09/08/2009

« ‘Je dessine pour la paix … je crois dans le pouvoir des couleurs’ »

À 22 ans, Ziad Deeb a retrouvé la vie grâce à sa peinture. Son histoire, dans sa version anglaise, se trouve sur http://electronicintifada.net/v2/article10674.shtml .

 

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 Ziad regarde sa peinture représentant les membres de sa famille tués dans l’assaut israélien de l’hiver passé.


« Un artiste de Gaza, survivant, trouve son pouvoir à travers la peinture

 

Eman Mohammed, The Electronic Intifada, 23 juillet 2009

 

Depuis l’entrée de sa maison, on peut constater toute la tragédie. Le 6 janvier 2009, un obus d’artillerie israélienne a frappé le jardin de la maison des Deeb, située dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la bande de Gaza. Tout ce qui reste est un énorme cratère et deux murs. Assis en chaise roulant au coin, Ziad, 22 ans, est le seul survivant de la famille Deeb. Il a perdu ses deux jambes dans l’attaque. Il a aussi perdu son père, sa grand-mère, ses frères, ses nièces et ses neveux.

 

Ziad a choisi de faire son deuil d’une manière différent, insolite. Au début de l’assaut israélien, l’hiver passé, il était diplômé du Collège des Beaux Arts de Gaza. Après cette frappe, il a commencé à dessiner – sur du bois, sur les murs de la ville, devant des bâtiments du gouvernement en ruines et dans des places publiques.

 

Ziad dit que son art est la meilleure façon de s’exprimer.  Il poursuit : ‘ En quelques secondes, j’ai tourné la tête pour voir les membres de ma famille se noyant dans leur sang. Je n’ai pas entendu l’explosion, il y avait seulement un fort sifflement, puis une fumée noire m’a obscurci la vue. Je pouvais sentir l’odeur pénétrante du sang, et lorsque j’ai essayé de bouger, j’ai vu que mes jambes étaient déchiquetées. Quand la fumée est devenue moins dense, j’ai vu que tout le monde autour de moi était mort, et je croyais que mon tour allait venir.’

 

Ziad dit que ses souvenirs du massacre l’inspire pour peindre de plus en plus. ‘Je crois que c’est la seule chose que l’on ne peut m’enlever, mon handicap ne peut pas constituer un obstacle. … cela pourrait paraître étrange, mais ce mauvais souvenir me pousse à aller plus loin dans mes recherches artistiques. Si l’on ne peut pas m’écouter, on peut me voir. Je dessine pour la paix; maintenant, je crois vraiment au pouvoir des couleurs, des pinceaux et de l’art lui-même.’

 

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Ziad à côté de certains de ces tableaux

 

Mohammed Deeb, 33, l’oncle de Ziad n’était qu’à quelques mètres de la maison lorsque l’obus a frappé. Ziad vit maintenant chez son oncle, qui l’aide à se déplacer et essaie de lui créer un semblant de vie normale. Mohammed admire le courage de son neveu : ‘Il a survécu à une catastrophe. Je n’ai aucune idée d’où il tire sa force, mais je crois que Dieu lui a donné la patience et la créativité pour dépasser cette épreuve tellement difficile. Il n’y a pas d’artiste à Gaza comme Ziad.’ Des larmes aux yeux, il ajoute : ‘ Il est quelqu’un qui n’est pas comme les autres, il n’y a aucun doute.’

 

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Ziad devant la maison de son oncle dans la bande de Gaza

 

Malgré la tragédie qui marque sa vie, Ziad aime passer du temps avec ses amis et jouant de l’oud [le luth palestinien ndlt] et d’autres instruments de musique.  Comme dit son oncle, ‘Ils ont enlevé la vie de sa famille, mais ils n’ont pas pu enlevé la vie en lui.’

 

Ziad s’enthousiasme pour de nouveaux projets et d’expositions artistiques auxquelles il compte participer. Il explore de nouvelles techniques de sculpture sur bois à partir de peintures sur papier en couleur et en noir et blanc. Il s’explique : ‘J’ai des rêves à poursuivre, s’ils en sont pas pour moi-même, ils le sont au moins pour le souvenir de ma famille. Eux sont dans un endroit meilleur, j’en suis tout simplement convaincu. Les avoir perdu m’a laissé des blessures inguérissables, mais je ne permettrai pas à la tristesse de me vaincre. A la fin, c’est cela qui est un grand art, de ne jamais admettre sa défaite.’ 

 

Toutes les photos sont par Eman Mohammed

 

Eman Mohammed est une photo-journaliste indépendante jordanio-palestinienne établie dans la bande de Gaza depuis 2005. »

13:36 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, survivant, art, peinture, paix, attaques israéliennes | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci madame pour ce billet qui montre le goût de la vie est plus fort que la souffrance, le même cas de Nesma, fille âgée de 9 ans a perdu ses deux jambes et ses parents dans l'agression israélienne à Gaza, sur un rapport détaillé de eljazeera au cours de l'attaque, intitulé Nesma s'accroche à la vie.

Écrit par : Farid | 10/08/2009

Je vous suis très reconnaissante, Carol, de découvrir et de nous retransmettre de tels articles qui montrent à quel point des Gazaouis peuvent nous enseigner la force de vivre sortie des décombres.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11/08/2009

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