09/01/2009

Violations du droit international humanitaire par l’Etat d’Israël

L’organisation israélienne B’Tselem, fondée en 1989 par des avocats, des professeurs, des journalistes et des membres de la Knesset, a comme but de « documenter et éduquer le public et les responsables de la politique en Israël sur les droits humains dans les Territoires Occupés, lutter contre le phénomène de dénégation répandu dans le public israélien et aider à créer une culture des droits humains en Israël. » L’original du rapport qui suit est le dernier en date, plusieurs autres peuvent être consultés sur le site : http://www.btselem.org/English/

« Témoignage : famille de Gaza massacrée ; survivants détenus

B’Tselem, 8 janvier 2009

Meysa Fawzi al-Samuni a 19 ans, elle est femme au foyer, son bébé a neuf mois, elle habite dans la ville de Gaza. Elle a donné le témoignage suivant à Iyad Haddad de B’Tselem par téléphone le 7 janvier 2009 :

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 Meysa al-Samuni et sa petite fille à l'hôpital al-Shifa, 8 janvier 2009 (photo Muhammad Sabah, B'Tselem)

‘Dimanche [4 janvier] autour de 9 heures du matin, des soldats sont venus à la maison de mon beau-père, Rashed al-Samuni. La maison se trouve à côté d’une entreprise de manufacture de ciment. Nous étions 14 dans la maison, tous de la famille al-Samuni : mon mari Tawfiq (21 ans) et moi, Jumana notre bébé, mon beau-père Rashed (41 ans), ma belle-maman Rabab (38 ans), les frères et sœurs de mon mari – Musa (19 ans), Walid (17 ans), Halmi (14 ans), Zeineb (12 ans), Muhammad (11 ans), Shaban (9 ans), Issa (7 ans), Islam (5 ans) et Isra (2 ans).

Les soldats sont arrivés à pied. Ils ont frappé à la porte. Nous avons ouvert, puis, en nous menaçant avec des armes, ils nous ont forcé à sortir de notre maison. Ils portaient des gilets pare-balles et étaient armés de mitrailleuses. Leurs visages étaient peints en noir. Nous avons quitté la maison. Walid a couru par une autre porte, mais les soldats l’ont rattrapé.

Les soldats nous ont fait marcher jusqu’à la maison du frère de mon beau-père, Talal Halmi al-Samuni (50 ans), à une distance d’environ 20 mètres. Il y avait déjà à peu près 20 personnes dans la maison ; en tout, nous étions 35. Les soldats nous ont quitté, manifestement pour fouiller la maison de mon beau-père.

Environ une heure plus tard, les soldats sont revenus et nous ont ordonné d’aller avec eux à la maison de Wail al-Samuni (40 ans). Sa maison est une sorte d’entrepôt en béton d’environ 200 mètres carrés. Elle se trouve à environ 20 mètres de la maison de Talal, où nous étions. Nous y sommes arrivés à 11h. Là, nous avons trouvé 35 personnes, à ce moment, nous étions en tout 70 personnes. Nous y sommes restés jusqu’au matin suivant sans rien à manger ni à boire.

Autour de 6h du matin [lundi 5 janvier], c’était calme dans la région. Un des hommes de la famille, Adnan al-Samuni (20 ans) a dit qu’il voulait aller chercher son oncle et sa famille pour qu’ils puissent être avec nous autres. Mon beau-papa, son neveu, Salah Talal al-Samuni (30 ans) et son cousin Muhammad Ibrahim al-Samuni  (27 ans), était debout à la porte d’entrée de la maison. Ils avaient l’intention de partir ensemble à la recherche de cette famille. Le moment même où ils ont quitté la maison, un missile ou un obus s’est abattu sur eux. Muhammad était tué sur le champs; les autres étaient blessés par les éclats. Mon mari s’est approché d’eux pour leur porter de l’aide, et puis un missile ou un obus a frappé le toit de l’entrepôt. D’après l’intensité de la frappe, je pense que c’était le missile d’un F-16.  Au moment de la frappe du missile, je me suis couchée sur notre fille. Tout était fumée et poussière, et j’ai entendu des hurlements et des gens qui pleuraient. Après que la fumée et la poussière se soient quelque peu dissipées, j’ai regardé autour de moi. J’ai vu entre 20 et 30 morts et environ 20 blessés. Il y avait des gens gravement blessés et d’autres légèrement blessés.

Ceux qui gisaient morts, autour de moi, étaient mon mari, qui a été frappé dans le dos, mon beau-père, qui avait subi une frappe à la tête – sa cervelle était à terre – ma belle-maman Rabab, Talal le frère de mon beau-père et sa femme Rhama Muhammad al-Samuni (4 ans), la femme du fils de Talal, Maha Muhammad al-Samuni (19 ans) et son fils Muhammad Hamli al-Samuni (5 mois) dont tout le cerveau avait été éjecté à côté de son corps, Razqa Muhammad al-Samuni (50 ans), Hanan Khamis al-Samuni (30 ans) et Hamdi Majid al-Samani (22 ans).

Le frère de mon mari Musa et moi étions légèrement blessés. Musa avait une blessure à l’épaule et ma main gauche était blessée. Ma fille était touchée à la main gauche. Son pouce, son index et son doigt du milieu ont été arrachés. J’ai pris un mouchoir et j’ai emballé sa main pour arrêter le saignement.  Les blessés qui gisaient parterre criaient à l’aide sans pouvoir bouger. Les petits enfants et la grand-mère de mon mari, Shifaa al-Samuni (70 ans) pleuraient.

Environ 15 minutes après la deuxième frappe, Musa a dit que c’était une idée de se sauver dans la maison de son oncle, Assad al-Samuni, à une distance d’environ 20 mètres. Nous y avons couru et frappé au portail, mais personne n’a répondu.  Musa a sauté par-dessus le portail, l’a ouvert et nous y sommes entrés. Nous, c’était moi, ma fille, Musa et ses petites sœurs Islam (5 ans) et Isra (2 ans).  Il y avait entre 40 et 50 soldats dans la maison et environ 30 personnes rassemblées dans une des chambres, dont entre 7 et 10 hommes. Les hommes avaient les yeux bandés.

Un des soldats s’est approché de moi et a soigné ma fille et moi. Il a pansé nos mains et vérifié nos pouls. Puis, les soldats ont ligoté Musa et lui ont bandé les yeux.

Les soldats nous ont dit qu’ils allaient nous relâcher et laisser seulement Musa et l’oncle Emad au cas où le Hamas viendrait. J’ai compris qu’ils avaient l’intention de les utiliser comme « boucliers humains ». Ils nous ont ordonné de quitter la maison et nous ont fait marcher le long de la rue 400 – 500 mètres jusqu’à ce que nous trouvions une ambulance qui emmène ma fille et moi à l’hôpital al-Shifa. Les autres membres de ma famille ont continué à marcher dans la rue. Plus tard, quelques-uns parmi eux sont aussi arrivés à l’hôpital.

Autant que je sache, les morts et les blessés sont toujours sous les décombres. Je n’en ai vu aucun parmi les gens emmenés à l’hôpital. »

(voir aussi http://electronicintifada.net/v2/article10144.shtml )

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