18/03/2009

Les risques du métier de pêcheur

Notre blog du 16 septembre raconte la calvaire des pêcheurs gazaouis, confinés par l’armée israélienne à  travailler dans un rayon de plus en plus réduit, souvent sous le feu des bateaux navals israéliens. Un rapport du 13 mars 2009 diffusé par IRIN, un service de nouvelles et d’informations humanitaire des Nations Unis, nous informe sur la situation actuelle. L’article original en anglais se trouve sur http://electronicintifada.net/v2/article10392.shtml.


« L’industrie de la pêche à Gaza mise à rude épreuve

 

Les prises qui diminuent et le manque de poisson enlèvent une denrée importante dans l’alimentation des habitants de Gaza, selon le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), ceci pour deux raisons : les dommages infligés par l’offensive israélienne et les restrictions sur les zones où les pêcheurs peuvent travailler.

 

En janvier 2009, les autorités israéliennes ont réduit le rayon dans lequel les pêcheurs peuvent pêcher de six à trois miles nautiques au large de la côte de Gaza. Pendant l’opération Plomb Durci, la pêche était proscrite ‘pour prévenir la contrebande d’armes et des munitions à Gaza par voie de la mer,’ selon une source militaire israélienne qui préférait rester anonyme. Les Accords d’Oslo de 1993 ont fixé la limite de la pêche à 20 miles nautiques. En pratique, Israël accordait un rayon de 12 miles jusqu’à l’an 2000. Depuis, les autorités israéliennes ont établi une limite de 6 miles nautiques.

 

A Rafah (dans le sud de la bande de Gaza), il n’y a presque plus de pêche : les bateaux et leur équipement ont essuyé des dommages importants pendant les 22 jours des attaques. Depuis juin 2007, il y a pénurie de filets, de corde, de ficelle et de réservoirs d’essence, ainsi que de moteurs et de pièces de rechange, selon l’OCHA.

 

Un état précaire

 

En 2008, la pêche contribuait pour 1,5% à l’économie gazaouie (l’agriculture et la pêche en représentent le 10%), selon le Ministère de l’agriculture à Gaza. L’industrie était déjà dans un état délicat avant l’attaque sur Gaza le 27 décembre 2008. ‘Aujourd’hui, il y a environ 3'500 pêcheurs à Gaza,’ dit le ministre de l’agriculture Mohammed Agah. ‘L'obstacle principal avant la guerre était le manque de carburant, mais ils ont des problèmes encore plus graves maintenant.’

 

Les dernières livraisons de pétrole et le diesel autorisées pour des besoins d’utilité publique  par le passage de Nahel Oz datent du 2 novembre 2008. Rien depuis, selon l’OCHA.

L’Association des propriétaires de stations d’essence de Gaza affirme ne plus avoir reçu de carburant par les tunnels de la frontière égyptienne depuis le 26 février 2009.

 

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photo : une famille de pêcheurs travaillent ensemble pour démêler leurs filets, difficile à trouver à cause du siège de Gaza mené par l’état d’Israël depuis bientôt deux ans (Erica Silverman/IRIN)

 

Alimentation de protéine en baisse  

 

Les contraintes sur la pêche, sur l’importation du bétail et de la nourriture pour animaux ont réduit la quantité de protéine consommée par les gazaouis depuis la guerre, selon Agah. Les gazaouis mangent 50 pour cent de protéine en moins chaque jour qu’ailleurs dans le monde arabe. Cette situation a des conséquences néfastes pour le développement normal des enfants.

 

‘En 2008, la prise de poissons était de 3'000 tonnes – environ 250 tonnes par mois – tandis que Gaza a besoin d’une prise annuelle de 20'000 tonnes pour subvenir aux besoins,’ dit Hassan Azman, responsable de l’Autorité de Pêche. En février 2009, il ajoute que les pêcheurs n’ont pris que 65 tonnes de poissons. En effet, depuis la guerre récente, les autorités navales israéliennes n’autorisent que dix expéditions de pêche par mois au lieu des 80 qui sont nécessaires, selon Azman.

 

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des amateurs de pêche sur la plage à Khan Younis, mai 2007 (photo Carol)

 

‘Les plus grands bateaux (environ 85 sur un total de 450) ne peuvent pas faire de la pêche dans des eaux à seulement trois miles de la côte, explique Azman. Le pêcheur Mohammed al-Hisi, âgé de 56 ans, ajoute : ‘Nous ne pouvons pas prendre de grands poissons sains dans ce rayon de trois miles et en avril, les pêcheurs égyptiens et israéliens vont pêcher dans les eaux au-delà des trois miles, ce qui réduira les stocks encore plus.’

 

Depuis la fin des attaques le 18 janvier, neuf pêcheurs ont été blessés par des tirs de torpilleurs israéliens selon al-Hisi.

 

Evaluation des dommages soufferts dans l’offensive israélienne

 

Pendant la guerre, les bateaux gazaouis ont été pulvérisés par des canons à eau, leurs moteurs noyés et leurs pont submergés; ils ont aussi essuyé des tirs. Beaucoup des bateaux sont criblés

de balles : environ 113 bateaux ont été touchés, selon Azman. Il évalue les

pertes à l’industrie de pêche pendant l’offensive israélienne à dix million de dollars.

 

Les pertes directes de l’agriculture pendant la guerre sont de 218.2 millions de dollars, d’après les premières évaluations du Ministère d’agriculture de Gaza. Les pertes indirectes et directes pour le secteur entier de l’agriculture s’élèvent à 228.6 millions de dollars.

 

L’Autorité de Pêche de Gaza essaye de créer un troisième élevage de poissons pour parvenir aux besoins de la population.’

 

00:11 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, pêcheurs, armée israélienne, protéines | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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