13/11/2009

L’arme du futur : le droit

Les attaques sur Gaza ont stimulé une réflexion sans précédent parmi les étudiants de droit des universités palestiniennes. Ces jeunes veulent une fin à la violence, ils se munissent des moyens légaux pour faire valoir leurs droits et croient dans leurs capacités d’y arriver.

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 atelier des Justice Makers pour étudiants de droit à l’Université al-Azhar (Bianca Zammit)

 


                   « Des étudiants de Gaza s’organisent pour la justice

 

Bianca Zammit, The Electronic Intifada, 6 novembre 2009

 

Un nouveau groupe est né dans les facultés de droit des universités de Palestine. Les Justice Makers (Faiseurs de Justice) explorent des alternatives durables au conflit israélo-palestinien. Deux de ses fondateurs, Mohammed Eliwa et Yousif al-Nouri, sont dans leur quatrième année de droit à l’Université Al-Azhar. ‘Les Justice Makers recherchent de nouveaux moyens pour plaider notre cas dans le cadre du droit international,’ dit al-Nouri. ‘Nous en avons assez de ce conflit et nous étudions le droit puisque c’est la seule manière de nous réapproprier nos droits,’ dit Eliwa.

 

Eliwa et al-Nouri sont tous les deux réfugiés. Les parents d’Eliwa se sont enfuis du village de Bir es-Saba’, tout comme les parents d’al-Nouri ont fui leur village d’al-Jura, pendant la Nakba (la dépossession de la Palestine) en 1948. Bir es-Saba’ et al-Jura ont été détruits, leurs habitants chassés, par les milices sionistes. Aujourd’hui, ils s’appellent Beersheba et Ashkelon. Quoique les deux villages ne soient qu’à quelques kilomètres de Gaza, ni Eliwa ni al-Nouri ne les ont jamais visités : comme pour tous les autres palestiniens de Gaza, le territoire d’Israël leur est interdit. Ils rêvent de pouvoir retrouver les villages de leurs parents.

 

Eliwa et al-Nouri sont de l’avis que les pays occidentaux n’ont pas bien compris la lutte

palestinienne. Bien des choses se sont passées depuis 1948, le conflit est compliqué, mais ce n’est pas difficile d’identifier ses racines. ‘Si dans le passé, nous avons jeté des pierres, c’était parce qu’il y avait des injustices. Autrement, pourquoi jeter des pierres ? Nous sommes un peuple paisible, toute personne qui oeuvre pour la paix le sait,’ dit al-Nouri.

 

Eliwa et al.Nouri ne sont pas seuls. La majorité des étudiants en droit à Al-Ahzar disent qu’ils ont choisi d’étudier le droit afin de rechercher des moyens concrets et pratiques pour une résolution juste de la question palestinienne. Le groupe Justice Makers bénéfice du climat d’opinion actuel qui met l’accent sur des recours en droit international pour redresser des torts faits au peuple palestinien et ceux qui travaillent pour la cause palestinienne. Les membres des Justice Makers offrent maintenant des ateliers de formation en droit international. ‘Nous nous instruisons nous-mêmes, puis nous offrons cette connaissance aux autres,’ dit Noha Nassar, un autre membre fondatrice du groupe. Nassar est en troisième année de droit et elle enseigne déjà aux étudiants des deux premières années. ‘Les étudiants sont très motivés et enthousiastes; nous avons parfois de la peine à trouver un endroit adéquat pour nos ateliers puisqu’il y a une forte demande. Les gens se sentent déterminés à travailler pour la justice et de découvrir de nouvelles pistes pour amener ceux qui ont commis des crimes de guerre devant les tribunaux.’

 

Depuis un certain temps, des avocats en Angleterre examinent le principe de la juridiction universelle, selon laquelle un pays a la possibilité de porter plainte pour des crimes commis par des personnes résidant dans un autre pays. Dans un tel cas, l’avocat demande un mandat d’arrêt de la cours. Des individus soupçonnés de crimes de guerre pourraient ensuite être arrêtés s’ils se déplaçaient en Angleterre. Les Justice Makers s’intéressent tout particulièrement à ce genre d’initiative.

 

En ce moment, les Justice Makers se mettent en réseau avec des facultés de droits à l’extérieur de la bande de Gaza. A cause du blocus, ils dépendent de vidéo conférences ou d’appels téléphoniques pour parler avec leurs collègues en Cisjordanie. Ils cherchent des contacts de soutien d’autres facultés de droit partout dans le monde.

 

‘Notre mandat est de travailler pour la justice, dit al-Nouri. ‘Nous réclamons la pleine reconnaissance de tous nos droits. Nous nous réjouissons de collaborer avec tout avocat qui travaille dans ce sens.’

 

Elawi souligne que les membres des Justice Makers sont musulmans et chrétiens et que des juifs sont également les bienvenus. ‘Notre ennemi est le sionisme. Le conflit actuel n’a rien à voir avec la religion : c’est une question de terre,’ ajoute al-Nouri. ‘Le passage du temps ne va pas faire disparaître ce problème. Il est urgent que nous nous mettions au travail.’

 

Elawi résume : ‘La justice n’est pas une question de religion, de race, de gendre ou de culture. Alors même qu’Israël a eu des avantages répétés et que beaucoup trop de concessions ont été admises, nous sommes de l’avis que les faits sont maintenant connus et que la justice donnera raison à la cause palestinienne un jour ou l’autre. Nous ne voulons plus de violences et nous demandons que nos droits soient respectés. On les a piétinés beaucoup trop longtemps. Je suis un réfugié palestinien de Bir Es-Saba’. Je suis de l’avis que j’ai le droit de retourner à mon lieu d’origine, d’où on m’a banni depuis 61 ans. Les générations peuvent se succéder, aucun palestinien n’oubliera jamais ses droits.’ 

 

On peut contacter les Justice Makers par Email ici :

 

m7amed_gentleman<a>hotmail.com pour l’arabe

 

Engle2005<a>hotmail.com pour l’anglais

 

Bianca Zammit est activiste des droits de l’homme et membre du Mouvement de Solidarité Internationale (ISM) à Gaza. »

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