14/09/2008

Blocus des jeunes cerveaux

L’article, dont la traduction suit, est paru dans The Guardian (www.guardian.co.uk) du 11 septembre. Peut-on espérer une suite heureuse pour son jeune auteur, comme pour Wissam Abuajwa à sa sortie du passage d’Erez le 15 juillet ? A l’âge de 31 ans, après presque 8 ans de démarches, il peut enfin poursuivre des études pour un Master en Angleterre.

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photo : Wissam Abuajwa le 15 juillet 2008 à la sortie du passage d’Erez,            

Quique Kiersyenbaum pour The Independent

 

 

« Blocus des jeunes cerveaux

 

Mon rêve est de devenir médecin spécialiste des os. Mais le gouvernement israélien ne m’autorise pas à partir pour poursuivre mes études à l’étranger. 

 

Cette année aurait dû être ma première année d’études de médecine. Au lieu de cela, je suis enfermé à Gaza chez mon père dans le camp de réfugiés de Jabalia sans possibilité et de sortie. Lorsque j’ai terminé le lycée l’année passée, j’ai décidé que je voulais être médecin. Gaza a grand besoin de spécialistes des os, mais la formation n’existe qu’à l’étranger.

 

Lorsque j’ai obtenu une place à une université médicale en Allemagne, mes parents étaient fiers. Je me réjouissais de suivre mon frère aîné, qui y étudie déjà. En février, les autorités allemandes m’ont accordé un visa d’entrée. J’ai immédiatement demandé la permission aux autorités israéliennes pour voyager en Europe. Mais on m’a répondu qu’on émit un visa  seulement aux malades en besoin urgent de soins – pas aux étudiants.

 

Il y a des centaines d’autres jeunes gens enfermés dans la bande de Gaza qui ont été acceptés pour des études à l’étranger. Pour beaucoup d’entre nous, c’est la seule manière de continuer notre éducation. Gaza a une des densités de population la plus élevée au monde; il est un des endroits les plus pauvres : nous sommes 1,5 millions pour une parcelle de terre d’environ 41 kilomètres de long et 6-12 kilomètres de large. Nos hôpitaux manquent des équipements nécessaires pour plusieurs soins vitaux, par exemple des traitements de radiation pour des cancéreux et des traitements pour des patients cardiaques.

 

Les universités à Gaza sont surpeuplées et n’ont que peu de moyens. Maintes branches ne sont même pas offertes et il y a peu de programmes pour des études avancées. On refuse à des enseignants étrangers l’autorisation de venir à Gaza. Nous avons besoin de nous expatrier pour apprendre.

 

En juin, après que les Etats-Unis aient exercé de la pression sur Israël afin que des lauréats du Fulbright puissent quitter la bande de Gaza, l’armée israélienne a annoncé qu’elle accorderait des autorisations de sortie pour quelques étudiants dont la bourse est « reconnue » - mais pas des centaines. C’est ainsi que des centaines attendent encore, la plupart d’entre nous sans bourse prestigieuse qui pourrait attirer l’attention du monde. Je suis certain d’être parmi la majorité qui n’ont pas la possibilité de partir. La vie à Gaza m’a enlevé tout mon optimisme.

 

Mon père est enseignant et propriétaire d’un magasin de vêtements pour enfants. Ma mère est femme au foyer. J’ai six frères et trois sœurs. Nous sommes retournés en Palestine en 1996 de l’Arabie saoudite, où mon père enseignait. C’était au point culminant du processus de paix.  Mes parents ont mis leur espoir dans les accords d’Oslo signés en 1993; ils pensaient que la vie serait mieux pour nous ici.

 

Mais lorsque j’avais dix ans, la deuxième intifada a commencé. Mes années d’adolescence ont été marquées par l’effritement du processus de paix. Pendant ma troisième année du lycée, les autorités israéliennes ont fermé la bande de Gaza. Les contrôles aux frontières ont réduit le nombre de personnes autorisées à utiliser les passages au minimum et ont étranglé l’économie gazouie, en limitant  les imports et les exports et en coupant le livraison de carburant de d’électricité. Il n’y a plus de vêtements dans le magasin de mon père, alors qu’il était destiné à payer les études pour mon frère et moi.

 

Les Etats-Unis, le Canada et l’Union européen ont soutenu Israël dans son blocus contre le Hamas, qui a gagné les élections en 2006. Mais le blocus ne sert qu’à rendre les gens plus désespérés. Hamas et les autres groupes armés, je sais, ont tiré des roquettes depuis la bande de Gaza en tuant des civils dans des villes et des villages israéliens.

 

Mais j’ai aussi vu comment Israël a exercé des représailles avec des attaques aériennes et des incursions armées dans la bande de Gaza, y compris à Jabalia. Le blocus israélien est une punition collective. Il nous fait mal à nous tous, en dépit du fait que l’on soit pour le Hamas ou pas. Ce blocus détruit mon rêve de pouvoir écrire « médecin spécialiste des os » à la suite de mon nom.

 

Parfois, je regrette que je viens de Gaza. Mais je garde l’espoir de pouvoir aller à l’étranger, acquérir des aptitudes et retourner pour aider d’autres ici. Par moment, quand nous avons l’électricité, je regarde la télévision et je vois comment les gens vivent ailleurs. Je me demande pourquoi eux, ils peuvent voyager, étudier, aller en vacances, et moi, je ne peux pas me déplacer à l’étranger même pour étudier la médecine.

 

Nous sommes des étudiants, pas des soldats. Nous ne sommes pas des combatants dans ce conflit. Pourquoi est-ce qu’Israël refuse de nous autoriser de partir pour étudier ? Pourquoi est-ce que l’Europe et l’Amérique soutiennent-ils un blocus des jeunes cerveaux ? Bientôt, mes camarades des classe à l’université médicale commenceront leurs cours. Et en ce moment-là, moi, je serai probablement encore ici chez mon père, en attendant que le blocus prenne fin. »

 

The Guardian nous précise qu’Abdalaziz Okasha a reçu son diplôme de fin d’études du lycée dans la bande de Gaza en juin 2007.

 

21:04 | Tags : gaza, université, blocus, autorisation, visa, bourse d'étude | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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