05/12/2008

« D’une zone de vie au ralenti à un zone de non-vie »

Sameh A. Habeeb a 23 ans. Il a grandi à Gaza, et il détient un BA en langues et littérature anglaise. Pendant ses cinq ans d’études universitaires, il a travaillé avec la population la plus démunie de Gaza, surtout des enfants. Il écrit, il photographie et il écrit encore, pour faire connaître la réalité de Gaza trop ignorée par le monde extérieur. On peut voir ses photos sur http://picasaweb.google.com/sameh.habeeb. Son blog se trouve à l’adresse : http://wwwgazatoday.blogspot.com . Son dernier blog, dont la traduction suit, se trouve également sur http://electronicintifada.net/v2/article10008.shtml. 

‘Nous mourons à petit feu.’

Live from Palestine 3 December 2008

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Le verrouillage israélien de Gaza est de plus en plus perceptible : il y a des endroits qui n’ont plus du tout d’électricité depuis que la pénurie de carburant a forcé la fermeture de l’unique centrale gazaoui il y a 25 jours.

Toute activité dépendante s’en trouve affectée. Les sources d’électricité encore desservies par Israël et l’Egypte ne peuvent pas palier aux besoins de toute la bande de Gaza. Beaucoup de personnes n’ont plus accès à l’eau potable ; les paysans n’ont plus d’eau d’irrigation, et le traitement des eaux usées n’est plus assuré. La maladie menace. En ce moment, des millions de litres d’eaux usées polluent la Méditerranée chaque jour.

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  la Méditerranée à Gaza (Habeeb)

Israël interdit la livraison de nourriture aux 1,5 millions de palestiniens de la bande de Gaza. Selon le Comité populaire contre le siège, il manque des aliments de base tels la farine, la farine, l’huile, la viande, le ris et les légumes. Certaines statistiques indiquent que seulement 15% des besoins vitaux des gazaouis passent les frontières contrôlées par l’Etat d’Israël.

On refuse aussi le droit d’accéder aux soins médicaux pour les palestiniens de Gaza. Il n’y plus de médicaments de base, y compris pour le traitement des diabètes, les maladies cardiaques, l’asthme et d’autre maladies chroniques. Il y a aussi une pénurie de médicaments pour les traitements du cancer, des insuffisances rénales et du foie. On manque de quoi stériliser, désinfecter et soigner les patients dans des conditions hygiéniques. Des pannes surviennent à des machines vitales pour maintenir des patients en vie car Israël ne permet pas l’importation des pièces de rechange. Les médecins ont même de la peine à faire des diagnostics précis, à cause des coupures de courant qui ont endommagé les équipements du CT et rayons X dans les hôpitaux.

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photo Habeeb

[Avec le blocus de l’aide humanitaire] …, la famine n’est plus une question de « si », mais de « quand ».

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  frigo dans un camp de réfugiés à Gaza (Habeeb)

C’est n’est pas seulement la population de Gaza qui est affamée par Israël : leurs animaux aussi manquent de la nourriture. Depuis quatre semaines, Israël a interdit l’importation d’aliments pour animaux de ferme, alors que l’agriculture gazaouie a besoin de 150 tonnes par jour. Le secteur agricole de Gaza souffrait déjà des restrictions israéliennes sur l’exportation de ses produits qui ont commencé il y a un an et demi. Maintenant, il est à genoux, privé de vaccins, de semailles, d’insecticides et d’engrais.

Une vie normale à Gaza est devenu impossible. « Je n’en peux plus, » dit Khalil Barakat. Agé d’une quarantaine d’années, sans emploi, il vit dans le camp de réfugiés de Shati (Beach Camp). « Nous sommes comme des animaux dans une cage à Gaza. Si je pouvais émigrer pour couler mes dernières années paisiblement, j’en serais si heureux. »

J’ai croisé une amie de longue date, Um Muhammad Abu Ouf, le long de la rue Omar al-Muktar [la rue principale de la ville de Gaza] à la tombée de la nuit. Je lui ai demandé comment elle vivait sous le siège. « Nous vivons un cauchemar journalier, » me dit-elle. « Les coupures d’électricité font peur à mon petit de onze mois. … Moi, je cherche en vain de la bonne nourriture, surtout du lait, pour lui. Magasin après magasin, j’ai la même réponse : nous n’avons rien, même pas des couches jetables. »

Nahed Deeb, qui appréhende l’arrivée de la disette, vit une frustration semblable : « Nous mourons à petit feu, et personne ne fait rien. J’ai perdu mon emploi il y a huit ans, et je vis d’une aide qui vient de façon irrégulière. Nous sommes des centaines de milliers dans cette situation. Mais il n’y a plus aucun soutien pour des gens pauvres comme moi. »

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  dame gazaouie (Hatem Omar pour Ma’an)

Il semble improbable qu’il y ait un sursis de cette punition collective de l’Etat israélien pour le peuple de Gaza. Le Ministre de Défense a annoncé récemment que les passages de Gaza resteront fermés jusqu’à nouvel avis. Cette semaine, les forces israéliennes ont empêché un bateau libyen avec 3000 tonnes d’aliments d’accoster à Gaza, affirmant que le bateau transportait des armes. Un bateau du Qatar devrait bientôt quitter Chypre pour essayer de livrer de l’aide humanitaire et d’autres bateaux de la Turquie, du Kuwait, du Yémen et de la Jordanie vont faire leur possible pour briser le blocus.  Cette fin de semaine, des responsables palestiniens en Israël vont également tenter d’acheminer de l’aide par bateau.

Si ce siège vise à faire pression sur les gens de Gaza à renoncer à leurs droits, l’Etat d’Israël va rencontrer de la résistance. Un individu qui préfère que l’on appelle simplement M. Muhammed parle pour tous : « Nous avons fait preuve de patience depuis 60 ans. Nous avons survécu à des moments encore plus cruels. Alors, pourquoi renoncerions-nous cette année ? Nous nous devons de rester fermes et patients, et le siège sera enfin levé. »

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enfant de Gaza (Habeeb)

 

14:31 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : siège, gaza, israël, famine | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci à vous Carol Scheller. C'est une façon courageuse de parler de l'innommable ! Tant de gens souffrent sur cette terre de PALESTINE occupée, surtout ceux de Gaza libérée. Quoi qu'on dise il y a tant à faire ! Vous et tant d'autres vous nous donnez de l'espoir pour continuer à militer pour une approche humaine de ce qui se passe à Gaza et ailleurs.

Écrit par : Aniba | 21/12/2008

Il ne suffit pas de souffrir pour avoir raison !
Il ne suffit pas d'avoir de la compassion pour ceux qui souffrent pour être juste.
Il faut exiger symétriquement le respect des mêmes valeurs:
- pas d'enfants dans la guerre
- pas de guerriers proche des enfants
- pas de tirs visant des non-combattants
- respect des prisonniers
- respect de la liberté de presse
- respect de la liberté d'opinion et de confession
- refus de l'incitation à la haine raciale
- refus de l'éducation à la haine
- refus de la justification de la haine
- combat pour le droit à l'autodétermination de tous et chacun dans un monde possible
- etc...

Le pouvez-vous ?
En lisant ce qui précède, j'ai l'impression que la haine d'Israël est bien pus forte que les référence aux valeurs que nous défendons ici.

Triste propagande...

Écrit par : Hector | 01/01/2009

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