24/10/2009

Blague gazaouie : Pourquoi l’ambulance est-elle garée à côté de la boulangerie ?

 « La traumatisation d’une génération

Rami Almeghari, Live from Palestine, 21 octobre 2009

 

Hiba Hammad, comme beaucoup d’enfants, peut témoigner des atrocités commises par l’armée israélienne contre la population de Gaza pendant son assaut de l’hiver dernier. Elle a dix ans et elle vient du nord de la bande de Gaza.

 

Son sourire est revenu enfin après quatre mois de thérapie psychologique intensive au Centre pour la démocratie et la résolution des conflits à Gaza.

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Hiba au Centre (photo Rami Almeghari)


Ettaf, qui a perdu son mari dans les attaques, se réjouit du changement qu’elle voit en sa sœur. ‘Nous avions presque perdu tout espoir de la voir comme avant, mais grâce à Dieu, elle nous revient. Immédiatement après les attaques, Hiba ne parlait plus. Elle s’isolait et elle avait peur de tout, surtout des étrangers. Mais elle va beaucoup mieux, maintenant : elle a obtenu 91% [sur 100 ndlt] dans ses examens de fin d’année scolaire.’ 

Habillée en rouge, Hiba est assise face à sa thérapeute, Haniya Balousha, à l’occasion de sa première visite au Centre depuis la fin de son traitement, il y a quatre mois. Lorsqu’elle a terminé son traitement, Hiba a reçu des cadeaux pour fêter la fin de sa thérapie et sa lutte contre le Syndrome de Stress Post Traumatique (SSPT).

 

Hiba parle sans hésitation de ses expériences traumatisantes : ‘A la télé, j’ai vu des enfants que l’on dégageait des débris. Depuis le toit de ma maison, j’ai vu un autre enfant accroché puis traîné par un tank. J’ai vu aussi les corps mutilés de mes trois cousins.’

 

Sa sœur insiste pour que Hiba nous raconte une blague. Elle s’exécute en souriant : ‘Quelqu’un demande à son ami, « Pourquoi l’ambulance est-elle garée à côté de la boulangerie ? » L’ami lui répond, « Pour prodiguer le premiers secours au pain brûlé ! »’

 

Même les blagues de Hiba traduisent l’appréhension perpétuelle à Gaza. Des attaques imprévisibles continuent (voir http://carol.blog.tdg.ch/archive/2009/07/index.html et http://carol.blog.tdg.ch/archive/2009/10/09/l-armee-israelienne-continue-a-tuer-des-enfants-a-gaza.html#more). Les parents sont impuissants pour garantir la sécurité de leurs enfants où qu’ils soient dans la bande de Gaza.

 

Balousha explique que Hiba, normalement une excellente élève, n’arrivait plus à se concentrer à l’école à la suite des attaques de l’hiver. ‘Avant, elle avait d’excellentes notes, mais ses notes ont baissé considérablement. Pendant notre prise en charge, j’ai remarqué que Hiba avait peur de personnes inconnues et qu’elle préférait se retirer sans s’exprimer. Elle souffrait du SSPT.’

 

Après le troisième rendez-vous avec Balousha, Hiba a commencé à montrer de la confiance en soi. Balousha procédait de la manière suivante : ‘Au début, je l’ai encouragée à dessiner ce qui lui est arrivé pendant la guerre. Ensuite, je lui ai demandé de gonfler des ballons et puis de les faire exploser. Au premier abord, elle avait peur du bruits, qui lui rappelait le son des bombardements et des obus israéliens pendant les attaques. Mais, petit à petit, elle a pris plaisir à vider ses peurs jusqu’à ce qu’elle en soit guérie, comme vous la voyez maintenant !’

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 Haniya Balousha dans son bureau (photo Rami Almeghari)

 

Le cas de Hiba, dit Balousha, est typique de celui de nombreux autres enfants de Gaza pendant et après les attaques israéliennes. Depuis la fin de l’assaut en janvier, le centre a traité plus que 350 enfants qui souffraient de SSPT.

 

Yasser, 14 ans, était au Centre quand j’y suis passé. Il ne voulait pas me dire son nom de famille. Son thérapeute, Saad al-Sersawi, m’a expliqué que Yasser a vu son père tué devant ses yeux dans la partie est de la ville de Gaza. ‘M. Saad m’apprend comment m’exprimer, il m’aide à dessiner et parfois, écrire des poèmes. Avec son aide, je me sens mieux maintenant dans la mesure où j’ai de meilleures relations avec tous et avec mon environnement, Dieu soit remercié,’ dit Yasser.

 

Selon le Programme de santé mentale communautaire de Gaza (GCMHP),

 plus que 60% des enfants gazaouis souffrent de SSPT. Des centaines d’enfants ont été exposés aux tirs de phosphore blanc de la part de l’armée israélienne pendant les 22 jours d’attaques. Ces bombardements au phosphore blanc ont traumatisé une grande partie des adultes et des enfants de Gaza, selon Abdelaziz Thabet du GCMHP.

 

‘Les évènements les plus fréquemment traumatisants sont les bangs soniques délibérément créés par les avions passant le mur du son à basse altitude, le son des obus qui tombent, les mutilations montrées à la télévision, la privation d’eau et d’électricité alors que l’on doit rester chez soi, et le son des tirs de balles, des missiles ou des bombes,’ explique Thabet.

 

Le GCMHP travaillent sur plusieurs niveaux : ‘Nous avons des programmes d’intervention dans les écoles qui utilisent des jeux de rôle et des histoires racontées. Dans les endroits les plus affectées d’al-Attatra, Ezbet Abed Rabo et Zaitoun, nous avons des programmes spécialement adaptés. Selon nos évaluations, il y a plus que 45'000 enfants à Gaza qui ont besoin d’aide psychologique.’

 

Des organisations des droits de l’homme et des organisations palestiniens évaluent à 1'400 le nombre de palestiniens tués à Gaza par les forces israéliennes l’hiver passé, parmi eux, plus que 300 enfants. Les attaques, qui ont duré trois semaines, ont causé environ 6'000 blessés, 4'000 maisons en ruines ou endommagées. Parmi elles, des centaines d’institutions, y compris des mosquées, détruites ou en mauvais état.

 

Selon Abdelaziz, les souffrances psychologiques des enfants restent omniprésentes : ‘ la plupart des enfants craignent de nouvelles attaques israéliennes.’

 

 

Rami Almeghari est journaliste et professeur à l’université dans la bande de Gaza. »

12:34 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : enfants, gaza, traumatique, thérapie, sspt, attaques, israéliennes | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour cet excellent article sur les stress postraumatiques.
Ici, nous ne sommes pas asssez sensibles aux stress posttraumatiques car, souvent, ce sont des stress relativement petits mais lorsqu'ils se répètent quotidiennement, ils provoquent aussi un état psychique pathologique qui nécessite des soins.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/10/2009

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