27/11/2009

Ouvrier de construction au chômage alors que tout est à reconstruire !

Eid al-Adha – le Noël des musulmans – arrive. Dans le camp de réfugiés d’al-Maghazi, beaucoup de familles n’ont pas les moyens de faire la fête. Rami Almeghari, lui-même d’al-Maghazi, a rendu visite à une de ces familles. A Gaza, son histoire se répète par milliers.


« La fête de l’Eid al-Adha éclaire la lutte d’une famille pour sa survie

 

Rami Almeghari, depuis la bande de Gaza occupée, Live from Palestine, 25 novembre 2009

 

Les musulmans du monde se préparent pour fêter Eid al-Adha (le festin du sacrifice), une des dates les plus importantes de l’année. Le « grand » Eid marque la fin du pèlerinage annuel à la Mecque. Traditionnellement, on abat un agneau (ou on donne de l’argent pour abattre un agneau destiné à une famille dans le besoin). Il s’agit d’un acte de foi, sur le modèle de l’acte du Prophète Abraham. Dans beaucoup de pays musulmans, c’est un moment festif de l’année où l’on rend visite à la famille, on achète des vêtements neufs, on offre des cadeaux et on accueille des visites, servant des douceurs ou des bonbons.

 

Daoud Suleiman Ahmad, 48 ans, un travailleur de la construction, au chômage, ne trouve pas de travail depuis presque trois ans à cause du blocus israélien de la bande de Gaza. La vie pour Ahmad et sa famille dans le camp de réfugiés de Maghazi est désespérément difficile. L’arrivée de cette fête de l’Eid rend encore plus insoutenable la précarité de sa situation.

 

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Daoud Suleiman Ahmad (photo Rami Almeghari)

 

‘Ces trois dernières années, je ressens une énorme amertume. Je suis incapable de subvenir aux besoins quotidiens de ma famille. Je suis empêché de fêter l’Eid al-Adha,’ dit Ahmad, entouré chez lui par deux de ses enfants : Rawan, 11 ans, et Ahmad, 9 ans.

 

Leur maison a été construite il y a quelques années par l’UNWRA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens. Il y a trois chambres : une pour les parents et les deux autres pour les nombreux enfants.

 

Avant le début de la deuxième Intifada en l’an 2000, Ahmad faisait partie des milliers d’ouvriers qui allaient tous les jours travailler en Israël. Mais Israël a décidé d’exclure les travailleurs venant de Gaza et a imposé un siège sur la bande de Gaza, ce qui fait qu’Ahmad a toutes les peines du monde à trouver un job. Peu avant qu’il nous ait parlé, Ahmad a eu une dispute avec un de ses fils qui suit des études d’infirmier. ‘Il voulait 10 shekels [$3] pour un taxi collectif, mais je ne les avais pas pour les lui donner, tu te rendes compte?!’ [« tu » ou « vous » : en arabe, il n’y a qu’un mot pour les deux, comme en anglais. ndlt]

 

Des soucis journaliers de ce genre rendent difficiles le respect des obligations sociales traditionnelles de l’Eid. ‘J’ai deux sœurs qui vivent à 20 kilomètres d’ici vers le sud,’ explique Ahmad. ‘Je ne peux pas leur rende visite à l’Eid puisque je n’ai pas les moyens de payer la viande d’agneau ou même d’autres cadeaux.’ Ces dernières années, Ahmad n’avait pas envie d’aller chez ses sœurs parce qu’il n’avait rien à leur offrir. Il risque de ne pas les voir cette année non plus.

 

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des agneaux pour l’Eid (The Palestine Telegraph 26 novembre 2009)

 

Ahmad vit enfermé à longueur de journée, presque comme en prison, pour éviter de devoir faire face aux obligations de la saison d’Eid. ‘Si je sortais,’ dit-il, ‘je me sentirais obligé d’aller à la recherche de cadeaux pour ma famille et mes enfants, choses que je ne peux pas me permettre en ce moment.’ La famille Ahmad dépend en grande partie de l’aide humanitaire d’UNWRA pour la nourriture. [Dans la famille où j’ai vécu en 2007, cette nourriture comprenait principalement du lait en poudre, du riz et des lentilles. ndlt]

 

Dans un coin de la maison, Nadia al-Ustaz, la femme d’Ahmad, prépare du riz pour le repas de midi sur un petit fourneau au pétrole. Depuis trois semaines, il n’y a presque pas de gaz en bouteille à cause de la fermeture israélienne des passages à la frontière.

 

‘Comment faire ?! Comme tu vois, notre nourriture va d’abord aux enfants et je remercie Dieu de pouvoir la leur fournir,’ dit Ustaz. L’Eid, dit-elle, ‘est un moment particulier de l’année. J’aimerais bien que mon mari puisse m’offrir un cadeau, comme bien d’autres femmes, mais je ne lui ferai jamais part de ce désir. Notre vie est assez difficile comme ça. Nous ne pouvons pas nous permettre des choses pareilles.’

 

A l’Eid, les enfants s’attendent à recevoir de nouveaux jouets. Radwan dit qu’elle voudrait une poupée mais elle sait que son papa ne peut pas la lui offrir. Petit Ahmad était drôlement déçu l’an passé à l’Eid lorsqu’il n’a pas pu avoir un nouveau ballon de foot pour jouer avec ses amis. 

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Radwan, 11 ans, dans sa maison dans le camp des réfugiés Al-Maghazi (photo Rami Almeghari)

 

Ahmad évalue à plus de 200 shekels ($50) le coût de nouveaux vêtements pour chacun de ses enfants, alors il est hors de question d’en acheter des neufs pour Eid. Nous sortons de la maison ensemble pour nous rendre chez le tailleur du coin avec des vêtements qui ont besoin d’être raccommodés ou ajustés à la place d’en acheter des nouveaux. Muhammad al-Rifai, qui a un petit magasin à al-Maghazi, examine un pantalon de Radwan. ‘J’ai dû réparer les vêtements de plus de cent familles ces jours-ci juste avant l’Eid,’ dit al-Rifai, ‘et mon magasin n’est pas le seul à Maghazi.’ Selon al-Rifai, qui avait une plus grande fabrique de vêtements avant le siège israélien, le nombre de demandes de réparations ont augmenté exponentiellement en comparaison avec d’autres années.

 

Partout dans la bande de Gaza, des familles comme celle de Daoud Suleiman Ahmad se priveront de fêter l’Eid de façon traditionnelle. Les estimations locales et internationales évaluent à 70 % des 1,5 millions d’habitants, les familles comme les Ahmad, qui vivent au dessous du seuil de pauvreté. Pour leurs besoins alimentaires, ils dépendent de l’aide humanitaire de l’UNWRA.

 

‘Dans mes rêves, j’ai vu des fleurs, la paix et l’absence de peur.’ Ce sont les paroles d’une chanson que Radwan chantait pendant que j’interviewait ses parents. A Gaza, ces vœux – ainsi que celui de la dignité – resteront probablement des rêves longtemps encore pour les centaines de milliers de réfugiés.

 

Rami Almeghari est journaliste et enseigne à l’université dans la bande de Gaza. »

 

00:34 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, blocus israélien, chômage, eid, unwra | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Quelle vie déplorable pour un XXIe siècle dans une région normalement civilisée!
Jusqu'où Israël pourra aller dans son oppression de tout un peuple avant de recevoir la balle en retour?

Écrit par : Marie-France de Meurorn | 27/11/2009

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