07/05/2009

Le Survivant

Un premier fils né à Gaza en 1994, l’année de tous les espoirs des accords d’Oslo, permettait aux jeunes parents de Mahmoud Mattar de rêver. Un état indépendant palestinien vivant en paix à côté du voisin israélien semblait être une question de quelques années. De faux espoirs ? La réalité actuelle est bien cruelle pour Mahmoud, un des 1'606 enfants blessés gravement pendant l’offensive de l’armée israélienne en décembre et janvier.

La huitième article dans la série « Aftermath » (voir « Le seul magasin BMW à Gaza » du 30.03.2009) raconte son histoire. (lire l’article original en anglais sur :  http://www.pchrgaza.org/files/campaigns/english/aftermath/8.html ).

 

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Mahmoud, avec son petit frère, avant l’attaque qui l’a rendu aveugle à vie (photo PCHR)


« La vie, c’est être aveugle

 

par Malian, Centre palestinien pour les droits humains

 

Mahmoud Mattar a passé son quinzième anniversaire en février de cette année aux soins intensifs à l’hôpital égyptien Sheikh Zayid. Il figure parmi les 1'606 enfants blessés pendant l’offensive israélienne sur Gaza. Certains de ces enfants ont été marqué par des blessures terribles, atteints à la colonne vertébrale ou à la tête, défigurés, brûlés ou amputés.

 

Le mercredi 7 janvier 2009, Mahmoud Mattar, alors âgé de 14 ans, a été frappé par un missile près de sa maison dans le quartier du Sheikh Radwan dans la ville de Gaza. Il y a survécu, très touché et aveugle à vie. Autour de 9h30 du matin, il était chez lui avec sa mère et ses frères lorsque un avion israélien a tiré un missile sur la mosquée al-Taqwa, à 150 m de là. 

 

Mahmoud est accouru pour voir ce qui s’était passé. Peu après le premier missile, un second a frappé, tuant deux garçons de 15 ans, dont l’un, Abdullah Juda, était un ami d’école de Mahmoud. Nahed Matter. L’oncle de Mahmoud, est venu chercher son neveu alors qu’une foule se formait autour de la mosquée.

 

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les ruines de la mosquée al-Taqwa 8 janvier Abid Katib/Getty Images Europe

 

Au moment où Nahed tendait la main à son neveu, un troisième missile a frappé. ‘J’y suis allé pour retrouver Mahmoud et le ramener à la maison,’ dit Nahed. ‘J’ai vu les corps des deux garçons : les membres de leurs corps étaient éparpillés sur le sol. Des gens essayaient  de les ramasser parce qu’on empêchait les ambulances d’accéder. La mosquée était détruite. Il n’en restait qu’un minaret.

 

Le troisième missile a atterri à un mètre et demi de Mahmoud. Nahed raconte : ‘ J’étais blessé à la tête, et Mahmoud a été jeté par terre, inconscient. Son visage était horrible à voir; plusieurs opérations l’ont amélioré maintenant – il avait des éclats d’obus sur tout son corps.’

 

La dernière chose dont Mahmoud se rappelle était que son oncle était à côté de lui. ‘J’ai dit à mon oncle que quelque chose allait nous frapper. Je ne pouvait pas voir le missile, mais j’avais le sentiment que quelque chose allait se passer. J’ai dit la prière de « shahaadah » [la profession de foi musulman faite avant de mourir] et j’ai amorcé un pas en avant. Je ne me rappelle plus de rien après ça.’

 

Les yeux de Mahmoud ont été brûlés et les os de son visage fracturés. Sa mâchoire inférieure était cassée, il a perdu quelques dents et il souffrait partout de blessures dues à des éclats d’obus et des brûlures de troisième degré.

 

On a amené Mahmoud à l’hôpital Shifa dans la ville de Gaza, où la gravité de ses blessures imposait un transfert impératif dans un hôpital en Egypte. Mais plus tard dans la journée du 7 janvier, il y a eu des tirs sur une ambulance du Croissant Rouge palestinien au sud de la ville de Gaza, alors Mahmoud a dû attendre le 10 janvier pour son transfert en Egypte. Là-bas, il a subi un nombre d’opérations pour reconstruire son visage et aussi des greffes d’os. Ses poumons ont été atteints par l’inhalation de la fumée, et il souffre maintenant de problèmes respiratoires.

 

Au total, Mahmoud a passé trois mois et dix jours à l’hôpital égyptien, y compris un mois aux soins intensifs de l’Hôpital Sheikh Zayid et deux mois à l’Hôpital de Palestine au Caire. Il est revenu dans la bande de Gaza fin avril 2009 et essaye de s’adapter aux nouvelles circonstances de sa vie. Son père est sans travail et souffre de problèmes de santé. Normalement, l’école des aveugles de Gaza n'accueille que des élèves plus jeunes que Mahmoud. En ce moment, sa famille cherche à arranger une dispense pour que Mahmoud puisse continuer ses études.  

 

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Mahmoud, de retour à Gaza après plusieurs opérations, avec son petit frère (PCHR)

 

‘Mahmoud était très actif à l’école, et il aimait les sports,’ dit sa mère, Randa Mattar, âgé de 36 ans. ‘Il adorait la gymnastique, surtout à la plage. Mon fils est la même personne qu’il était avant.’ ‘La seule chose qui a changé pour moi maintenant c’est que la vie, c’est être aveugle,’ ajoute Mahmoud, tout en chahutant avec ses frères plus jeunes. ‘Tous les sons sont beaucoup plus forts maintenant. Une fourmis ne peut pas passer par là sans que je l’entende.’

 

La perspective de devoir prendre en charge des enfants de Gaza, survivants aux attaques israéliennes et lourdement atteints, pèse d’une manière écrasante sur leurs familles. Leur vie est déjà compromise par deux ans de fermeture des frontières, 42 ans d’occupation militaire et un taux croissant de pauvreté.

 

Certains frais d’hospitalisation de Mahmoud ont été pris en charge par le Ministère de Santé palestinien. Mais Mahmoud a encore besoin de soins, de soutien et de pouvoir voyager pour des traitements supplémentaires.

 

‘Mahmoud a besoin d’opérations esthétiques et de recevoir des yeux en verre,’ explique Nahed, qui est resté aux côtés de son neveu tout au long de son séjour en Egypte et qui a développé de forts liens avec lui. ‘Il nous incombe de trouver l’argent nécessaire pour payer tout cela nous-mêmes, je ne sais pas comment.’ » 

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Des enfants jouent sur les ruines de la mosquée al-Taqwa (AP).

08:47 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, enfant, aveugle, missile, attaques israélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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