04/01/2009

Blessés non-identifiés

(L’original en anglais se trouve sur http://www.elecronicintifada.net)

« A Gaza, tout un peuple ciblé

En Direct de Palestine, depuis la bande de Gaza occupée, 2 janvier 2009, Rami Almeghari,  

Aux soins intensifs de l’hôpital al-Shifa, l’hôpital principal de la ville de Gaza, un homme non-identifié gît dans un lit, blessé hier par des éclats d’obus, victime de la frappe d’un missile israélien au croisement Samer dans la rue Omar al-Muktar [la rue principale de la ville], il était midi.

‘ Ce blessé est dans un état grave, sa condition instable, mais on ne sait pas son nom, il est encore non-identifié,’ dit Docteur Omar Manasra, le médecin de garde aux soins intensifs (ICU en anglais).

‘Depuis le début des frappes israéliennes samedi, nous avons reçu au moins 30 blessés non-identifiés aux ICU ; la plupart ont pu être identifiés plus tard, mais ça a pris du temps. Ils étaient simplement étiquetés avec des numéros : inconnu numéro 1, inconnu numéro 2, et ainsi de suite.’

Manasra a décrit les défis des services ICU face au nombre croissant de blessés : « Nous manquons de médicaments, d’équipement et de lits, la situation est critique. Dans la seule première journée des frappes aériennes, nous avons reçu 50 cas; nous sommes surchargés.

Nous n’avons que 12 lits, cela nous a obligé d’ouvrir d’autres ICU d’urgence dans des services cardiaque, orthopédique, obstétrique. Il nous manque des médicaments de base pour les soins intensifs tels des antibiotiques … et encore des ventilateurs et des moniteurs.’

Dans la bande de Gaza, il y a sept hôpitaux principaux pour les 1,5 millions d’habitants. Selon Hammam Nasman, porte-parole du Ministère de Santé du Hamas, ces hôpitaux ne sont pas équipés pour répondre à la situation d’urgence actuelle. 

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entrée de l'hôpital Al Quds, Gaza (photo Carol)

‘La situation sanitaire à Gaza est toujours misérable alors que les travailleurs médicaux essaient à faire face au mieux à cette urgence sans précédant. Nos équipes sur le terrain sont à haut risque. Quatre d’entre eux ont déjà été tués, et encore quelques uns blessés pendant les opérations de sauvetage,’ explique Nasman.

Nasman ajoute qu’il y a en tout 1'534 médecins dans les hôpitaux principaux, et qu’ils ne peuvent pas subvenir aux besoins de tous les blessés dans cette situation de crise. Pour cette raison, beaucoup de cas sont transférés à d’autres cliniques ou hôpitaux privés.

Le Ministre de Santé se coordonne avec des associations égyptiennes et palestiniennes pour la distribution de l’aide venant des pays arabes. Les hôpitaux manquent cruellement d’alcool, de Bludine et de fil de ligature.

Toujours selon Nasman, dans les hôpitaux la plupart des générateurs sont en fin de réserve de carburant. Nombre d’entre eux sont en panne et manquent des pièces de rechange, ce qu’Israël interdit. A Gaza, il y a des coupures d’électricité pendant 70% de la journée alors que l’importation du carburant à la centrale était sévèrement réduite [le 4 novembre 2008]. Cela fait suite à l’attaque israélienne sur Gaza qui a mis fin au cessez-le feu de six mois négocié par l’Egypte.

Le service des urgences et des ambulances du Ministère de Santé est également dépassé par les évènements selon Dr Moawiya Abu Hassanein, son responsable. Les ambulances fonctionnent à 50% de leur capacité après que des raids israéliens aient endommagé cinq ambulances et trois voitures de pompiers. Deux ambulanciers sont morts lors de leur intervention suites à des frappes israéliennes.

Plus de 400 palestiniens sont morts et au moins 2´000 blessés suite aux attaques israéliennes depuis l’air, la mer et la terre qui ont commencé samedi dernier sous prétexte de mettre fin aux tirs de roquettes depuis l’enclave côtière. La plupart des victimes sont des civils et des non-combattants, comme le patient non-identifié de l’hôpital al-Shifa.

Des palestiniens sans identité souffrent au nom d’objectifs peu clairs. Israël affirme qu’elle fait la guerre au Hamas, mais en réalité, n’importe qui et n’importe quoi tombent sous les frappes. Pour les derniers sept jours, des raids aériens israéliens ont complètement dévasté des dizaines de bâtiments civils des différents ministères, des bâtiments municipaux, des associations caritatives, des universités, des écoles [le matin du 3 janvier, l’école américaine, dont le gardien était tué], des maisons de famille et des mosquées.

Les pilotes israéliens dans les avions de guerre ne voient pas et ne se soucient pas de ceux qui souffrent par leurs bombes. Mais ils frappent tout le peuple palestinien, pas seulement le Hamas. Entre-temps, les médecins gazaouis luttent pour identifier ce qui reste des victimes après que leurs bombes soient tombées. »  

Rami Almeghari écrit pour The Electronic Intifada, IMEMC.org et Free Speech Radio News. Il enseigne les media et la traduction politique à l’Université islamique de Gaza. Rami est également traducteur senior d’anglais et l’éditeur principal du centre international de la presse du Palestinian Information Service à Gaza.

On peut lui écrire à rami_almeghari@hotmail.com .

    

 

 

00:52 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, hôpital, blessés, non-identifiés, urgences | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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