11/11/2009

Le mystère de la maison sous le sable

Basel (voir le blog du 12.10.09) a rendu visite récemment à un ami qui ne vit pas loin de l’hôpital al-Shifa situé au milieu de la ville de Gaza. Comme la plupart des immeubles, la maison de son ami a un toit. Le toit des petits immeubles est un endroit privilégié pour pendre la lessive, fumer une cigarette, jouer, regarder le ciel et les rues autour, dormir dans la chaleur de l’été ou prendre l’air. Les deux amis sont donc montés sur le toit de la maison. Basel a alors remarqué un immeuble de quatre étages, tout près, complètement enseveli sous du sable : on pouvait tout juste distinguer la forme de son toit. « Que s’est-il passé ? », demande Basel.

 

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Gaza après les bombardements (Mohamed Abusal)


L’histoire de Mohammed Q.

 

« Dans les premiers jours des attaques sur Gaza, les bombes tombaient aléatoirement partout. Nous n’avions aucune information quant aux risques pour notre quartier. L’électricité étant coupée, on ne pouvait pas regarder la télévision pour savoir ce qui se passait. Notre fille Jana avait 3 mois et à chaque frappe importante elle se réveillait en pleurant. Nous avions parfois des difficultés pour trouver du lait et des Pampers pour elle.

Un jour, ma femme se sentait appréhensive. Elle m’a dit qu’elle pensait que ce jour-là allait être pire que les autres. Elle ne voulait pas que nous dormions dans notre chambre à coucher, dont les deux grandes fenêtres donnait sur un espace ouvert à l’ouest, sans la protection d’un immeuble proche. Nous nous sommes donc installés au salon, au milieu de notre appartement du premier étage, en fermant la porte de la chambre à coucher.

La guerre est arrivée jusqu’à nous cette nuit-là. Une bombe puissante nous a réveillés aux petites heures du matin – tout l’immeuble tremblait par le choc et j’ai entendu des débris à l’intérieur de notre chambre à coucher.

J’ai vite pris Jana dans mes bras, ma femme et moi nous nous tenions la main et nous avons couru dans l’escalier de l’immeuble jusqu’au foyer du rez-de-chaussée. Le foyer se trouve entre deux immeubles. Du côté est se trouve un magasin vide appartenant à ma famille. Sans hésiter, j’ai ouvert la porte arrière du magasin, nous nous y sommes enfoncés et dans le même instant, un deuxième obus est tombé sur l’immeuble qui a fait un grand saut. J’ai été comme figé sur place, il m’était impossible de bouger durant une minute : dans le foyer que nous venions de quitter, il y avait un mur de flammes qui le traversait jusqu’à l’entrée principale. Je me suis dit qu’un moment plus tard, nous aurions brûlés vifs.

J’ai fermé la porte puis j’ai pensé à mon frère Said qui vivait dans l’immeuble face à l’entrée principale du magasin. Nous sommes sortis par cette issue pour trouver mon frère, sa femme et les deux enfants en larmes, hystériques, au milieu de leur foyer. Mon frère regardait dans le vide, totalement choqué, alors j’ai pris les enfants et tiré mon frère et sa femme à l’intérieur du magasin pendant que des bombes continuaient à tomber autour de nous.

Nous ignorions toujours quel était la cible des bombardements. J’ai téléphoné à un ami qui est cameraman pour l’Associated Press, mais il ne savait rien de plus. Les attaques continuaient tout autour de nos immeubles et il nous fallait rester à l’intérieur : tout le monde savait que les avions ciblaient tout ce qui bougeait avec comme logique d’éliminer des résistants ou la personne recherchée. Alors nous y sommes restés toute la nuit.

Au matin, mon frère et moi somme sortis pour regarder nos appartements à la lumière du soleil. Lorsque j’ai ouvert la porte de notre chambre à coucher, j’ai vu que les fenêtres étaient cassées. Il y avait des débris partout, dans notre lit et même dans le berceau de Jana.

Depuis le toit, nous avons pu observé ce qui s’était passé sur le terrain derrière notre immeuble, là où se trouvait une petite maison avec un grand jardin. En fait, les avions avaient ciblé une caravane, bureau principal du Syndicat des Comités des Soins de Santé palestinien [une organisation non-gouvernementale locale : selon un rapport du PCHR - p. 93 - cette attaque a également détruit trois de leurs cliniques mobiles vers 1 h du matin le lundi 5 janvier ndlt]. Le bombardement était si puissant que le cratère mesura 14 mètres de profondeur. Le sable a été soufflé et transporté sur le toit de la petite maison, couvrant complètement l’immeuble voisin jusqu’au quatrième étage. »

09:11 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, bombardements, immeubles, sable, health work committees | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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