20/09/2009

Droit international bafoué : cultivateurs persécutés

La quatrième Convention de Genève signée dans notre ville en 1949 est censée protéger « … les civils qui se trouvent … en territoire occupé contre les actes de violence et l’arbitraire. » L’Etat d’Israël a signé cet accord. Il est tenu à le faire respecter par son armée.

 

Dans la ville de Gaza en 2007, on m’avait demandé de parler de la Suisse dans un cours de français à l’université. J’ai d’abord demandé aux étudiants ce qu’ils pouvaient me dire de la Suisse. J’ai été étonnée par tout ce qu’ils savaient et appréciaient chez nous. Puis, un jeune m’a questionné très poliment: « Vous venez de Genève, là où les Conventions de Genève ont été signées. Mais ce n’est que du papier, n’est-ce pas? » En effet, à Gaza, le droit international ne cesse d’être invoqué aux oreilles sourdes du monde.

 

Sans le respect du droit international, qui est la simple incarnation légale d’une éthique universellement reconnue, notre monde est pire qu’un jungle, sans aucune protection pour les gens ordinaires comme les paysans. La force supérieure devient la loi; le droit international, une utopie à mille années-lumière de la réalité.

 

Une jeune américaine a consigné les expériences d’un paysan de Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, avec l’armée israélienne. L’original en anglais se trouve sur http://electronicintifada.net/v2/article10769.shtml.

 

 

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le jardin d’Abu Wael (Marryam Haleem)


« La ferme d’Abu Wael

 

par Marryam Haleem, Beit Hanoun, bande de Gaza occupée, Live from Palestine

 

18 septembre 2009

 

le jardin d’Abu Wael (Marryam Haleem)

 

Abu Wael, qui m’accueille chez lui à Beit Hanoun, parle à tous ses invités sur un ton doux, avec gentillesse: l’homme aux cheveux blancs nous invite à nous reservir de la bonne nourriture de ses terres pendant qu’il nous raconte ses souffrances.

 

A l’origine, sa ferme était une oliveraie. Abu Wael est parti pour la récolte de 2004 avec quelques membres de sa famille et des ouvriers. Mais l’armée israélienne a attaqué Beit Hanoun. En arrivant aux oliviers, ils ont appris que leur cousin Luay fut victime d’un missile tiré d’un hélicoptère. Il était gravement blessé. La récolte était remise à plus tard pour rester près de la famille de Luay. La troisième jour après l’attaque, Luay est mort à l’hôpital alors même que Abu Wael s’était mis en route vers sa ferme pour récolter les olives. Des bulldozers israéliens les ont chassés de la ferme. Les paysans se sont sauvés pendant que l’armée rasait les terres, écrasant les arbres et les olives mûres avec leurs lames métalliques.

 

C’était le 7 octobre. Abu Wael est tombé malade de chagrin, mais ce n’était que le début de ses épreuves. Trois jours plus tard, une attaque l’a réveillé à 5 heures du matin. Avec son fils Ahmad, il est allé voir ce qui se passait depuis son balcon. Un autre cousin, prénommé également Ahmed, a décidé d’aller à l’hôpital pour s’informer de la situation. A peine 15 mètres plus loin, un missile d’un hélicoptère Apache s’est abattu sur lui. Ahmad, fils de Abu Wael, est descendu du balcon en courant et a trouvé son cousin mortellement blessé. Il l’a pris dans ses bras et l’a porté jusqu’à l’hôpital où il est mort le jour même.

 

Pendant quinze jours, Beit Hanoun a subi des attaques sans répit. Il y a eu cinq morts, un tous les trois jours. Toute la végétation autour était réduite à néant. C’était un moment terrible. Chaque jour était pire que le précédant. Abu Wael en fut malade pendant deux mois.

 

Au début de l’année 2005, Abu Wael est retourné à ses champs avec une détermination renouvelée. Il a planté des orangers. Le travail était considérable: il fallait d’abord déblayer le débris laissé par l’armée et construire un nouveau système d’irrigation. Au bout de six mois, les orangers prospéraient. Mais les bulldozers sont revenus.

 

Abu Wael a persévéré. Chaque graine planté l’année suivante était une lutte pour ses terres. L’année 2006, il a choisi des pastèques. Il les a bien soigné, et la récolte promettait. Mais au moment de la récolte, les tanks sont revenus. Quelques minutes de violence suffisaient pour anéantir à nouveau tous ses efforts.

 

En 2008, Abu Wael plantait une grande variété de légumes. Cette fois-ci, les tanks ont rasé ses terres quelques semaines avant le moment de la récolte. L’hiver passé, lors de l’assaut sur Gaza, des choux et d’autres légumes poussaient déjà de nouveau sur les terres d’Abu Wael. L’armée israélienne a détruit toutes les cultures ainsi que le système d’irrigation. Maintenant, Abu Wael ne peut plus cultiver, il n’a plus d’eau.

 

C’est ça, la vie à Beit Hanoun. Les paysans plantent des cultures pour le bien de leurs familles et leur peuple, et les forces israéliennes les détruisent. Alors, les paysans plantent de nouveau. Et les tanks et les bulldozers reviennent pour raser les cultures. Et les paysans persistent à planter.

 

Ils continueront à planter pour toujours.

 

En écoutant Abu Wael, j’ai compris qu’il tient à sa ferme plus qu’à rien d’autre dans la vie. Il ne supporte pas d’en être séparé même une seule journée.

 

Bien sûr, il n’est pas lié à sa ferme uniquement par sentiment. Il a sept enfants qu’il compte envoyer à l’université et la ferme est leur unique source de revenu. Maintenant, Abu Wael va demander à la municipalité de lui payer un nouveau système d’irrigation : il reste encore quelques arbres sur ses terres ravagées et ils ont besoin d’eau. Abu Wael est vieux, il est fatigué et sa santé se dégrade, mais cultiver ses terres est sa manière de résister et de survivre. »

 

Marryam Haleem est dans sa dernière année à l’Université de Wisconsin. Elle étudie la philosophie et la littérature comparative. Son été à Gaza lui a fourni du matériel pour sa thèse de fin d’études.

 

Hier, à Gaza, Eva Bartlett décrit une marche non-violente des paysans de la région de Beit Hanoun le 15 septembre pour alerter le monde de leur situation terriblement précaire. Allez à http://ingaza.wordpress.com/2009/09/19/popular-resistance-lives-on-in-gaza/ pour voir ses photos et lire les détails en anglais.

18:13 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, paysans, armée israélienne, beit hanoun, terres, droit international | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je me demande ce que craignent vraiment les Israëliens pour en arriver à détruire pareillement les plantations, à annihiler le travail des paysans et à s'obstiner dans une telle attitude.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20/09/2009

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