20/01/2009

De Gaza : l’arme la plus puissante

 « Nous nous devons d’expérimenter les voies de l’amour. »

(Dr. Attalah Tarazi, chirugien de l’hôpital Al-Shifa, Gaza)

 

Hier soir à Genève, un rassemblement a réuni des gens pas toujours d’accord sur plein de détails, mais unis dans la conviction que la violence n’est pas capable de résoudre des conflits. La pluie qui tombait autour de nous ravivait tous les arguments intellectuels, logiques, « réalistes » qui disent depuis trois semaines l’inévitabilité de l’action infâme de l’armée israélienne à Gaza. La lumière du feu et des torches disaient le contraire : qu’il suffit une volonté implacable de mettre en place des alternatives pour éviter des désastres humains.

Les désastres naturels, nous les connaissons. Que les souffrances de Gaza convainquent le monde que Gaza doit être le dernier de grands désastres humains.


 

« De Gaza : l’arme la plus puissante

 

 par Kathy Kelly pour The Palestine Chronicle 19 janvier 2009

 

Dr. Atallah Tarazi, chirurgien général à l’Hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, nous a invité chez lui, près de l’hôpital où il travaille. Tôt ce matin de 19 janvier, lui et sa famille sont retournés chez eux après avoir pris la fuite il y a cinq jours par crainte des bombardements. ‘Chaque nuit, lorsque je rentrais en voiture de l’hôpital, je priais tout le long du chemin,’ dit Dr Tarazi, ‘puisque les israéliens tiraient sur n’importe qui sur les routes la nuit.’

 

A 61 ans, après de longues années de pratique, le docteur dit qu’il n’a jamais vu de blessures aussi horribles et dévastatrices que pendant ces trois dernières semaines. Lui et son équipe chirurgicale ont essayé de soigner de nombreux patients avec des membres cassés, des blessures d’éclats d’obus et des brûlures sévères. Ils étaient neurochirurgiens, chirurgiens vasculaires, orthopédistes et chirurgiens généraux, tous ensemble, mais beaucoup sont ceux qu’ils n’ont pas pu sauver. Le docteur a décrit des blessures d’éclats d’obus dans les yeux, les visages, les poitrines, les abdomens, et des amputations radicales des jambes. La plupart des gens qu’ils soignaient étaient des civils.

(…)

‘Certains étaient assis chez eux lorsqu’un obus tiré depuis un tank les a frappé,’ dit le médecin. ‘Ils ne savaient pas ce qui leur arrivait. Les survivants arrivaient à l’hôpital après la mort de beaucoup de membres de leur famille. » [Les familles à Gaza vivent majoritairement ensemble : grand-parents, parents (frères et sœurs et leurs époux] et petits-enfants.] ndlt

 

Des patients de Beit Lahia lui ont raconté que, dans une maison, 25 personnes ont été attaquées. Lorsque d’autres membres de la famille sont arrivés pour leur porter secours, des snipers israéliens ont ouvert le feu sur huit d’entre eux. Beaucoup de blessés étaient abandonnés pour mourir seuls puisque des ambulances et des travailleurs de la Croix Rouge étaient interdits d’accès au quartier.

 

Une fois, Israël a annoncé un cessez-le-feu, mais a bombardé la Place de la Palestine [voir la  photo dans « Carte postale, blog du 7.07.07] , près des bureaux municipaux. L’hôpital a reçu quatre blessés graves. « ‘Nous n’avions pas pu les sauver,’ dit le docteur. ‘Mais nous avons pu sauver sept autres blessés.’

 

‘Dans la ville de Gaza, tous les bâtiments nécessaires au fonctionnement d’une ville ont été bombardés,’ dit le docteur. « Des ministères, des postes de police – tous sont détruits. Certains appartenaient au Hamas, mais pas tous.’

 

Nous avons fait le tour à pied de ce quartier avec Dr Tarazi : les ministères de justice, d’éducation et de culture ont été complètement démolis. En route vers la ville de Gaza depuis Rafah, nous avions vu les décombres de mosquées, d’usines, de maisons et d’écoles. Nous avions posé la question au docteur des pourquoi d’une attaque si sauvage.

 

Selon le docteur, il n’y a pas d’explication rationnelle mis à part les prochaines élections israéliennes : certains des candidats veulent prouver au public israélien qu’ils sont prêts à utiliser la force de l’armée pour garantir la sécurité des israéliens. …

 

‘Un des pires aspects de cette guerre,’ dit-il,‘est le manque de respect pour l’ONU. Trois écoles de l’UNWRA [l’agence de Nations Unies pour les réfugiés palestiniens] ont fait l’objet de tirs. A Jabaliya, plus que 45 personnes sont mortes à l’intérieur d’une école de l’UNWRA. Des avions de combat F-16 ont bombardé des stocks de l’UNWRA.’

 

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photo Sameh A. Habeeb

‘Depuis l’hôpital al-Shifa, nous voyions des colonnes de fumée nuit et jour. Tous les jours, la ville de Gaza était sous la fumée et les substances chimiques, et nous n’avons aucune idée quelles conséquences cela aura sur la santé des gens.’

 

‘Oui, il y a les « mini-roquettes »,’ dit le médecin, en parlant des Qassam du Hamas qui atterrissent sur les villes israéliens, ‘et nous déplorons toute personne israélienne blessée par des mini-roquettes. Mais, si quelqu’un vous pique avec une épingle, vous ne lui coupez pas la tête, vous demandez POURQUOI cette personne a essayé de vous faire mal avec une épingle.

Considérez que les gens sont enfermés dans une prison avec une pénurie de tout. Personne ne peut rien réparer. Les gens veulent l’ouverture des frontières pour que les biens puissent circuler. Après six mois de frontières scellées, les gens sont frustrés. Maintenant, un côté déclare un cessez-le-feu unilatéral, mais ils ne disent rien concernant l’ouverture des frontières ni concernant les modalités de retrait des forces – ils veulent même que l’OTAN aide à renforcer le siège.’

 

‘Ils veulent que nous disions, ‘Nous ne sommes pas palestiniens ; nous n’avons pas droit à un état.’

‘Des êtres humains avec une armée si puissante devraient se comporter de façon civilisée et pas comme un groupe terroriste. On comprend que des fanatiques utilisent la terreur, mais un état démocratique ne devrait pas mentir pour justifier une tuerie massive. Un état qui se comporte de cette manière devrait comparaître devant le Cour International de Justice.’

 

‘Et pourtant, nous nous devons d’expérimenter les voies de l’amour. Nous essayons, avec certains juifs, avec nos sentiments et avec nos actions. Nous avons besoin de réussir. Nous avons besoin de vivre ensemble. Nous nous efforçons d’avoir de bons rapports avec tous nos partenaires et rester ouverts à tous les points de vues.’

 

‘L’arme la plus puissante partout du le monde est l’amour,’ dit Dr. Tarazi. Il affirme que ceci a toujours été sa conviction, et il le répète sans cesse à tous ses collègues musulmans, chrétiens ou juifs, depuis quarante ans.’ Il a réaffirmé cette croyance récemment au passage d’Erez, lors des débuts d’opération Plomb Durci » des israéliens- Il faisait partie des 200 gazaouis chrétiens autorisés à rejoindre leurs parents en Cisjordanie pour les fêtes de Noël orthodoxe, parmi les 800 ayant fait la demande. En entendant des attaques, Dr Tarazi a mis une croix sur ses vacances et s’est présenté à la frontière en toute vitesse, voulant retourner à sa famille et à son travail à Gaza. Au passage à la frontière, il a salué les soldats par un ‘Joyeux Noël.’ Ils ont répondu, ‘ Avez-vous des armes sur vous ?’ ‘Oui,’ a répondu le docteur, ‘j’ai l’arme la plus puissante de tous, celle de l’amour.’ »

 

Kathy Kelly est la co-animatrice de Voices for Creative Nonviolence (www.vcnv.org). Elle se trouve en ce moment dans la bande de Gaza. On peut lui écrire au kathy A T vcnv D O T org. 

19:39 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, médecin, civils, armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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