Nevine savait que quitter Gaza n’allait certainement pas être facile, alors elle a commencé à planifier son départ après une semaine. Elle avait besoin d’être de retour aux USA à fin août pour pouvoir commencer sa deuxième année à l’université St Lawrence.

Lorsque les rumeurs de l’ouverture partielle de Rafah ont commencé à circuler, Nevine est allée tout de suite à Khan Younis où il fallait attendre un des cars pour l’Egypte. Après deux jours d’attente, elle est montée à bord d’un car qui s’est mis dans la queue à Rafah. ‘Les fonctionnaires palestiniens ont timbré mon passeport, et j’étais sûre que nous allions passer,’elle dit, ‘mais après quatre heures d’attente entre Gaza et l’Egypte, on a dit au conducteur de rebrousser chemin parce que plus personne ne pouvait passer. Les gens hurlaient et pleuraient pendant tout le chemin de retour.’

 

… Il y a environ 200 étudiants dans le cas de Nevine. En plus, il y a environ 1200 étudiants qui ont fini leurs études universitaires en juin, qui voudraient poursuivre des études supérieures à l’étranger et qui ont besoin de passer par le passage de Rafah. Ce n’est pas clair si l’Etat d’Israël leur donnera un permis de sortie ou si ils pourront aller jusqu’en Egypte. Le passage de Rafah n’a pas des heures régulières d’ouverture et même s’il est ouvert, il n’y a aucune garantie que des gazouis puissent accéder à l’Egypte. Plus que deux mois après l’accord entre Israël et Gaza que l’Egypte a chaperonné, les habitants de Gaza n’ont aucun droit de circuler librement.

 

L’ironie amère pour Nevine est que son université l’a maintenant informée par email que sa bourse coûte trop à l’université pour lui la garder en cas d’absence. Elle devait être aux Etats-Unis [pour le 8 septembre] ou bien refaire toutes les démarches administratives pour pouvoir retourner aux Etats-Unis. Elle risque de perdre son visa d’étudiante. ‘Mon université ne comprend pas comment c’est à Gaza,’ dit-elle. ‘Ma famille vit dans un camp de réfugiés : ils ne peuvent pas me payer l’université à Gaza. En ce moment, j’essaies de partir par Erez (le passage par Israël) et ensuite depuis la Jordanie aux Etats-Unis. Mais il me reste très peu de temps.’ »  

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Passage de Rafah

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Commentaires

Merci, Linda. Je n'arrive pas à avoir un numéro de téléphone pour Nevine. J'ai fini par contacter l'université. A St Lawrence, ils gardent la place de Nevine, ainsi que la totalité de sa bourse, en attendant qu'elle puisse faire le nécessaire pour revenir. En ce moment, les deux passages - Erez et Rafah - restent totalement fermés.

Carol Scheller

Écrit par : Carol Scheller | 18/11/2008

bonjour, je suis étudiante en france.
Un étudiant de gaza nous a contacté, il veut venir en france pour finir ses études de droit.
Comment l'aider?

Écrit par : Maëlle | 24/01/2009

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