30/11/2008

Espoir : demain les nouvelles seront bonnes !

Ramzy Baroud, journaliste palestinien et américain,  (http://www.ramzybaroud.net) a grandi dans un camp de réfugiés dans la bande de Gaza. Cet article est la traduction de son dernier blog.

Lorsque par moments, l’électricité est disponible, la plupart des palestiniens de la bande de Gaza appauvrie et affamée se rassemblent autour de la télévision. Ce n’est pas pour voir « American Idol » ou « Dancing with the Stars » - c’est pour les actualités.

Les gazaouis ont un rapport tout à fait particulier et complexe avec les media. Comme la majorité des palestiniens dans le monde, ils regardent et écoutent les nouvelles dans l’espoir que le salut arrivera sous la forme d’une dépêche de presse. Ils sont de toute évidence toujours en attente.

Cependant, ils ne peuvent pas s’empêcher de lire, de regarder, d’écouter : ce que le reste du monde dit de leur destin et de leur lutte leur importe énormément. Ils se demandent surtout s’il y a quelqu’un qui s’inquiète de leur sort.

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 famille qui regarde la télé

Pendant les couvre-feux longs et brutaux de la première Intifada à Gaza, ma famille se groupait autour d’une petite radio avec une appréhension permanente que les piles nous fassent défaut, nous abandonnant à une panne totale de nouvelles, un vrai cauchemar.

Lorsque l’armée israélienne se préparait à investir un camp de réfugiés, ils coupaient d’abord l’eau et l’électricité. C’est encore la pratique ces jours-ci, à un échelle infiniment plus grande : il y a une pénurie de carburant, de nourriture, et de provisions médicales, et les générateurs d’eau fonctionnent à peine. Cette punition collective a toujours été le summum de la politique israélienne dans la bande de Gaza. Certaines choses ne changent jamais.

Mais Gaza arrive miraculeusement à survivre toutes ses épreuves, on ne sait pas comment. Les habitants de ce petit bout de terre trouvent les moyens de faire face à leurs tragédies multiples, tout comme ils arrivaient à s’accommoder au premier influx de réfugiés assoiffés et désespérés lors de la Nakba [« catastrophe » en arabe] de 1948. Ils pleurent et enterrent leurs morts [dont le dernier, tué par un obus le 28 novembre – Ma’an News], prient pour la clémence de Dieu et retournent à leurs maisons pour se retrouver autour de la radio, guettant une lueur d’espoir dans les nouvelles qu’ils écoutent.

Aujourd’hui, ils font confiance aux différents agences de presse qui s’engagent à rapporter leurs souffrances comme ils les subissent,  le contre-pied des communiqués de presse de l’armée israélienne. Ce n’est pas toujours l’amour entre eux et les media importants tels le BBC ou le Voice of America. Même si la plupart des gazaouis approuvent les reportages d’al Jazeera, ils ne peuvent pas leur pardonner d’offrir une voix aux politiciens et aux militaires israéliens. Malgré cette réticence, c’est les nouvelles d’al Jazeera que la plupart des gazaouis écoutent aux moments où la tragédie frappe, hélas trop fréquemment.

Les nouvelles de Gaza et les nouvelles au sujet de Gaza n’ont presque jamais été si désespérantes que ces jours-ci : tous les jours les déclarations des représentants de l’ONU ou des organisations des droits de l’homme qui dénoncent le siège de Gaza, l’étranglement de toute une population et le silence accablante de la communauté internationale face à la catastrophe humanitaire la plus imminente du monde. Les palestiniens de Gaza écoutent attentivement. Ils ont un petit espoir que les Etats-Unis exercera de la pression sur Israël pour adoucir ce siège, pour permettre des soins médicaux, en particulier pour les malades en phase terminale, pour permettre la livraison du carburant. Mais jour après jour, la situation empire, avec peu de progrès vers la justice.

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enfants qui font leurs devoirs à la lumière d’une lampe à l’huile

Les gens de Gaza s’approchent de leurs écrans de télévision pour écouter le Secrétaire générale de l’ONU Ban Ki-Moon ou l’ancien Commissaire pour les droits humains Mary Robinson qui demandent à Israël de relâcher ou d’arrêter les sanctions. Ils persistent à croire que, tôt ou tard, l’Etat d’Israël entendra ces appels, mais rien ne se passe.

Le 4 novembre, Robinson, ancien président de l’Irelande, a déclaré à la BBC que c’était « tout simplement incroyable » que le monde ne se souciait pas d’ « une violation choquante de tant de droits humains ». « Toute leur civilisation a été détruite, et je n’exagère pas, » a-t-elle dit.

Le même jour, l’armée israélienne a envahi Gaza avec l’intention de provoquer un conflit, mettant fin à la trêve fragile avec le Hamas, en place depuis le mois du juin. L’armée a tué six palestiniens et blessé trois autres.

Le directeur de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (l’UNWRA) John Ging a déclaré au Washington Post le 15 novembre , « La situation est désastreuse, et elle ne fait qu’empirer … c’est la première fois que l’ONU ne peux pas transporter des provisions à une population dans une telle détresse ; il s’agit de beaucoup de familles qui dépendent de notre aide depuis des années, et ils vivent au jour le jour. »

Amnesty International dans la voix de Philip Luther condamne : « L’augmentation du verrouillage du blocus par l’Etat israélien a rendu la situation humanitaire à la limite de soutenable et même pire. »

Le journal The Independant a publié une fuite d’un rapport de la Croix rouge : « Il y a une augmentation dans la malnutrition chronique et des carences alarmantes en micronutriments. » Selon la Croix rouge, les restrictions israéliennes sont en train de causer « une détérioration progressive dans la sécurité alimentaire pour 70% de la population gazaouie. »

Et les gens de Gaza continuent toujours à zapper d’une station de radio à l’autre, à gauche puis à droite, pendant que le monde fait la sourde oreille. Ils se demandent pourquoi leur situation a moins d’urgence que la bateau piraté de la Mer Rouge ou même le drame du Congo, vu que leur misère perdure depuis des générations et s’enfonce encore.

Les gazaouis écoutent en vain les stations arabes. Ils se demandent comment les autres arrivent à s’amuser pendant cette désolation totale qui progresse à Gaza. Ils écoutent les insultes crachés entre des représentants du Fatah et du Hamas, qui se disputent par rapport à des positions d’un gouvernement qui n’existe pas et des territoires sans souveraineté. Ils font non de la tête en consternation et persévèrent dans l’espoir que demain, juste une fois, les nouvelles seront bonnes.

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23/11/2008

Réduits à manger des aliments pour animaux

C’était prévu (voir le blog du 19 novembre) : il n’y a plus de blé pour la fabrication du pain dans la bande de Gaza, soumis au blocus israélien pour le 19ème journée consécutive. L’article suivant était publié par Ma’an News hier (http://www.maannews.net).

 

Les boulangeries de Gaza sont réduites à utiliser des farines destinées aux animaux pour faire le pain

Les boulangeries de la bande de Gaza assiégée se sont mises à moudre du blé de seconde qualité, normalement destiné au bétail et à la volaille. Il ne leur restait plus aucune réserve ce samedi, dix-huitième jour du blocus israélien.

Le blé réservé à la consommation des êtres humains s’est épuisé cette fin de semaine. Les agents de sécurité aux frontières égyptiennes et israéliennes ont refusé le passage aux camions de nourriture et de médicaments de donateurs, selon Abd An-Nasser Al-Ajrami, responsable de la Société de propriétaires de moulins dans la bande de Gaza. (Ma’an a également publié hier que des camions transportant de l’aide médicale en provenance du Maroc, arrivés au Caire, espéraient obtenir l’autorisation d’entrer à Gaza par le passage de Rafah.)   

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   Photo Hatem Omar (Ma'an)

Selon les Nations Unies, la moitié des boulangeries de Gaza étaient fermée hier.

Les conditions humanitaires n’ont jamais été si précaires à Gaza. Le verrouillage israélien, supposé répondre aux tirs des missiles artisanaux sur les terres d’Israël avoisinantes, exclut toute importation de nourriture, de médicaments et de carburant. 

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19/11/2008

Alerte rouge à Gaza

Jonathan Cook, écrivain et journaliste, vit à Nazareth. C’est un observateur subtile de la scène au Moyen Orient (www.jkcook.net) depuis des années. Son article récent pour « The National » (Abu Dhabi) examine les racines et les enjeux de la situation à Gaza. L’original se trouve à l’adresse http://electronicintifada.net/v2/article9968.shtml. En voici une traduction quelque peu abrégé.

« Le vrai but du blocus israélien à Gaza

Le dernier resserrement de l’écrou israélien sur Gaza – l’arrêt de toute livraison de biens depuis plus d’une semaine – a produit des conséquences choquantes et immédiates pour ses 1,5 million d’habitants.

Le blocus du carburant a forcé la fermeture de l’unique centrale électrique de la bande de Gaza … Une pénurie critique d’eau et la destruction des systèmes sanitaires menacent à tout moment. [On prévoit la fin des stocks de blé d’ici à jeudi 20 novembre –  Maan News Agency ]

L’ONU a annoncé jeudi passé qu’il n’avait plus de quoi fournir les denrées alimentaires de base dont dépendent 750’000 gazaouis dépourvus de tout. « Ce blocus est dirigé contre l’organisation des Nations-Unies elle-même, » dit un porte-parole.

De surcroît, la grande banque israélienne Hapoalim a annoncé que toute transaction avec Gaza sera prochainement refusée, ce qui revient à imposer un blocus financier sur cette économie qui dépend du shekel israélien. D’autres banques planifient des mesures semblables, leurs mains liées par la déclaration de Gaza comme « entité ennemi » par l’Etat d’Israël en septembre 2007.

Selon toute probabilité, il y aura peu de témoins à l’approche de l’hiver, bien sombre, avec comme horizon la famine. Depuis une semaine, aucun journaliste n’est admis à Gaza depuis le côté israélien, de même un groupe de diplomates européens s’est vu interdit l’accès par l’Egypte.   [voir l’article de Joseph Zisyadis]

L’Etat d’Israël rend le Hamas responsable des dernières restrictions d’aide et de carburant arguant de leur violation de la trêve de cinq mois. Le groupe armé du Hamas a bien tiré des missiles sur les territoires avoisinants d’Israël, mais il faudrait reconnaître qu’Israël a sa part dans la fin de cette trêve : pendant que les yeux du monde étaient rivés sur les élections américaines, l’armée israélienne a envahi Gaza, tuant 6 palestiniens, provoquant ainsi ces tirs des missiles. [Selon le journal Haaretz du 18 novembre, on compte 17 militants palestiniens tués ce mois par des tirs ou par des missiles tirés depuis des drones qui ne laissent que des fragments de corps. Ces militants défendaient un endroit envahi par l’armée ou étaient soupçonnés de préparer des tirs de missiles. De telles exécutions extra-judiciaires sont proscrites par le droit international.]

La catastrophe humanitaire à Gaza n’a que peu de rapports avec les incursions israéliens actuelles et les tirs des missiles par les palestiniens. Il y a presque une année, Karen Koning AbuZayd 

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commissaire général de l’agence onusien pour les réfugiés palestiniens [l’UNWRA], a donné un avertissement : « Gaza risque de devenir prochainement le premier territoire qui soit délibérément réduit à un état de dénuement abjecte. » 

Mme AbuZayd a accusé l’Etat d’Israël de l’étranglement de Gaza, mais elle a aussi pointé du doigt la communauté européenne. Tous les deux ont commencé à bloquer l’aide de Gaza au début de l’année 2006, après l’élection du Hamas à la tête de l’Autorité Palestinienne.

Les Etats-Unis et l’Europe étaient d’accord sur la logique de cette démarche, assurés que si la population civile de Gaza souffrait suffisamment, la population se révolterait contre le Hamas et mettrait à leur place un nouveau gouvernement acceptable pour l’Etat d’Israël et pour l’Occident.

Mme AbuZayd avait raison de dire que ce moment était le commencement d’une punition collective de Gaza, traitement condamné comme crime de guerre par les Conventions de Genève. [lire dans Le Temps du 18 novembre : « Le DFAE exige le désenclavement de Gaza » ]

En fait, la catastrophe croissante qui se déchaîne sur Gaza est seulement indirectement liée à la montée au pouvoir du Hamas et au tir des missiles. Ces deux phénomènes représentent un refus de la part des gazaouis d’abandonner leur résistance à la continuelle occupation israélienne. Le Hamas, les Qassams, offrent un prétexte à l’Etat d’Israël pour ignorer les protections qu’un état occupant doit à ses occupés selon le droit international, afin de soumettre les civils de Gaza à ce verrouillage total. 

Les media en Israël ont annoncé le week-end passé qu’un des premiers actes officiels du premier ministre du Hamas, Ismail Haniyeh, lors de son élection en 2006, était d’envoyer un message écrit au Président Bush. Dans ce mot, il a proposé une trêve de longue durée avec, en retour, la fin de l’occupation israélienne. On ne lui a même pas accusé réception de ce message.

Au contraire, selon le Jerusalem Post, les responsables de la politique israélienne ont cherché à renforcer l’idée que « ça n’aurait pas de sens de faire tomber le Hamas, puisque le Hamas, c’est toute la population de Gaza. » Ce raisonnement fait l’apologie de la punition collective puisque l’on considère qu’il n’existe pas de vrais civils à Gaza. Israël fait la guerre a chaque homme, femme et enfant. [sans oublier les pêcheurs : Maan 19 novembre]

Pour illustrer jusqu’où peut aller cet état d’esprit, notons que le conseil des ministres israéliens a discuté d’une nouvelle stratégie la semaine passé : l’idée serait de simplement raser des villages gazaouis afin de freiner les tirs de missiles. …

Certains ministres ont exprimé des sentiments dans la même veine. Ehud Olmert a déclaré que l’on ne devrait pas permettre au peuple de Gaza de « mener des vies normales. » Avi Dichter est de l’avis que les sanctions sont nécessaires « sans tenir compte du coût du côté palestiniens. » Meir Sheerit aimerait qu’Israël « décide quel quartier de la ville de Gaza raser. » …

Il reste à se demander : quelle est l’attente de l’Etat d’Israël face à des gazaouis qui s’enfoncent dans la misère tout en subissant l’augmentation des représailles militaires israéliennes ? » …

En conclusion, M. Cook cite les mots du Dr. Eyad Sarraj qui se trouvent tout à la fin du blog du 24 mars 2008, « SOS de Gaza » : « Préparez-vous à l’Exode. »     

 

23:36 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, blocus, politique isrélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

08/11/2008

Appel d’un Ami Retenu à Gaza

Je viens de recevoir le e-mail suivant de Ziad Medoukh, sans qui ce blog n’aura pas existé (voir l’article « Ziad » du 5 avril 2007). Il me demande de faire connaître sa situation. 

Ziad Medoukh, doyen du département de français de l’université Al-Aqsa de Gaza et coordinateur du Centre de la paix de l’université, est connu par son engagement pour la paix dans sa région et pour la démocratie dans son pays. Il a obtenu une bourse du ministère français des Affaires étrangères, via le Consulat de France à Jérusalem, pour terminer et soutenir sa thèse à l’Université de Paris 8.

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Ziad à un colloque du Centre de la Paix


Ziad Medoukh a obtenu tous les papiers nécessaires :
- le visa de la France,
- l’autorisation jordanienne d’entrer en Jordanie,
- l’attestation de bourse ainsi que son inscription à Paris 8 pour l’année 2008/2009.

Selon l’accord entre les consulats européens à Jérusalem et les autorités israéliennes, une voiture du consulat avec un diplomate vient chercher le boursier palestinien de Gaza inscrit dans une université européenne au passage d’Eretz et l’accompagne jusqu’au Pont Allenby pour rejoindre la Jordanie et ensuite, le pays européen où il étudiera.

Malgré ceci et les efforts considérables du Consulat de France à Jérusalem, les autorités israéliennes n’autorisent pas M. Medoukh à sortir de Gaza, via le passage d’Eretz, en vue de passer en transit par la Jordanie pour se rendre en France. Notons que le passage de Rafah est fermé.

Si jamais vous pouvez aider Ziad , merci d’agir au plus vite !

19:44 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, études, bourse, blocage à la frontière | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |