30/03/2009

Le seul magasin BMW à Gaza

C’est le sixième article dans la série « Aftermath » ou « L’Après-guerre » publié par le Centre palestinien des droits humains (PCHR : http://www.pchrgaza.org/). Ces témoignages personnels décrivent les répercussions de l’opération israélien de 22 jours dans la bande de Gaza. A ce jour, aucune reconstruction n’est possible, ceci dû à la continuation du blocus israélien de Gaza qui a commencé il y a presque deux ans. Il n’existent pas d’assurances de responsabilité civile à Gaza. Une réaction de la communauté internationale s’impose. Une politique dite « d’apaisement » a historiquement déjà conduit à des catastrophes. L’Union européenne porte une responsabilité envers ce petit territoire à l’autre bout de la Méditerranée. 


« Le seul magasin BMW à Gaza

(photos et texte de Malian/ PCHR)

 

Avec son blouson et ses lunettes noires, Nasser Al ‘Amoudi incarne l’amateur des voitures. Durant des années, il a été le fier propriétaire du seul magasin de pièces détachées BMW dans la bande de Gaza. Des clients venaient de partout pour acheter ses pièces de rechange. Aujourd’hui, son atelier et son garage, d’une valeur d’environ $300'000, sont en ruine, détruits dans le récente offensive de l’armée israélienne. Il ne reste plus de sécurité financière pour Nasser.

 

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 Nasser Al’Amoudi sur sa moto à côté des décombres de son magasin Pièces Détachées BMW

 

Le magasin Al ‘Amoudi Pièces Détachées BMW se trouve sur une rue principale dans le quartier Salateen de Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza. C’est une des régions qui a souffert le plus de l’opération israélienne. Des centaines de maisons et de serres ont été dévastés dans Salateen, des milliers d’arbres déracinés. Des tentes logent cent familles à quelques mètres du magasin. Salateen, où vivent en majorité des pêcheurs et leurs familles a vécu de nombreuses incursions de l’armée israélienne dans le passé, mais les dernières attaques ont laissé d’importantes cicatrices. Les résidents ont souvent de la peine à reconnaître les endroits familiers. Même le vieux cimetière a vu ses pierres tombales fendues et son terrain profondément défiguré par les chenilles des tanks.

 

‘Ce terrain nous appartient, à moi et à ma famille. Notre firme existe depuis 22 ans,’ dit Nasser, 38 ans, sa main sur la tente qu’il a érigé sur le site de son magasin. ‘J’ai travaillé dans le garage étant petit, puis j’ai repris l’affaire de mon frère lorsque j’étais en âge de le faire. Nos clients venaient de la ville de Gaza, de Khan Younis et de Rafah. C’était l’unique endroit pour des pièces de rechange de qualité pour des voitures BMW. Nous étions connus dans tout Gaza.’

 

Auparavant, Nasser se procurait ses pièces détachées d’amis en Allemagne, mais tout commerce s’est arrêté avec le blocus imposé aux frontières de Gaza il y a deux ans : ‘Avant l’offensive de décembre et janvier, les gens venaient encore au magasin, mais je vendais de moins en moins. La bande de Gaza est coupée du monde depuis le début du blocus – des entreprises comme la mienne ne peuvent pas tourner dans des pareilles conditions.’

 

Le blocus économique et la fermeture des frontières de Gaza depuis juin 2007 a eu un impacte dévastateur sur toute l’économie. La majorité des entreprises de production ont fermé, et tant les exportations que les importations sont sévèrement limitées. La politique israélienne de punition collective fait que le territoire est privé d’aliments et de médicaments de base, et d’autres biens de première nécessité. Le résultat est une montée en flèche du niveau de  pauvreté et du chômage.  

 

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 Nasser Al’Amoudi devant sa tente symbolique érigée sur le site de son magasin BMW

 

Pendant les attaques de décembre et janvier, Nasser, sa femme et ses trois enfants sont restés à l’abri chez eux dans le camp de réfugiés de Shati. Durant ce temps, des avions F-16, des hélicoptères, des bateaux navals et des tanks de l’infanterie israélienne ont pulvérisé le quartier de Salateen. Le 14 janvier 2009, jour où beaucoup de résidents ont fui Salateen, son garage et son atelier ont été rasé par des bulldozers militaires israéliens. ‘J’y suis retourné sur ma moto le premier jour du cessez-le-feu, le 18 janvier 2009,’ dit Nasser. ‘Il ne restait rien. Des années du travail envolées.’

Des pare-chocs métalliques sont entassés en accordéon autour de la tente sur le site du magasin. Nasser a essayé de récupérer ce qu’il pouvait. La tente est une simple expression de la volonté humaine de résister. ‘J’ai installé cette tente avec la vieille enseigne de mon magasin. Même si je n’ai rien à vendre, c’est symbolique … juste pour montrer au monde ce qui m’est arrivé.’

 

Pendant les 22 jours de l’offensive, Beit Lahia a terriblement souffert. Tous les aspects de la vie de ses habitants en pâtissent encore aujourd’hui. Les civils, comme Nasser Al ‘Amoudi, continuent à voir leurs droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques bafoués. 

 

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 vue générale du quartier Salateen, gravement endommagé par l’armée israélienne

 

Compte tenu des dernières actions de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, et de ses violations du droit international qui continuent jusqu’à présent, le PCHR appelle le Conseil de l’Accord d’Association UE-Israël à revoir sa position sur la demande israélienne pour une amélioration des relations avec l’Union européenne. Le PCHR demande que le Conseil mette Israël en face de ses responsabilités légales en matière de droit international, spécifiquement regardant les articles sur les droits humains qui font partie de l’Accord. Une coopération accrue sous l’Accord d’Association UE-Israël reviendrait à une approbation tacite des violations israéliennes de ses obligations contractuelles et rendrait l’Union européenne complice des actions de l’armée israélienne.

 

Plus de 120 ateliers industriels et commerciaux ont été anéantis par les forces d’occupation israélienne entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009. Au moins 200 autres entreprises ont été endommagés, ainsi que les plus grandes usines de Gaza, qui produisent des boissons sans alcool, du béton et d’autres articles de première nécessité.

 

Le taux élevé de morts civils et la destruction massive de propriétés publiques et privées montre que l’un des objectifs militaires et politiques de l’Etat d’Israël était de causer un maximum de dommages à Gaza. Lorsque l’on voit Nasser Al ‘Amoudi en train de réajuster son enseigne, il est clair que l’armée israélienne a réalisé cet objectif.

 

‘A quoi bon m’adresser à la communauté internationale ?’ demande Nasser. ‘Personne ne semble s’y intéresser. Que puis-je faire ? Où d’autre puis-je aller ? J’espère simplement que nous ne verrons plus jamais ceci à Gaza.’ 

20:09 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, armée israélienne, blocus, union européenne, israël | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

J'ai l'impression que la dévastation dans le territoire de Gaza, tant au niveau des humains, que des bâtiments et de l'agriculture est si énorme et atroce que les occidentaux ont de la peine à ne pas entrer dans le déni.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 30/03/2009

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