02/01/2009

50 justes en Sodom

Miko Peled, activiste pour la paix et écrivain israélien, vit en Californie. Dans cet article, je trouve enfin l’explication de qui contrôle le passage de Rafah. On peut contacter M. Peled à http://mikopeled.wordpress.com

« Pour l'amour des 800'000 enfants de Gaza

J’essaies en vain de donner du sens à tous les rapports, les photos et les vidéos qui m’arrivent de Gaza. Lorsque j’étais écolier dans une école publique israélienne, on nous a appris l’histoire d’Abraham, qui n’était pas d’accord avec la décision divine de détruire la ville de Sodom. ‘ Et Abraham a fait face au Seigneur … et a dit, « est-ce que tu détruirais les justes avec les méchants, même s’il n’y avait que 50 justes …et le Seigneur a dit, si je trouve en Sodom 50 justes, alors j’épargnerais toute la ville pour eux. »’ … Aujourd’hui, j’ai entendu aux nouvelles que ´seulement’ 50 innocents étaient tués dans cette attaque, et j’ai pensé : même si le nombre de civils tués était aussi bas (en fait il y en a bien plus), Dieu aurait épargné Gaza pour ces 50 innocents, mais pas Ehud Barak.

Il y a certainement plus que 50 hommes et femmes justes parmi les 1,5 millions de résidents de Gaza mais, ce qui est encore plus important, c’est qu’il y a 800'000 enfants à Gaza. Selon les journaux israéliens, il y avait de centaines de milliers d’écoliers en route à la maison et à l’école au début de l’attaque qui a duré 9 heures pendant laquelle plus que 100 tonnes de bombes ont été lâchées. [voir le blog précédant pour plus de détails sur cette attaque]

Les élections en Israël arrivent en février, et le Ministre de la Défense Ehud Barak, qui espère redevenir Premier Ministre, a envoyé les militaires sur la population civile de Gaza. Barak a l’honneur, bien équivoque, d’avoir reçu la plus haute reconnaissance en forme de médailles que l’Etat d’Israël puisse accorder à un soldat israélien. Avec lui, on peut être sûr que les israéliens et les palestiniens verront plus de violence encore et plus de pertes de vies innocentes. Avec des colonnes de tanks et des brigades d’infanterie prêts à attaquer Gaza, déjà en petits morceaux, Barak a l’espoir de prouver qu’il est un candidat qui tient ses promesses. Mais, à la différence de l’histoire biblique, il n’y a personne qui s’oppose au Général Barak, personne pour plaider pour les vies de ne serais-ce que 50 justes, sans parler des 800'000 enfants.

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Hôpital Shifa, 27 décembre

C’est pour les 800'000 enfants de Gaza que Nader Elbanna et moi-même, co-fondateurs de la Fondation Elbanna-Peled, avons décidé de nous déplacer à Gaza pour livrer un équipement médical de base à l’hôpital Ahli. Nous avons pris l’avion à San Diego mi-novembre pour traverser l’Europe, Israël et la Jordanie jusqu’au Caire. Ensuite, nous avons continué sur terre par le canal du Suez, en nous faisant arrêter maintes fois à des checkpoints, le long de la route en direction de Gaza par Rafah. Là, on nous a dit que la frontière était fermée. Pendant trois jours, nous avons parlementé pour pouvoir passer. Nader a négocié et insisté avec ferveur malgré une infection importante de l’oreille et de la gorge. Finalement, à si peu de distance (50 mètres) de notre destination, un officier de l’intelligence militaire à Rafah nous a dit la vérité : « mais nous ne pouvons pas vous permettre de passer, les israéliens nous surveillent. »

Nous étions au courant de l’accord entre Israël, l’Egypte et les Etats-Unis qui maintenait le peuple de Gaza prisonnier, appauvri et mal nourri, mais nous espérions passer outre ce blocus avec l’aide du Rotary égyptien et d’autres associations. Nous avons reçu un soutien extraordinaire, mais nous avions sous-estimé le poids des structures de verrouillage mises en place. Pour tout dire, le moment le plus pénible n’était pas le refus des autorités égyptiennes de nous laisser entrer, mais le téléphone qu’il nous fallait faire au médecin de l’hôpital Ahli, Dr Suheila Tarzi. Nous avons dû lui dire qu’il nous était impossible de venir à l’hôpital avec notre matériel médical. Dr Tarzi nous a remercié pour tous nos efforts, elle a décrit les conditions intolérables à Gaza et a exprimé le souhait que, si Dieu le voulait, un jour, nous aurions tous la paix. Mais ces mots optimistes ne cachaient pas la noire réalité perceptible dans sa voix. Si les problèmes d’un médecin ou d’un hôpital de Gaza étaient insurmontables jusqu’à il y a quelques jours, ils sont maintenant un enfer pur. Israël a fait cesser l’arrivée de l’électricité et du carburant : il n’y a plus de réfrigération, et les médicaments se dégradent et doivent être jetés. Des machines qui aident des personnes à respirer sont alimentées par l’électricité. Sans électricité, les machines de dialyse et d’autres appareils pour maintenir la vie cessent de fonctionner. En ce moment, avec des centaines de blessés et peu d’équipement ou de médicaments, on ne peut pas imaginer les situations face auxquelles Dr Tarzi et d’autres responsables pour la vies des malades et des blessés se trouvent.

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 l'hôpital Kamel Edman, le 29 décembre après une frappe sur Beit Lahiya

La Fondation Elbanna-Peled a été fondé en mémoire de deux petites filles victimes de la guerre israélo-palestinienne : Smadar Elhanan, tuée en 1997 à l’âge de 13 ans lorsque deux palestiniens se sont faits exploser à Jérusalem, et Abir Aramin, tuée à l’âge de 10 ans par un sniper israélien en janvier 2007. Le projet de Gaza était le troisième de ce  genre que Nader Elbanna et moi-même avons entrepris. Nous nous sommes rencontrés dans un groupe de dialogue du salon de San Diego  [http://traubman.igc.org/dg-prog.htm] en 2001. Nous travaillons ensemble pour communiquer deux messages. Premièrement : les palestiniens et les israéliens ont des intérêts solidaires de par leurs liens à leur terre-mère, et ces liens peuvent les rapprocher comme alliés ; deuxièmement : une alliance israélo-palestinienne est un outil puissant capable de transformer la région et arrêter l’hémorragie.

On a soulevé la question si oui ou non, l’attaque israélienne sur Gaza est disproportionnée à la menace encourue par Israël. La réponse n’est pas à chercher dans les chiffres, ni le nombre des missiles tirés, ni le nombres de morts qui sont vraiment du Hamas. La réponse vient de l’exhortation d’Abraham à Dieu (Genèse 18) : ‘Faire mourir le juste avec le méchant … loin de toi cette manière d’agir !’ »

 

23:23 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, hôpitaux, médecins, passage de rafah, enfants | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Contrairement à ce qui a été répété dans les médias et encore aujourd'hui par Georges Bush (qui n'en est pas à un mensonge près), ce n'est pas le Hamas qui a brisé la trêve, mais bien Israël. Le 4 novembre, alors que la trêve durait depuis 4 mois, Israël a bombardé la Palestine : bilan 6 morts. En riposte, les tirs de roquettes reprenaient, pas avant. Le 17 novembre, les Israéliens bombardaient à nouveau et tuaient 4 autres Palestiniens. En outre, dès le 5 novembre, Israël décidait de boucler complètement Gaza et ne permettre la circulation de nourriture et de médicaments qu'au compte-gouttes. Entre le 5 et 30 novembre 2008, seuls 23 camions de vivres ont pu entrer à Gaza au lieu des 3000 habituels par mois pour répondre aux besoins de la population (1,5 million). La situation humanitaire déjà désastreuse, et dénoncée comme telle par les représentants de l'ONU, est devenue encore plus catastrophique à la suite de ce blocus. Mais ni les bombardements israéliens ni le blocus ne sont considérés comme des actes d'agression. Nous assistons de fait à une logique coloniale, comme si le gouvernement d'Israël se donnait le droit d'utiliser la violence contre une population qu'il considère humainement inférieure, laquelle ne doit surtout pas lever le ton, ni le petit doigt.. sur la gâchette.

Dans cette logique, pas besoin de respecter le droit international, logique heureusement pas partagée par toute la société israélienne; certains mouvements la contestent énergiquement. Ce n'est pas le langage de la force qui va faire débloquer la situation, mais le respect du droit international et surtout de respecter des engagements pris depuis des décennies...
Ce que le soit-disant "peuple élu" fait endurer aux Palestiniens est une infamie; Oui, le peuple élu de l'infamie. L'Histoire s'en souviendra.

Écrit par : Chris | 03/01/2009

@ Chris - L'Histoire s'en souviendra.

L'histoire nous montrera que la seule et unique chose qu'on laisse en héritage à ses enfants, c'est la haine, de part et d'autre. Une haine implacable qui prend toute la place et qui ne laisse plus aucun espoir de paix, qui engendrera son armée de malheureux, de familles brisées, de traumatisés de guerre, de sans avenir. Malheureux de toutes parts. Quel gâchis ! Israëliens et Palestiniens - Les voilà les damnés de la terre !

Écrit par : duda | 03/01/2009

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