22/12/2008

Et la frontière égyptienne ?

Rien de plus normal que de se déplacer pendant les fêtes pour rendre visite à la famille et aux amis. Mais cette joie est hors de la portée des citoyens de Gaza. L’Egypte et Israël empêchent presque tout déplacement aux habitants de ce carré de terre à peine plus grande que Genève.

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saison de lumière à Genève (photo Carol)

« Le silence mortel des arabes : Tout est calme sur la côte de Gaza »

Cet article a attiré mon attention suite à une petite marche samedi 20 décembre à Berne avec des adhérents du groupe « Droit pour Tous ». Une centaine de personnes ont remis une pétition signée par plusieurs parlementaires suisses aux représentants de l’ambassade égyptienne. La plupart de ces citoyens engagés, des cantons de Berne, Zürich et Genève, étaient d’origine arabe. La pétition conjurait l’Egypte d’ouvrir le passage de Rafah [sud de la bande de Gaza] aux palestiniens ayant besoin de voyager. Selon un article de Ma’an News du même jour, il y a quelques 1.500 personnes en attente de pouvoir partir. Ce même jour, il y avait un sit-in devant l’ambassade égyptienne à Gaza-ville.

Rannie Amiri a écrit son article pour Counterpunch le 18 décembre. Il a été publié par The Palestine Chronicle : http://www.Palestinechronicle.com , et il est traduit en partie ici. M. Amiri vit aux Etats-Unis.

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photo (AP)

« Gaza est une île.

Quoiqu’elle se trouve au milieu du monde arabe sur la frontière [de l’Egypte], l’un des plus importants de ces pays, avec une des populations la plus nombreuse, Gaza pourrait être un lieu isolé au milieu de l’océan, inconnu à tous. C’est peut-être bien ceci que ses habitants préféreraient à la négligence pernicieuse de leur frères arabes pendant que Gaza dépérit inexorablement sous le siège barbare d’Israël.

Aucune doute quant à la situation désastreuse à Gaza d’après les dires du Dr Richard Falk, Rapporteur Spécial sur la Situation des Droits Humains dans les Territoires Palestiniens pour les Nations Unies.

Le 9 décembre, M. Falk a déclaré qu’un effort urgent doit être fait par les Nations Unies pour protéger la population civile qui subit une punition collective relevant d’un crime contre l’humanité.

Un américain juif, professeur de droit international, dénonce des crimes contre l’humanité à Gaza, mais pas le moindre bruit du côté du Caire, d’Amman, de Riyad ou de Doha.

« Si selon l’ONU le verrouillage de la bande de Gaza constitue un crime de guerre, nous nous demandons pourquoi les gouvernements arabes n’exigent pas la réouverture du passage de Rafah, » a réagi la porte-parole de Hamas, Fawzi Barhoum…

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Le passage à Rafah  (Mike Cushman, à bord le SS Dignity, 4e voyage)

Dès juin 2007, les 1.5 millions citoyens de Gaza sont coupés du monde. C’est à cette date que le Hamas a exercé son autorité totale sur la bande de Gaza, alors qu’Israël et l’Egypte ont scellé la frontière. Depuis, les israéliens ont imposés des contraintes sur ce qui est permis d’importer; en ce moment, même les approvisionnements humanitaires de base sont frappés de restrictions – aliments, carburant, vêtements, huile de cuisine et médicaments. Comme résultat, selon la Press TV iranien, des centaines de patients sont morts [271, avec la mort de Muhammad Mahmoud Sa’ed, atteint du cancer, le 16 décembre, selon le Ministre palestinien de la santé], 40 % des ambulances sont condamnées, faute d’essence, et 75 % des enfants gazaouis souffrent de la malnutrition. Un article dans le Times du 14 décembre décrivait comment certaines familles sont réduites à manger de l’herbe. L’UNRWA vient d’annoncer qu’il est obligé de suspendre la distribution de la nourriture aux 750’000 gazaouis qui en dépendent. Il n’y a plus de farine, et Israël empêche le cheminement de la nourriture en maintenant fermés tous les passages à la frontière.

Personne ne devrait s’étonner que les pays arabes traînent les pieds ou même coopèrent avec les israéliens pour maintenir le siège.

De toute évidence, c’est l’Egypte le premier pays en faute : il a la possibilité d’ouvrir le passage de Rafah à volonté, même de façon permanente, pour permettre l’entrée des approvisionnements dont les gens ont désespérément besoin et la sortie des malades. Le silence assourdissant de l’Arabie saoudite, la Jordanie et les états du Golfe n’est pas surprenant. …  A la différence de l’Europe de l’ouest et des Etats-Unis, qui se demandent quelle sorte de menace le Hamas pose pour Israël, les gouvernements arabes se posent la question du danger de l’élection démocratique du Hamas pour leur propre pouvoir. 

Le Hamas est la bête noire … d’un dictateur comme … Mubarak [le président égyptien] … puisque le Hamas évoque le résultat des urnes comme marque de sa légitimité. Les gouverneurs arabes ne peuvent pas se dire démocratiquement élus. C’est tout simplement pour cela que le siège de Gaza est toléré par les dictateurs, les rois, les princes et les émirs de la région, tous soutenus par les Etats-Unis.»

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  vue de l’Egypte depuis Rafah (Cushman – http://www.freegaza.org )

Peut-on espérer ? : en cette même date du 20 décembre, le bateau SS Dignity est arrivé dans le port de Gaza pour la 5e fois avec à bord des délégués du pays du Qatar et de l’aide humanitaire. Que cela encourage d’autres pays arabes de persévérer dans leurs efforts (les cinq autres bateaux des pays arabes, décrits dans le dernier blog, ont dû renoncer à leurs voyages respectifs). 

12:24 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : egypte, pays arabes, gaza, frontière | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Enfin la bonne question : pourquoi les pays arabes environnants ne font rien ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 22/12/2008

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