03/11/2009

« Le blocus israélien étrangle l’agriculture à Gaza

Mya Guarnieri, The Electronic Intifada, 29 octobre 2009

 

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 palmiers au centre de la bande de Gaza 2007 (photo Carol)

 

 

A l’instar des sapins de Noël en Europe, les frondes de palmiers sont prisées en Israël peu avant le Sukkot, fête juive qui rappelle les errances des juifs dans le désert durant 40 ans selon l’Ancien Testament. L’original en anglais de cet article se trouve sur http://electronicintifada.net/v2/article10860.shtml....


 

 

« Au début du mois d’octobre le Ministre des Services Religieux, Yakov Margi, a annoncé à la dernière minute qu’il fallait importer des frondes depuis la bande de Gaza à cause d’une pénurie de frondes qui pouvait augmenter le prix de façon alarmante. … Cette annonce était d’abord accueillie comme une occasion exceptionnelle dans le contexte du siège de Gaza. Mais, finalement, selon les paysans, les exportateurs et l’organisation non-gouvernementale israélienne Gisha, ce n’était qu’une déception de plus.

 

L’annonce est tombé seulement trois jours avant le début du Sukkot. Les exportateurs des frondes de palmiers ne s’y attendaient pas : toute exportation était rendue impossible à la suite du blocus en 2007. Le délai était trop court pour récolter, sécher et vendre les frondes. Kamel Aklook, 43 ans, vient de Deir al-Balah au centre de la bande de Gaza. ‘Au premier abord, j’ai été heureux des nouvelles que j’ai entendu sur Al-Jazeera [chaîne de télévision en arabe et en anglais ndlt]. J’ai téléphoné avec mes clients en Israël. Mais j’ai vite réalisé que le temps était insuffisant.’

 

Aklook croit que le seul but de l’annonce était de faire baisser le prix des frondes. Il a expliqué que les rabbins exerçaient de la pression sur le Ministère de Défense Ehud Barak pour casser la monopole local et réduire le coût pour les acheteurs juifs. Avant le blocus,  Aklook, sa femme et leurs douze enfants vivaient bien des profits de leurs ventes aux partenaires juifs. Mais pendant la première année du siège, Aklook a perdu 55'000 $ et a été obligé de jeter ses frondes. Il est maintenant sans emploi et dépendant de l’agence des Nations Unies UNWRA pour nourrir sa famille, pour lui c’est une humiliation. ‘Demander de l’aide à quelqu’un, sauf au bon Dieu, est indigne,’ dit Aklook.

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les dattiers de Gaza (photo Hatem Omar/MaanImages)

 

Jibreel Baraka (40 ans), un autre paysan producteur de frondes de palmiers de Deir al-Balah, raconte une histoire identique. ‘En 2007, j’ai préparé 4'000 pour livraison, mais on m’a refusé un permis d’exportation, c’était un gaspillage énorme.’ Cette année, Baraka n’a pas récolté des frondes, persuadé qu’il ne pouvait pas les vendre. L’annonce israélien l’a laissé indifférent : il calculait qu’il lui fallait une semaine pour préparer les frondes pour l’exportation. Baraka aussi gagnait sa vie bien avant le blocus ; maintenant, il arrive tout juste à subvenir aux besoins de sa femme et leurs treize enfants. Leurs légumes ne prospèrent pas.

 

Les problèmes des ces paysans et exportateurs expriment bien les effets dévastateurs du blocus sur toute l’agriculture de la bande de Gaza. En 2009, Oxfam a évalué à 6,5 millions de dollars les pertes pour les paysans de Gaza.

 

Zachary Hijazi, éleveur d’œillets, évalue ses pertes entre 9'000 $ et 10'000 $ par dunam (l’équivalent de 1'000 mètres carrés) de terre chaque année depuis le début du siège. En 2007, il a cultivé et récolté ses fleurs, mais il n’a pas pu les exporter en Hollande. Comme d’autres paysans [Voir « Gaza : la mort de la floriculture 28.02 08 sur ce blog.], il a dû jeter ses fleurs ou les donner à manger aux bétail. En 2009, le gouvernement hollandais a versé une aide aux éleveurs d’œillets et Hijazi a pu exporté une demi-million de fleurs. Mais l’exportation restait tristement modeste en comparaison d’à avant le blocus, lorsque les paysans envoyaient 60'000 fleurs par année aux marchés extérieurs.

 

Les attaques israéliennes sur Gaza l’hiver passé ont encore réduit la capacité de Hijazi de poursuivre son métier : ses tuyaux d’irrigation ont subi des dommages et il était obligé de les réparer. Son problème est partagé par beaucoup de paysans gazaouis : selon le Bureau centrale palestinien des statistiques, l’incursion israélienne a infligé un total de 170 millions de dollars de dommages à l’infrastructure agricole et aux terrains. Le Ministère palestinien de l’agriculture évalue à encore 88 million de dollars les dommages causés indirectement par les bombardements.

 

Hijazi croule sous des dettes après trois saisons sans recettes. Il est convaincu que le monde a oublié Gaza. Ahmed Sourani, porte-parole pour l’Association pour le développement agricole de Gaza, exprime son inquiétude par rapport à cet aspect psychologique du blocus : il y a un sentiment largement répandu de désespoir. ‘Nous avons le sentiment d’être dans une prison,’ dit il, ‘cernés de tous les côtés.’ 

 

Les pêcheurs n’ont plus accès à la Méditerranée, sous contrôle des israéliens [Un blog informe sur cette situation : http://www.fishingunderfire.blogspot.com/ ndlt.] Et il y a une augmentation du nombre des patrouilles israéliennes le long de la zone tampon [Voir blog du 27 octobre ndlt], qui a enlevé environ 25% des terres cultivables de Gaza. Sourani explique que les pêcheurs et les paysans qui normalement faisaient vivre leurs familles des fruits de leur travail sont maintenant empêchés d’exercer leurs activités rémunératrices, forcés de dépendre de l’aide internationale. Leurs champs s’affrichent.

 

Cette dévastation totale de l’agriculture de Gaza (presque 10% du PIG de la bande de Gaza avant le blocus) augure mal pour le futur. Selon Sourani, « Elle porte atteinte à la possibilité d’un état palestinien viable.’ Il faut absolument réhabiliter et reconstruire le secteur de l’agriculture. Il faut ouvrir les frontières pour que des frondes de palme, des œillets et d’ autres exportations de Gaza puissent retrouver leurs marchés. Il faut récupérer les zones tampons pour semer, planter et récolter des cultures. La création des emplois et des sources de revenus est une source d’espoir, dit Sourani.

 

‘L’exemple des frondes de palmiers montre le bénéfice potentiel réciproque que représenterait, s’il elles étaient autorisés, l’exportation des produits en Israël, en Cisjordanie et à l’étranger.’ Ceci est l’avis de Sari Bashi, directeur du Gisha, qui ajoute, ‘Ce n’est pas évident qu’empêcher les habitants de Gaza d’exercer leur droit à travailler de façon digne renforce la sécurité israélienne.’ 

 

Mya Guarnieri est un journaliste et écrivain basée à Tel Aviv. Elle écrit régulièrement pour The Jerusalem Post. Ses articles ont été publié dans Outlook India – l’équivalent indien de Newsweek – aussi bien que The National, The Forward, Maan News Agency, Common Ground News Service, Zeek, The Khaleej Times, Daily News Egypt et d’autres publications internationales.

 

Wael Kubtan a contribué à cet article. » 

 

00:18 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, fronde de palmier, paysan, blocus, économie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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