24/09/2009

Le pompier soigné au Tessin témoigne

Le pompier miraculé de Gaza (voir « un pompier de Gaza en Suisse ») a témoigné et répondu à des questions ce mercredi 23 septembre lors d’une conférence de presse organisée à Berne par la Fondazione Monte Verita. Hussam al-Koli, 28 ans, était entouré par ses amis tessinois Claudio Rossetti, président de la Fondation et Dr Daniel Wyss, ainsi que par le président de l’Association Suisse-Palestine, Franz Fischer. L’infatigable journaliste Gianluca Grossi était également présent, caméra à l’épaule. Il prépare une suite du documentaire « Gaza : liberi di morire », le film qui est à l’origine de la venue de Hussam en Suisse.

 

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Hussam al-Koli, Gianluca Grossi et Nabil al-Koli au Kornhaus Forum

 


Le 23 août à Locarno, j’ai fait la connaissance de Hussam et son frère Nabil qui étaient accompagnés du Dr Wyss et du Dr Franco Cavalli. La soirée célébrait l’arrivée de Hussam en Suisse. Il arrivait pour un traitement de six semaines intensives destinées à son appareillage et à une physiothérapie pour la pose d’une jambe artificielle. Il repart la semaine prochaine en marchant sur sa prothèse en silicone, légère et très résistante.

 

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Dr Wyss et M. Rossetti, heureux de voir Hussam debout

 

A Locarno et à Berne, Hussam a raconté d’une voix posée l’horreur à laquelle il a survécu. Il témoigne au nom de tous ses collègues – morts (13), blessés (26) ou encore en vie [les chiffres viennent du rapport de l’OIPC, basée à Genève]. Hussam se positionne comme porte-parole de tous les civils avec qui il a partagé les souffrances. Son histoire personnelle est inextricablement liée au vécu de toute la bande de Gaza pendant l’assaut de l’hiver dernier.

 

Ce jour fatal de janvier, Hussam était responsable pour trente secouristes envoyés dans une tour résidentielle qui avait subi des bombardements. Il fallait évacuer les blessés. Une trêve de deux heures avait été négociée entre le Croissant Rouge palestinien et l’armée israélienne. Au moment où Hussam s’est penché sur une jeune femme blessée au sol et l’a hissé sur ses épaules afin de commencer la descente de dix étages, un missile les a frappé, tuant la femme.

(Voir Monte Verità pour la suite immédiate des évènements.)

 

La Fondazione Monte Verità a choisi d’assumer la réadaptation de Hussam malgré les coûts élevés. (On peut suivre les progrès de Hussam en Suisse sur Monte Verità) Marina Wyss a créé un groupe sur Facebook « aiutiamo Hussam ».

 

 

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Marina, étudiante en droit à l’Université de Berne

Pour aider :
Versements pour la Fondazione Monte Verità no CH56007641030458C014C  à la Banca Stato Bellinzona (CCP 65-433-5) mention "Hussam" ou par bulletin de versement (ou encore au tél. +41 91 785 40 40 par courriel info@monteverita.org).

 

Le jeune pompier de Gaza désire ardemment que le public suisse sache la vérité sur ce qui s‘est passé entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009. Le premier jour des attaques, les avions israéliens ont ciblé 70% des casernes de la défense civile de la bande de Gaza, y compris la centrale téléphonique des pompiers. Ainsi, les services de secours palestinien étaient délibérément éradiqués dès le début. Les militaires n’ont pas hésité de tirer sur les ambulanciers et sur les pompiers. (Voir le rapport du Palestinian Center for Human Rights) A travers une petite fente dans leur tank, les soldats sommaient les secouristes de ne pas s’approcher des blessés dans les rues ou à l’intérieur des maisons. Les secouristes devaient attendre une instruction du type « vous pouvez y aller maintenant ». En général elle ne venait que lorsque le blessé ne gémissait plus ou lorsque les cris venant des maisons avaient cessé. On leur permettait de ramasser des morts, mais pas de sauver des vivants. Hussam décrit encore de multiples détails particulièrement durs.

 

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la salle de conférence au Kornhausplatz

 

A l’aide de nombreuses photos, Hussam montre la dévastation de ces trois semaines d’hiver. Il montre des postes de police, des maisons familiales, des immeubles résidentielles, des bâtiments gouvernements, des bureaux publiques en ruines, des restes méconnaissables de ce qui était un être humain, frappé de plein fouet par une bombe en phosphore. Il montre des ambulances ainsi que des véhicules de sapeur-pompiers retournés et brûlés, des réserves d’essence destinées aux véhicules de secours en flammes. « C’est ça le Hamas ? », demande Hussam, s’arrêtant sur une photo d’un enfant blessé et encore une d’une poule. Une quantité énorme d’animaux a été tuée (voir pénurie de poulets). Tant d’innocents !

 

Hussam sait que la Quatrième Convention de Genève est censé protéger les civils dans les conflits. La sécurité du corps médical et des secouristes est une priorité. Il répète à Berne ce qu’il a dit à Locarno : « Je ne suis qu’un individu. Il y a tant d’autres qui ont vécu des horreurs. Je voudrais savoir ce que dit la Suisse par rapport à un cas comme le mien, où un cessez-le-feu n’était pas respecté. » Hussam al-Koli pose une dernière question en mesurant ses mots : « La Suisse ne doit-elle pas envisager de tenir légalement l’Etat d’Israël comme responsable pour ses actes ? »

 

Les photos (Carol) ont été prises à Berne le 23 septembre.

22:48 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, berne, tessin, pompier, suisse, armée israélienne, cessez-le-feu | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour Carol,
Comme d'habitude, votre article est fort bien conçu.
Je reste toujours surprise que si peu de personnes réagissent.
Est-ce si insupportable qu'on en reste le souffle coupé?
Est-ce qu'on peut encore soutenir un Etat d'Israël qui veut être reconnu alors que de tels actes sont inadmissibles selon les lois internationales et que la situation inhumaine persiste dans les territoires palestiniens?
Bravo de trouver les forces de considérer toutes ces horreurs en face!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/09/2009

merci Carol pour ton engagement. J'essaie de mon côté de faire comprendre aux gens que les actions du gouvernement israélien vont à l'encontre de la Charte de NU. C'est un très très long chemin. On s'est tu depuis trop d'années, s'inclinant devant la politique des gouvernements israéliens, lesquels subsistent dans leur arrogance grâce à l'appui de l'Europe et de l'Amérique depuis plus de 100 ans.
Mais les choses bougent.
Lire le livre de Shlomo Sand "Comment le peuple juif fut inventé"
Cordiales pensées.
Cornelia Fernandes

Écrit par : Cornelia Fernandes | 28/09/2009

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