12/10/2009

Basel retrouve Gaza

Lorsque j’ai rencontré Basel en 2000, il étudiait à l’université tout en aidant son père dans une grande boulangerie de la place. Il avait une excellent maîtrise de l’anglais et une curiosité insatiable concernant le monde extérieur à la bande de Gaza. Cet été-là, il devait intervenir dans une conférence internationale pour des jeunes sur le thème de la globalisation. Il m’a montré le discours qu’il allait prononcer en Italie sur le sens de la globalisation pour Gaza et j’étais impressionnée par ses connaissances, compte tenu de son jeune âge et de la grande distance qui le séparait de l’Europe. Le moment fort de la longue journée de Basel était dans les petites heures du matin, après avoir fini son travail dans la boulangerie. En rentrant chez lui, il adorait foncer à bicyclette dans les rues désertes de Gaza, chantant les chansons des Backstreet Boys à tue-tête.

Comme beaucoup d’autres, Basel a quitté Gaza à la recherche d’une vie meilleure. Maintenant, il habite Dubaï. Gaza lui manque énormément, alors il rentre à chaque occasion qui se présente. En septembre, il a retrouvé sa famille pour la fête de l’Eid. Aîné de sa famille, il se sent responsable pour ses parents et ses sœurs. Je lui ai demandé de m’écrire ses impressions de Gaza. Voici ce qu’il me dit.

 

 Nuseirat.jpg

Basel dans des ruines byzantines, Nuseirat (au milieu de la bande de Gaza), septembre 2009


 

« Dans des temps normaux sans attaques israéliennes, il fait bon vivre dans la bande de Gaza, belle et paisible. Dans les rues, tu vois des gens qui s’affairent à leur travail, des gens qui font leurs courses, des gens qui vont à l’école, au café, au restaurant ou à la plage. Tu as l’impression que tout va bien. Gaza a l’air d’être un endroit comme les autres où les gens vivement normalement bien que ce pays soit petit et pauvre.

 

Mais soudain, tu vois un bâtiment endommagé ou détruit, et tu te rends compte que quelque chose d’anormal s’est passé ici. 

Legislative Council.jpg

 

bâtiment du Parlement palestinien, avenue Omar al Mouktar (photo Basel)

 

Puis, tu demandes des nouvelles d’un ami ou de quelqu’un qui tu connaissais et qui tu ne retrouves pas dans les endroits habituels – tu t’imagines qu’il doit avoir quitté Gaza pour vivre à l’extérieur – mais tu apprends qu’il est mort jeune et tu te dis que quelque chose de vraiment pas normal s’est passé.

 

Et puis quand tu vas au magasin faire des achats et que tu ne peux pas trouver tout ce dont tu as envie à part des choses de première nécessité, que tous ces articles coûtent tellement cher, tu sais qu’il y a quelque chose qui cloche.

 

Je ne veux pas te présenter un Gaza dépeint tout en noir, mais on ne peut pas ignorer la réalité. Il faut comprendre que les attaques et le blocus ont marqué chacun. Chaque parent et chaque ami que je rencontre a des histoires à raconter et il y a en a qui font vraiment peur. Beaucoup de personnes et des familles entières souffrent de la perte de belles maisons et d’entreprises entières. Les gens ont perdu un parent ou un ami, ou quelqu’un qu’ils connaissent et qu’ils aiment a été blessé dans les bombardements. Ils en porteront les cicatrices pour toujours. Et pourtant, miraculeusement, les palestiniens de Gaza trouvent la force de survivre, d’aller de l’avant.

 

La première chose qui m’a frappé lors de mon arrivée à Gaza était la destruction de toute l’infrastructure. Les rues, les bâtiments, le système électrique et les services de santé publique sont détruits et personne ne parvient à ôter les décombres afin de reconstruire. Dans mon quartier, je vois des immeubles endommagés, d’autres détruits, y compris la maison de mes parents. La plupart des gens n’arrivent pas à réparer : ils arrangent leurs maisons comme ils le peuvent contre la chaleur de l’été et le froid de l’hiver. Si la maison est vraiment invivable, ils la quittent pour vivre ailleurs.

 

20091003132.jpg

  

tentes de familles sans maison (photo Basel)

 

Les citoyens de Gaza n’ont pas les moyens de reconstruire leurs maisons, ni leurs fabriques, à cause de la pénurie de matériel de base et du coût exorbitant des matières rares comme le ciment. L’activité économique est au point mort avec un taux élevé de chômage et la continuation du blocus. Les prix à Gaza n’ont plus rien à faire avec la valeur réelle du matériel de construction, des véhicules, des appareils électroniques, de la nourriture ni des vêtements. Il manque tellement de tout que les prix sont artificiellement augmentés. Aucune importation n’est pour le moment possible. A titre d’exemple, une nouvelle voiture coûtait environ 4'500 $ US avant l’instauration du blocus il y a trois ans. Maintenant, la même voiture coûte environ 12'000 $ US.  

 

La majorité des gens veulent rester à Gaza. Ils continuent à vivre dans l’espoir que ces temps difficiles ne perdureront pas et que des jours plus beaux arriveront. Il y en y qui veulent partir, mais le blocus rend tout projet de départ compliqué, puis partir pour aller où ?

 

Pour la fête d’Eid, je me suis rendu dans un restaurant chic et cher. Il y avait tant de personnes qu’il n’y avait pas de place où m’asseoir et il y avait encore une longue queue à l’extérieur. Près de mon université, on a ouvert un nouveau café. Je vois de petits groupes qui font de la musique ou qui chantent; il y a parfois des réunions et des fêtes … »

 

A suivre…

 

 

 

 

23:47 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, retour, blocus, eid, vie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

hi.your side is good. it is good to know how the normal people life.

Écrit par : nadia shibib | 18/10/2009

Les commentaires sont fermés.