19/11/2008

Alerte rouge à Gaza

Jonathan Cook, écrivain et journaliste, vit à Nazareth. C’est un observateur subtile de la scène au Moyen Orient (www.jkcook.net) depuis des années. Son article récent pour « The National » (Abu Dhabi) examine les racines et les enjeux de la situation à Gaza. L’original se trouve à l’adresse http://electronicintifada.net/v2/article9968.shtml. En voici une traduction quelque peu abrégé.

« Le vrai but du blocus israélien à Gaza

Le dernier resserrement de l’écrou israélien sur Gaza – l’arrêt de toute livraison de biens depuis plus d’une semaine – a produit des conséquences choquantes et immédiates pour ses 1,5 million d’habitants.

Le blocus du carburant a forcé la fermeture de l’unique centrale électrique de la bande de Gaza … Une pénurie critique d’eau et la destruction des systèmes sanitaires menacent à tout moment. [On prévoit la fin des stocks de blé d’ici à jeudi 20 novembre –  Maan News Agency ]

L’ONU a annoncé jeudi passé qu’il n’avait plus de quoi fournir les denrées alimentaires de base dont dépendent 750’000 gazaouis dépourvus de tout. « Ce blocus est dirigé contre l’organisation des Nations-Unies elle-même, » dit un porte-parole.

De surcroît, la grande banque israélienne Hapoalim a annoncé que toute transaction avec Gaza sera prochainement refusée, ce qui revient à imposer un blocus financier sur cette économie qui dépend du shekel israélien. D’autres banques planifient des mesures semblables, leurs mains liées par la déclaration de Gaza comme « entité ennemi » par l’Etat d’Israël en septembre 2007.

Selon toute probabilité, il y aura peu de témoins à l’approche de l’hiver, bien sombre, avec comme horizon la famine. Depuis une semaine, aucun journaliste n’est admis à Gaza depuis le côté israélien, de même un groupe de diplomates européens s’est vu interdit l’accès par l’Egypte.   [voir l’article de Joseph Zisyadis]

L’Etat d’Israël rend le Hamas responsable des dernières restrictions d’aide et de carburant arguant de leur violation de la trêve de cinq mois. Le groupe armé du Hamas a bien tiré des missiles sur les territoires avoisinants d’Israël, mais il faudrait reconnaître qu’Israël a sa part dans la fin de cette trêve : pendant que les yeux du monde étaient rivés sur les élections américaines, l’armée israélienne a envahi Gaza, tuant 6 palestiniens, provoquant ainsi ces tirs des missiles. [Selon le journal Haaretz du 18 novembre, on compte 17 militants palestiniens tués ce mois par des tirs ou par des missiles tirés depuis des drones qui ne laissent que des fragments de corps. Ces militants défendaient un endroit envahi par l’armée ou étaient soupçonnés de préparer des tirs de missiles. De telles exécutions extra-judiciaires sont proscrites par le droit international.]

La catastrophe humanitaire à Gaza n’a que peu de rapports avec les incursions israéliens actuelles et les tirs des missiles par les palestiniens. Il y a presque une année, Karen Koning AbuZayd 

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commissaire général de l’agence onusien pour les réfugiés palestiniens [l’UNWRA], a donné un avertissement : « Gaza risque de devenir prochainement le premier territoire qui soit délibérément réduit à un état de dénuement abjecte. » 

Mme AbuZayd a accusé l’Etat d’Israël de l’étranglement de Gaza, mais elle a aussi pointé du doigt la communauté européenne. Tous les deux ont commencé à bloquer l’aide de Gaza au début de l’année 2006, après l’élection du Hamas à la tête de l’Autorité Palestinienne.

Les Etats-Unis et l’Europe étaient d’accord sur la logique de cette démarche, assurés que si la population civile de Gaza souffrait suffisamment, la population se révolterait contre le Hamas et mettrait à leur place un nouveau gouvernement acceptable pour l’Etat d’Israël et pour l’Occident.

Mme AbuZayd avait raison de dire que ce moment était le commencement d’une punition collective de Gaza, traitement condamné comme crime de guerre par les Conventions de Genève. [lire dans Le Temps du 18 novembre : « Le DFAE exige le désenclavement de Gaza » ]

En fait, la catastrophe croissante qui se déchaîne sur Gaza est seulement indirectement liée à la montée au pouvoir du Hamas et au tir des missiles. Ces deux phénomènes représentent un refus de la part des gazaouis d’abandonner leur résistance à la continuelle occupation israélienne. Le Hamas, les Qassams, offrent un prétexte à l’Etat d’Israël pour ignorer les protections qu’un état occupant doit à ses occupés selon le droit international, afin de soumettre les civils de Gaza à ce verrouillage total. 

Les media en Israël ont annoncé le week-end passé qu’un des premiers actes officiels du premier ministre du Hamas, Ismail Haniyeh, lors de son élection en 2006, était d’envoyer un message écrit au Président Bush. Dans ce mot, il a proposé une trêve de longue durée avec, en retour, la fin de l’occupation israélienne. On ne lui a même pas accusé réception de ce message.

Au contraire, selon le Jerusalem Post, les responsables de la politique israélienne ont cherché à renforcer l’idée que « ça n’aurait pas de sens de faire tomber le Hamas, puisque le Hamas, c’est toute la population de Gaza. » Ce raisonnement fait l’apologie de la punition collective puisque l’on considère qu’il n’existe pas de vrais civils à Gaza. Israël fait la guerre a chaque homme, femme et enfant. [sans oublier les pêcheurs : Maan 19 novembre]

Pour illustrer jusqu’où peut aller cet état d’esprit, notons que le conseil des ministres israéliens a discuté d’une nouvelle stratégie la semaine passé : l’idée serait de simplement raser des villages gazaouis afin de freiner les tirs de missiles. …

Certains ministres ont exprimé des sentiments dans la même veine. Ehud Olmert a déclaré que l’on ne devrait pas permettre au peuple de Gaza de « mener des vies normales. » Avi Dichter est de l’avis que les sanctions sont nécessaires « sans tenir compte du coût du côté palestiniens. » Meir Sheerit aimerait qu’Israël « décide quel quartier de la ville de Gaza raser. » …

Il reste à se demander : quelle est l’attente de l’Etat d’Israël face à des gazaouis qui s’enfoncent dans la misère tout en subissant l’augmentation des représailles militaires israéliennes ? » …

En conclusion, M. Cook cite les mots du Dr. Eyad Sarraj qui se trouvent tout à la fin du blog du 24 mars 2008, « SOS de Gaza » : « Préparez-vous à l’Exode. »     

 

23:36 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, blocus, politique isrélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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