20/02/2009

Sans les bombes, Gaza dans l’oubli

Hier, pour la première fois en deux semaines, Israël a autorisé la livraison de gaz pour faire la cuisine – 70 tonnes – , alors que les besoins quotidiens de gaz dans la bande de Gaza sont évalués à 350 tonnes. (Ma’an News 18.02). Le blocus israélien sur la libre circulation de biens et de gens continue dans l’indifférence totale de la plupart des media. Toute reconstruction reste en attente. L’unique hôpital pour les aînés, celui dans lequel, en mai 2007, j’ai rendu visite à une amie alitée, est une des institutions en attente de réparation après avoir été le cible de tirs incompréhensibles. L’article original sur la situation de l’Hôpital Al Wafaa se trouve sur le site du PCHR (il est daté du 15 février 2009).


« Les aînés oubliés de Gaza

 

Dans l’EMS de l’Hôpital Al-Wafaa situé au nord-est de la bande de Gaza, de frêles femmes se blottissent dans leurs lits. La plupart d’entre elles ne peuvent plus marcher. Dans la société gazaouie, il y a peu de lieux institutionnels pour les personnes âgées. Les soins incombent habituellement à leurs familles. Les patients d’Al-Wafaa sont ceux qui n’ont personne d’autre chez qui loger.

 

Rahma Mourad, âgée de 75 ans, est une des résidentes permanentes de l’EMS. 

Un sourire illumine son visage lorsqu’elle se rappelle de ses jeunes années à Damas, au sein d’une famille privilégiée. Sa première langue était le français. Maintenant, ses enfants vivent en Syrie, et elle n’a plus de parenté qui puisse lui rendre visite. Rahma vit avec ses souvenirs (…)

 

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 Rahma Mourad (à droite) dans sa chambre dans l'EMS Al Wafaa (Sarah Malian 2009)

 

 

Plus de 4'300 personnes [5'000 selon le Basler Zeitung du 19 février – voir l’article de Sybille Oetiliker du 19 février 2009 ndlt] ont reçu des blessures, qui pour beaucoup sont horribles, pendant les 22 jours de l’offensive sur la bande de Gaza. Mais les atteintes de traumatisme psychologique subies sous les tirs et les bombardements sont des blessures majeures qui nécessitent du temps pour guérir.

 

Au petit matin du 16 janvier, l’Hôpital Al Wafaa, unique centre de réhabilitation pour aînés à Gaza, a été attaqué par des tirs d’artillerie, y compris du phosphore blanc. Les salles de la partie est de l’hôpital témoignent des dommages de cette nuit-là, estimés à environ un demi-million de dollars.

 

Rahma et les autres patients racontent « une longue nuit de terreur », enfermés dans l’hôpital, sans possibilité de se sauver. Maintenant encore, trois semaines après l’établissement du cessez-le-feu unilatéral décrété par l’Etat d’Israël, Rahma pleure en y pensant. ‘Je ne peux pas vous décrire le bruit que faisait les bombardements,‘ dit-elle, ses yeux cherchant les trous des éclats d’obus criblant le mur de sa chambre dans l’hôpital. ‘C’était insoutenable….’ Elle joint fermement ses mains ; une bénévole la console.

 

L’infirmier Wael Mamdouh Samara, du quartier de Shijaiyah, était de garde la nuit du 16 janvier. ‘Les tirs ont commencé juste après minuit,’ dit-il. ‘Un énorme obus a frappé l’hôpital, et nous étions envahis par la poussière et la fumée. On ne pouvait rien voir à cause de la densité de la fumée dans les corridors. Le personnel et les patients ont totalement paniqué.’

 

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Dommages Al Wafaa (PCHR)

 

 

L’administration de l’hôpital avait planifié l’évacuation en cas d’urgence et ils ont commencé à mettre celle-ci en pratique quelques heures avant le début des bombardements. Ces prévisions ont pu éviter une catastrophe potentielle pour des patients paraplégiques et d’autres récupérant des blessures à l’épine dorsale : on a pu les mettre à l’abri, non sans difficulté.

 

Mais les aînés de l’EMS, dont la plupart sont alités, n’ont pas pu être évacués à un endroit sûr. Et la férocité des tirs ont empêché le personnel médical de se rendre aux côtés des résidents. Une aide qui a essayé de les rejoindre, Umm Mohammed Al Wadia, a été blessée à la tête en voulant venir en aide à ses patients.

 

En dépit des injonctions du Comité Internationale de la Croix-Rouge auprès de l’armée israélienne, les militaires ont continué à tirer sur les différents bâtiments de l’hôpital pendant six heures. Le vernissage d’un bâtiment flambant neuf destiné à la chirurgie spécialisée et la pédiatrie était déjà prévu. Mais toutes ces nouvelles installations, avec l’équipement approprié, ont été fortement endommagées par les barrages. Il y a des restes d’obus partout dans l’immeuble, des trous noircis par l’artillerie couvrent les murs.

 

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bâtiment de chirurgie et pédiatrie (PCHR)

 

Fondé en 1996, Al Wafaa emploie quelques 230 personnes, parmi eux des ergothérapeutes spécialisés, des physiothérapeutes et des spécialistes de la réhabilitation. Les patients souffrent d’incapacités motrices et cognitives causées par des blessures à l’épine dorsale, des amputations, des attaques cérébrales, des paralyses, des maladies des muscles et des nerfs, et des fractures. Al Wafaa s’occupe également des patients grabataires avec des problèmes d’incontinence et des désordres circulatoires. L’hôpital est soutenu par de donateurs internationaux et arabes. Actuellement, Al Wafaa fait un appel mondial en vue des réparations et reconstructions.

Selon l’infirmière principale Ali Abu Riala, ‘L’attaque du 16 janvier était la quatrième subie par l’hôpital. Nous sommes tout près de la frontière et des obus, en 2003, ont tué deux de nos infirmières. C’est pour ça qu’il y avait une planification en vue d’une évacuation éventuelle. Je peux garantir qu’il n’y avait pas de résistant dans l’enceinte de l’hôpital … et nous n’avons vu aucun militant parmi les blessés et les morts autour de l’hôpital.’

 

Tirer délibérément sur des infrastructures comme des hôpitaux est une violation des principes du droit international humanitaire et constitue un crime de guerre. Les articles 15-19 de la Quatrième Convention de Genève interdisent toute attaque sur des centres de santé pendant des conflits armés. …

 

Les corridors vert-menthe du secteur EMS d’Al Wafaa sont nettoyés et de nouveau opérationnels. Mais les cicatrices émotionnelles des patients âgés, vulnérables et handicapés, sont profondes. ‘Nous avons perpétuellement peur,’ dit Rahma. ‘Est-ce juste de vivre ainsi la fin de sa vie ?’ »

 

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