30/10/2008

La neige en Suisse, la pluie à Gaza

Partout, le temps se dégrade. Une pluie de balles réelles de l’armée israélienne ont semé la panique dans le lycée Shuhada Khizaa au sud-est de la bande de Gaza lundi matin. Les forces israéliennes stationnées le long de la frontière, à 700 mètres de l’école de jeunes filles, ont tiré gratuitement, sans arrêter, sur le lycée pendant presque 15 minutes. Aziza Sulaiman Qdeih, 15 ans, a été blessé au nez. Elle était dans sa salle de classe. Selon l’agence de presse Ma’an, la seule activité à cet endroit, au moment des tirs, était l’arrivée des élèves dans leur école et la récolte des olives par des paysans. (voir blog du 20 octobre : Récolte en solidarité avec les paysans de Gaza ») Selon le Centre Al Mezan pour les Droits de l’Homme, 19 écoliers gazouis ont été tués par des attaques semblables, soit sur le chemin de l’école, soit à l’intérieur de leur école, depuis le début de la deuxième intifada en 2000. (article en anglais sur http://electronicintifada.net/v2/article9916.shtml)

Le jour suivant, une déluge de pluie du ciel a dévasté plusieurs quartiers modestes de la ville de Gaza ainsi que des habitations dans la ville de Khan Younis, au milieu de la bande de Gaza. (photos sur http://www.ism-France.org/news/)

Par ce temps orageux, un bateau du nom de Dignité est arrivé hier dans le port de Gaza. Il s’agit de la deuxième arrivée en deux mois de passagers du mouvement « Free Gaza » basé dans l’état de la Californie (voir blog du 24 août : « C’est la rentrée ! »). A bord, se trouvait la lauréate du Prix Nobel pour la Paix Mairead Corrigan Maguire, qui a milité pour la non-violence en l’Irelande du Nord, le parlementaire Mustafa Barghouthi de Cisjordanie et Gideon Spiro, de la gauche israélienne. Parmi les 27 voyageurs, il y avait un autre citoyen israélien, des italiens, des britanniques, et des citoyens des Etats-Unis. Comme en août, l’Etat d’Israël a d’abord menacé d’arrêter le bateau et ensuite permis son accostage. Le mouvement « Free Gaza » demande une levée du blocus israélien sur Gaza. (BBC One-Minute World News 29 October)

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 Le Dignity arrive au port de Gaza le 29 octobre 2008 (photo Free Gaza)

Pas tout le monde a eu la chance des passagers de la Dignité. Isabel Kershner du New York Times écrit hier  «… Israël maintient comme politique d’isoler [Gaza]. Cette semaine, les autorités ont refusé l’entrée à 120 académiciens et professionnels de la santé mondialement connus qui avaient demandé de pouvoir participer à une conférence organisée par le Gaza Community Mental Health Program … sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé. » Cette conférence, intitulée « Siège et santé mentale …des murs contre des ponts » a finalement eu lieu par téléconférence depuis Ramallah. (pour plus d’informations: http://www.gcmhp.net)

 

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27/10/2008

Les tunnels de Gaza

Le contrôle total imposé par l’Etat d’Israël sur la bande de Gaza – son air, sa terre et sa mer – fait que l’espace sous-terre est devenu le seul endroit de liberté de mouvement, selon Eyal Weizman dans son dernier livre « Hollow Land ». Dans ces lieux dangereux, où le radar israélien ne peut pénétrer, un commerce hautement risqué s’active. Rami Almeghari, journaliste de Gaza, est l’auteur de l’article suivant, dont l’original en anglais se trouve sur
http://electronicintifada.net/v2/article9912.shtml .

 

Le commerce florissant des tunnels de Gaza

Depuis que le blocus de Gaza a commencé il y a plus de seize mois, les résidents palestiniens de cette petite bande côtière dépendent de la contrebande pour subvenir à leur besoins élémentaires. Un rapport récent des Nations Unis raconte que le marché local ne pourrait exister sans ce commerce des tunnels ou « commerce de la mort » qui a déjà coûté la vie de 40 personnes. On les appelle « les fossoyeurs » - ces quelques trois milliers d’hommes qui gagnent leur vie en creusant des tunnels. Dans ces tunnels, ils transportent des biens essentiels de provenance égyptienne: de la nourriture, du gaz pour faire la cuisine, du pétrole, du bétail et même des appareils électriques.  

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photo : Iyad Albaba

Les tunnels se trouvent tous alignés le long de la route Philadelphia sur la frontière entre l’Egypte et Gaza. De la marchandise produite en Egypte ou importée d’Egypte remplit les marchés de Gaza en ce moment. Ceci est surtout vrai des souks de Rafah, au sud de la bande de Gaza, où le commerce des tunnels se concentre.

« Je suis content que j’ai au moins quelque chose à vendre plutôt que rien, mais je ne suis pas fier de moi-même comme commerçant en ayant besoin de vendre de la marchandise de contrebande. Les prix sont assez élevés tandis que le pouvoir d’achat des gens est vraiment minimal. Pouvez-vous imaginer, vous êtes obligés d’acheter des vêtements venant de la contrebande pour vos enfants ! Ce sont l’Amérique, Israël et certains [pays] arabes qui ont forcé un peuple entier à vivre de la contrebande, » explique Abu Jamal, 43 ans, vendeur des appareils électriques.  

… Abu Nasser, un travailleur dans les tunnels, partage l’avis d’Abu Jamal : « Malgré le siège israélienne de Gaza, nous arrivons à subvenir ainsi à nos besoins. Nous pouvons au moins faire du pain et faire la cuisine, en dépit des prix élevés. » Pendant qu’il charge un camion de bouteilles de gaz devant la tente de son tunnel, Abu Jamal explique : « Tous les jours, nous transportons entre 300 à 400 bouteilles de gaz depuis les territoires égyptiennes …. Chaque bouteille coûte malheureusement $100, mais c’est mieux que ne pas en avoir du tout. »

Abu Hassan est encore en train de construire son tunnel a lui, un travail qui dure entre 3 et 4 mois. On utilise une machine qui évacue le sable, formant un trou de 21 mètres de profondeur. Père de sept enfants, Abu Hassan explique que « ce qui m’a poussé à travailler dans ces tunnels est le fait que depuis ces derniers 16 mois, j’ai été au chômage. Comment pouvoir nourrir ma famille ? Je sais que c’est un travail risqué, mais quoi faire ? Je n’ai pas d’autre solution. »

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photo - Jerusalem Post

Ces derniers mois, des dizaines de travailleurs des tunnels sont morts, soit pendant qu’ils creusaient, soit parce que les autorités égyptiennes ont fait s’effondrer certains des tunnels. Malgré cela, le commerce va bon train, stimulée par le blocus israélien.

Abu Mohammed, un résident de Khan Younis, a travaillé comme entrepreneur de tunnel depuis huis ans. L’été dernier, son frère et son neveu ont été tués pendant qu’ils creusaient un tunnel. «Suite à la mort la mort de mon frère Helmi et mon neveu, je me sens tellement déprimé, même malade. Mais si j’arrête de travailler, dites-moi, comment est-ce que ces gens pourraient vivre ? Il y a beaucoup de gens au chômage et croyez-moi, si vous venez ici dans l’après-midi, vous allez voir combien cherchent du travail en creusant! »

Récemment, le gouvernement du Hamas de Gaza a imposé des règles et des restrictions  nouvelles sur le commerce des tunnels pour éviter plus de morts et pour empêcher l’importation de drogues et d’autres substances prohibés. Cependant, le gouvernement de Hamas assiégé ne peut pas garantir une fin au commerce des tunnels sans que le blocus israélien ne s’arrête.

« Le siège répressif de Gaza a motivé le peuple palestinien résistant d’imaginer un moyen créatif de s’assurer un gagne-pain. Nous essayons d’organiser un mouvement sur la frontière avec l’Egypte, par exemple en établissant des lignes de conduites quant au commerce et le type de biens qui sont admis dans la bande. Selon moi, cette situation exceptionnelle n’existera plus si le blocus israélien vient à sa fin, » dit Ehab al-Ghosain, porte-parole du Ministère de l’Intérieur.

Israël a commencé le siège après que le Hamas a saisi le pouvoir à Gaza dans le contexte de sa lutte avec le Fatah, le parti du Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas. Selon l’Etat juif, les tunnels de Gaza servent à la contrebande d’armes depuis l’Egypte à des groupes de résistance palestiniens basés à Gaza. Israël voudrait que l’Egypte ferme les tunnels. En juin, l’Egypte a agi en tant que négociateur d’une trêve entre Israël et les factions palestiniennes. Selon ses accords, Israël était censé lever le blocus sur Gaza petit à petit. Il ne l’a pas fait. L’ONU a appelé à rouvrir les passages officiels entre Gaza et Israël, y compris le passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza. C’est l’Egypte qui garde ce passage fermé depuis juin 2007. …

 

21:17 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : tunnels, gaza, blocus israélien | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

26/10/2008

Le sang des enfants

Depuis  que j’ai quitté la bande de Gaza, l’armée israélienne a tué 68 enfants. Le Centre Palestinien des Droits Humains (PCHR) vient de publier un rapport accablant le 22 octobre.

 

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Le resumé,, dont l’original se trouve sur l’Electronic Intifada (http://electronicintifada.net/v2/article9907.shtml, peut se lire au http://ism-france.org/news/ (Communiqués). Pour le rapport complet : http://www.pchrgaza.org .

 

 

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 Aya Hamdan Al-Najjar, tuée en juin 2008 a côté de sa maison où elle attendait des camarades de jeux (PCHR)

     

15:43 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : enfants gaza armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

20/10/2008

Récolte en solidarité avec les paysans de Gaza

C’est le moment de la récolte  - les pommes de terre en Suisse, les olives en Palestine..

Cette semaine à Gaza, le journaliste Rami Almeghari (voir le billet du 20 janvier 2008 : « Destin de Gaza aux mains de la justice israélienne ») a rencontré Fida Qishta (voir le billet du 11 mars 2008 : « Rêves d’un meilleur avenir pour Gaza ») et quelques membres de l’« International Solidarity Movement (ISM). Ce groupe de résistance non-violent en faveur des droits humains a été fondé peu après le début de la deuxième intifada, il y a 7 ans, lorsque la proposition de Mary Robinson, alors responsable du Haut Commissariat des Réfugiés, pour des observateurs internationaux en Israël/Palestine a été rejetée par les gouvernements américains et israéliens. L’ISM pense que la venue des personnes de tout pays en Palestine pour témoigner sur les actions de l’armée israélienne peut aider à établir une juste paix dans la région. Lorsque j’ai eu le privilège de participer à quelques actions de l’ISM en 2002 et suivi une de leurs formations en action non-violente en 2004, j’ai rencontré des palestiniens, des hollandais, des japonais, des allemands, des nord-américains et des sud-américains, des belges, des français, des suisses et des israéliens qui faisaient partie du mouvement. Aujourd’hui, le nombre de volontaires israéliens ne cesse de croître. L’ISM était nominée en 2003 pour le prix Nobel de la paix par un membre du parlement canadien, M. Svend J. Robinson. [ http://www.palsolidarity.org ] 

Voici des extraits de l’article de M. Almeghari, dont l’original, daté du 15 octobre, est publié par The Electronic Intifada: http://electronicintifada.net/v2/article9894.shtml  

Un beau jour ensoleillée de cette semaine, un groupe de l’ISM est venu à Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, pour protéger des paysans gazouis récoltant leurs olives, menacés par l’armée israélienne. Beit Hanoun est le point le plus proche d’Israël dans la bande de Gaza. La petite ville a vécu au rythme d’attaques répétées de la part de l’armée israélienne ces huit dernières années. Il y a presque deux ans, une attaque particulièrement meurtrière a fait 19 morts et 40 blessés dans une opération des forces israéliennes de destruction de logements.

Selon un groupe de résidents de Beit Hanoun, des paysans ont subi au moins trois attaques pendant les quatre derniers mois. Dans la plus grave, des soldats israéliens ont tiré sur des travailleurs dans un champ à quelques 600 mètres de la frontière avec Israël. Ces quatre derniers mois, Israël a établi, dans cette région, un zone « tampon » de 300 mètres le long de sa frontière-est avec la bande de Gaza. Selon les israéliens, cet espace est nécessaire pour décourager l’envoi de missiles de fabrication artisanale sur le territoire d’Israël.

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Un bénévole de l’ISM récolte des olives dans la bande de Gaza. (photo : Rami Almeghari)

J’ai parlé avec une volontaire américaine, Darlene Wallach, 57 ans, pendant qu’elle cueillait des olives. « Ma présence ici revient à une protection minimale, » dit-elle. Un autre participant grec a parlé dans le même sens. La coordinatrice de l’ISM pour Gaza, Fida Qishta, explique que la plupart des volontaires sont arrivés à Gaza le 23 août (voir le billet du 24 août: « C’est la rentrée ! ») et ont choisi d’y rester.  Lors de leur première action, ces volontaires ont soutenu des pêcheurs de Gaza, selon Qishta. Elle voit l’importance de la présence de l’ISM en termes d’information: «  … les gens ne savent pas ce qui se passe. J’ai parlé avec les paysans, et ils nous ont dit qu’ils sont exposés à des tirs de l’armée israélienne presque tous les jours. »

 

15:20 | Tags : olives, paysans, gaza, armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |