26/03/2009

Condamnés à mort par le blocus

La situation des patients gazaouis gravement malades, la plupart du cancer, est toujours désespérante, tant pour les malades que pour leurs familles. (voir le blog du 10.01.08 « Appel des médecins israéliens ». ) Ma’an News annonçait hier la mort de Hayat Suleiman Khalil, 46 ans, empêchée de voyager malgré le fait que tous ses papiers étaient en ordre.(« Hayat » veut dire « la vie ».) Les médecins israéliens ou égyptiens qui font tout le nécessaire pour faciliter la sortie de leurs patients en besoin de traitement, assistent impuissants à leur décès. Selon le gouvernement de facto, au moins 312 gazaouis en  besoin urgent de soins sont morts à cause du siège imposé par les autorités israéliennes et égyptiennes. En mars 2009, six femmes et cinq enfants sont morts faute de pouvoir sortir pour être soignés. Plus de 1'000 patients attendent leur dernière chance.

 

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  jasmin

 

Le rapport d’Al Mezan du 20 mars 2009 est édifiant. Quelques informations du rapport suivent. L’original se trouve sur http://electronicintifada.net/v2/article10410.shtml.

 


 

«  Maher Mohmanned al-Sheikh, 17 ans, est mort à Gaza le dimanche 25 janvier 2009 en  attendant le feu vert du gouvernement israélien pour aller traiter sa leucémie en Israël.

 

Le 8 mai, Maher était diagnostiqué comme souffrant de la leucémie … après une attente de quarante jours, il a pu se rendre à l’hôpital de Tel Hashomer près de Tel Aviv le 17 juin, accompagné de son père. Il a subi une chimiothérapie, suite à laquelle les médecins ont décidé qu’il lui fallait une transplantation de la moelle épinière. Toute sa famille a fait le voyage jusqu’à l’hôpital pour les tests qui déterminent des donneurs possibles. Le 19 novembre, Maher subit une opération réussie avec la moelle épinière de deux de ses frères.

 

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De retour à Gaza, le 1er  janvier, Maher avait l’air de bien se remettre. Mais, une semaine plus tard, sa condition s’est détériorée : il a commencé à vomir, une fièvre s’est déclarée, ainsi qu’une forte diarrhée. Des infections graves ont été décelées. Les antibiotiques administrés par les médecins à l’Hôpital al-Shifa n’ont eu aucun effet. Les médecins gazaouis, en concertation avec les médecins à l’Hôpital Tel Hashomer, ont décidé que Maher devait retourner d’urgence en Israël.

 

La demande était soumise aux autorités israéliennes le 12 janvier. Maher est décédé le 25 janvier sans avoir eu de réponse. Selon l’agence de presse Ma’an, le Ministre de Santé de l’Autorité palestinienne, Fathi Abu Moghli, avait contacté le gouvernement israélien au sujet du cas de Maher. Il n’a reçu aucune réponse à ce jour. 

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Faire une demande pour des soins médicaux en Israël est une procédure longue et compliquée. Le malade doit d’abord être mis en contact par son médecin avec le Service RAD (Referral Abroad Department) du Ministère de Santé de l’Autorité palestinienne. Ce bureau fixe un rendez-vous avec un hôpital israélien avant de faire une demande formelle pour un départ à l’étranger. Le malade doit ensuite contacter le Bureau de Coordination locale pour la santé palestinienne (DCO) dans le but d’obtenir un permis pour sortir par le passage d’Erez. Cette demande est alors envoyée au bureau de Coordinateurs des activités du gouvernement dans les territoires (COGAT), où le service de sécurité intérieure de l'Etat d'Israël (Shin Bet) évalue si le malade est un risque pour la sécurité d’Israël. Enfin, si l’autorisation est octroyée, le malade se présente à Erez, où sa sortie est prise en charge par un officiel de liaison palestinien et un officiel de liaison israélien.
Mais même après toutes ces démarches, il est possible que le malade n’arrive pas à l’hôpital en Israël si la durée de la procédure fait que la date du rendez-vous a été dépassé ou si l’armée israélienne décide de fermer Erez pour des raisons de sécurité. Dans ce cas, le malade doit commencer toute la procédure du début.

 

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Le droit à la santé est inscrit dans l’article 25 de la Déclaration des Droits de l’Homme … et reconnu par de nombreux autres traités de droit international, y compris le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Israël a ratifié le PIDESC en 1991 … Ce droit (ndlt : le droit à la santé) doit être respecté sans aucune condition, un principe qu’Israël viole de façon répété. Le Shin Bet exerce souvent une pression sur les malades pour qu’ils deviennent indicateurs en échange de l’autorisation de voyager pour recevoir des soins. L’ONG Médecins pour les Droits Humains - Israël a connaissance de 32 cas de ce genre …

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Khalid Abdel-Rahman Hussein Abu Shamala, 38 ans, souffrait d’une .. thrombose et a subi une opération … au Caire. Il était adressé à l’hôpital Tel Hashomer en juillet 2008 suite à de sérieuses complications. Le 9 septembre, dans un état visiblement fragile, il s’est présenté à Erez, où on lui a promis le permis nécessaire pour partir. Cependant, peu après, on l’a convoqué une deuxième fois pour lui préciser qu’il devait fournir des informations sur des personnes dans son entourage s’il voulait le permis. M. Shamala a refusé. Il a ensuite demandé un permis pour aller à l’hôpital au Caire par le passage de Rafah. Mais Rafah est resté fermé, M. Shamala est décédé le 28 novembre 2008.

Ce cas met en lumière une politique de grave violation des Conventions de Genève et de la Convention des Nations Unies contre la Torture. Le droit international interdit l’utilisation de civils dans les situations de conflit pour nuire à un état ennemi. »

Nos remerciements à l’artiste/photographe Mohamed Abusal pour son autorisation de reproduire quelques photos de sa série « Le printemps à Gaza », 2008. M. Abusal a une exposition intitulée « Eclairage » en ce moment au Centre Culturel Français de Gaza. (http://www.eltiqa.com)

23:23 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : malades, cancer, gaza, blocus, erez, rafat | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Les belles fotos n'ont pas réussi à soigner mon énorme écoeurement devant une telles situation.
Comment Israël peut-il espérer créer un état libre et sécure en créant autant d'aberrations humaines autour de lui?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27/03/2009

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