06/03/2009

Une bombe pas comme les autres

Dans les textes précédents (le 14.01, « L’enfer sur terre » et le 1.02, « Un mur en sang … »), nous avons décrit l’utilisation des armes au phosphore blanc ou aux fléchettes utilisées par l’armée israélienne dans la bande de Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009. Voici un troisième type d’armes qui a fait des ravages. Des centaines de civils sont morts des blessures de la bombe GBU-39; d’autres meurent encore ces jours-ci de façon horrible. L’horreur est aussi le lot des familles, des amis et de tout le personnel médical.

 

Maintes organisations internationales exigent que l’état d’Israël soit jugé pour violation du droit humanitaire et des lois sur la conduite de la guerre dans son offensive sur la bande de Gaza. Dans ce contexte, les Amis des Invalides de Tzahal (l’armée israélienne) ont maintenu leur soirée annuelle  « en faveur d’une cause humanitaire » (Mme Réfaëla Trochery dans une lettre à la Tribune de Genève, édition du 5 mars). L’Hôtel Kempinski a accueilli l’événement privé dans sa salle de spectacles du Théatre du Léman.

 

Cette année, les informations qui s’accumulent nous forcent à regarder le soutien financier aux blessés de guerre israéliens sous un autre jour que les années précédentes. On souhaiterait une réflexion sur la manière d’agir pour aider toutes les victimes du conflit au Moyen Orient, notamment en mettant un accent sur des moyens pour négocier la fin de ce conflit militaire extrêmement nocif pour tous. Les extraits d’un article du Berkeley Daily Planet du 18 février par Conn Hallinan offre à cet égard une vue compréhensive de l’évolution de la situation.


 

M. Hallinan est recteur de l’Université de Californie à Santa Cruz et analyste de la politique étrangère pour Foreign Policy in Focus.

  

Une bombe pas comme les autres : les nouvelles donnes du conflit israélien-palestinien

 

 

« ‘C’était comme s’ils avaient marché sur une mine, mais il n’y avait aucun éclat d’obus dans la blessure. Certains avaient perdu leurs jambes. On aurait dit qu’ils avaient été coupés avec un scalpel. Je travaille dans des zones de guerre depuis 30 ans, mais je n’ai jamais vu de telles blessures.’

 

Ce sont les mots du Dr Erik Fosse, cardiologue norvégien qui a travaillé dans les hôpitaux de Gaza pendant les attaques récentes. Il décrit les effets d’une arme américaine, la GBU-39, dite de ‘mortalité concentrée’. Cette bombe est censé limiter les dommages aux structures tout en infligeant des blessures dévastatrices sur ses victimes. La GBU-39, une arme DIME (explosif en métal lourd inerte) a été utilisée en Iraq. Gaza est le premier endroit où l’arme a été utilisée dans une région très peuplée. 

 

La GBU-39 est la création de l’US Air Force, de la Boeing et du Laboratoire national Lawrence Livermore de l’Université de Californie en 2000. Des explosifs puissants comme le HMX ou le RDX sont enveloppés dans un alliages de tungstène et d’autres métaux tels que le cobalt, le nickel ou l’acier, le tout enfoui dans une ogive en fibre de carbone ou époxyde. Lors du contact, l’ogive s’évapore, le tungstène se transformant en micro-éclats qui sont extrêmement meurtriers dans un rayon de cinq à huit mètres.

 

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une bombe GBU-39 explose sur la ville de Gaza

 

 

Selon le médecin norvégien Mads Gilbert [également présent dans l’hôpital Al-Shifa pendant les 22 jours des attaques], l’explosion de cette bombe conduit à des amputations multiples et ‘des fractures terriblement sévères. Les muscles sont carrément séparés des os, ils pendent  librement, et il a y aussi des brûlures sévères.’

 

Ceux qui survivent à la frappe initiale meurent rapidement à cause de la septicémie et de l’implosion des organes. ‘Au début, on a l’impression que tout est en ordre … mais on trouve par la suite des quantités de particules minuscules dans tous leurs organes,’ dit le Dr Jam Brommundt, médecin allemand travaillant à Khan Younis, au milieu de la bande de Gaza. Selon le docteur, on ne peut rien contre ces toutes petites blessures, qui font que les organes cessent de fonctionner.

 

Si par miracle les victimes survivent, il est presque certain qu’ils développeront le RMS (rhabdomyosarcoma), un cancer particulièrement mortel, d’après des recherches américaines. Ce cancer s’enfonce profondément et est presque impossible à traiter.

 

La GBU-39 est l’arme prometteuse dernier cri selon ses inventeurs. La bombe est petite et légère : 1.75 m de long et pesant 113 Kg, soit le quart d’une bombe utilisée habituellement. Cela permet de charger quatre fois plus de bombes dans un avion.  On peut larguer la GBU-39 à 110 km de sa cible : des ailes intérieures la guideront jusqu’à la cible.  La bombe peut pénétrer 2,4m de béton armé. On peut également la placer dans des drones. Enfin, elle coûte bien moins cher que d’autres engins de la sorte. La GBU-39 a frappé en larges quantités à Gaza : le seul hôpital d’Al-Shifa a enregistré entre 100 et 150 patients touchés. [Voir http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=50281 pour plus de détails sur le GBU-39]

 

Selon le conseiller senior militaire du Human Rights Watch, Marc Garlasco : ‘Nous ne savons pas encore comment Israël a acquis cette technologie : est-ce qu’ils ont acheté ces armes des Etats-Unis ou est-ce qu’ils les ont développées et acquis une patente pour leur propre type de munitions ?’ Mais le Congrès américain a approuvé la vente de 1'000 GBU-39 à Israël en septembre 2008; la livraison s’est effectuée début décembre. Israël est le premier état acheteur des DIME. Ces armes ne sont pas proscrites sous les Conventions de Genève parce qu’elles n’ont jamais été testées officiellement. Personne ne sait combien de temps le tungstène reste actif dans l’environnement ni les effets nocifs possibles pour des personnes qui retournent vivre dans des habitations frappées par une bombe de ce genre.

 

A l’avis du Dr Gilbert, ‘Il est légitime de soupçonner que Gaza est un banc d’essai pour tester de nouvelles armes.’ »

  

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 soldat israélien portant une bombe GBU-39

22:08 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, bombe, gbu-39, hôtel kempinsky, droit international | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il faut avoir le coeur solide pour lire des informations comme celles-là...
Je me demande comment l'humanité du XXIe siècle peut en arriver à concevoir et construire des armes de ce genre. Des armes si diaboliques dans le sens étymologique du terme : ce qui divise, ce qui sépare, puisque même les muscles en sont séparés des os....
Comment l'Etat d'Israël peut-il espérer acquérir la sécurité en semant autant d'horreur avec autant de conscience?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/03/2009

On pleure, on crit, on ne sais pas quoi faire................juste rappeller aux israéliens qu'ils payeront un jour, d'une manière ou d'une autre.
Le monde change, les gens se réveillent d'un sommeil complice.....la roue tourne.
Que la paix et l'amour et la justice triomphent.

Écrit par : ridha Ben Boubaker | 08/03/2009

Ceci n'est pas une bombe GBU39 mais un obus flèche, tiré par les chars comme arme anti-char.

Rien à voir, donc avec la GBU39 qui est une bombe guidée par laser qui est tirée par avion.

Écrit par : GP | 04/01/2010

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