08/12/2009

Une fille de 15 ans dépose la première plainte en tant que victime de l’opération ‘Plomb Durci’ devant la Cour Pénale Internationale

La journée internationale des droits humains, le 10 décembre 2009, allumez une bougie pour que justice soit rendue à Amira Al Qerem.

Mohammed Omer, journaliste de Gaza, 25 ans, signale le cas de cette jeune miraculée lors de l’assaut sur Gaza dans le dernier numéro du Washington Report on Middle East Affairs. M. Omer a reçu le prix Ossietsky du PEN norvégien le 16 novembre 2009.

Docteur Mohamed Salem, un lillois, a travaillé avec d’autres collègues français à l’hôpital Al Shifa de Gaza pendant l’assaut israélien en décembre 2008 et janvier 2009. Il a pris connaissance de l’histoire d’Amira en agissant pour lui sauver la vie.

L’histoire d’Amira figure sur beaucoup de sites Internet. Son cas pourrait constituer un cas historique dans le jurisprudence du jeune Cour Pénale Internationale.

 

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 Amira (blog du Kawther Salam)


 

M. Omer : « Une bataille qui ressemble à celle de David et Goliath se passe actuellement à la Haye. David, c’est une jeune fille palestinienne de 15 ans, Amira Al Qerem. Elle parle d’une voix douce contre le quatrième plus fort pouvoir au monde, muni d’armes nucléaires : Israël. L’enjeu, c’est les droits de victimes partout dans le monde et l’engagement international dans le sens du « plus jamais ». Amira demande à la Cour Pénale Internationale (CPI) de reconnaître et faire observer le droit international contenu dans la Quatrième Convention de Genève et dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. 

 

Le calvaire de l’adolescente commence dans les petites heures du matin le 14 janvier 2009, un des derniers jours de l’opération meurtrière Plomb Durci à Gaza. Sa famille, qui vivait dans le quartier de Tal Al Hawa, s’est réveillée lors de la frappe d’un missile contre leur maison. Le père d’Amira était tué sur le coup. M. Al Qerem, 42 ans, travaillait dans la vente des chaussures. Il avait l’autorisation de voyager entre Gaza et Israël pour les affaires [un privilège rare dont bénéficie une poignée de résidents de Gaza ndlt]. »

 

 La sœur d’Amira, 15 ans, et son frère, 13 ans, sont sortis de la maison à la recherche de secours. Un deuxième missile s’est ensuite abattu près d’Amira, restée au côtés de son père, la blessant grièvement à la jambe. Un troisième missile israélien a tué les deux enfants qui avançaient dans la rue criant au secours. Amira quitte alors le corps de son père pour se protéger à l’instant où un quatrième missile frappe, déchirant les jambes de son père. Amira se traîne jusqu’à la rue, où elle perd connaissance. Le troisième jour après la frappe, Amira voit qu’il reste une maison debout dans son quartier dévasté – celle du journaliste Imad Eid. Elle se traîne jusqu’à la porte, la trouve ouverte et s’introduit à l’intérieur, où elle trouve une bouteille partiellement remplie d’eau et des vêtements. Affaiblie, elle perd conscience à nouveau ; c’est dans cet état que le journaliste la trouve le 17 janvier.

 

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 Amira à l’hôpital à Gaza (Defence Children International-Palestine)

 

Une équipe de médecins français s’est occupé d’Amira lors de son arrivée à l’hôpital Al Shifa. Ils ont ensuite organisé sa prise en charge en France. Après avoir été refoulée plusieurs fois au passage de Rafah, Amira peut finalement rejoindre la France à la fin août pour subir une nouvelle opération et une rééducation. C’est à ce moment qu’elle exprime le désir ‘d’obtenir justice’ et que l’avocat, Maître Gilles Devers s’entretient avec elle pour déposer une plainte devant la CPI. Amira témoigne de ce que lui est arrivée le 25 août dans une réunion d’information dans une librairie de Paris où Maître Devers explique leur démarche.

 

Le 31 août, Amira se rend personnellement devant la cour de la Haye accompagnée de ses avocats et les médecins qui l’on soutenue, afin d’y déposer la première plainte d’une victime de l’opération ‘Plomb Durci’. Plus de 120 activistes venant de la France, de la Belgique, du Nederland et de l’Allemagne scandent « Justice pour Amira ». 

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 Amira à la Haye (Mohammed Omer)

 

‘J’espère,’ déclare-t-elle, ‘que cette plainte va être acceptée, parce que c’est la vérité.’Maître Devers explique que les témoignages rassemblés indiquent que les attaques qui ont tué les membres de la famille d’Amira et bien d’autres gazaouis ciblaient délibérément des civils. ‘Il s’agit d’un crime contre l’humanité ; c’est pour cela que nous l’avons cité devant la CPI.’ Jill Davir, avocat de la Cour de Lyon, ajoute: ‘Les politiciens israéliens et les chefs militaires doivent être reconnus comme responsables.’ L’avocat Narriman Kattineh exprime sa confiance que le jugement du CPI ‘mettra fin à l’impunité de l’Etat d’Israël. Nous avons les preuves des actions constituant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité selon le droit international.’ 

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 Le Procureur Moreno devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, 2009

 

Le 1er septembre 2009, le Procureur du CPI Luis Moreno-Ocampo, a reçu des plaintes et des preuves de plus de 360 plaignants, soumis par le Ministère de Justice de l’Autorité Palestinienne Ali Kashan.  Les bases légales pour la réception de ces plaintes, ainsi que pour le cas d’Amira, ne sont pas encore établies. La CPI est tout jeune : elle a vu le jour il y a cinq ans, à la suite de la signature du traité de Rome. Son rôle est de poursuivre les crimes les plus graves tels les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Le Procureur Moreno-Ocampo se trouve face à une tâche délicate. Amira espère une décision qui rendra justice aux victimes de ces attaques qui ont frappé tant d’innocents : « Je fais ce que je fais pour tous les enfants de Gaza, » dit-elle.

Commentaires

Heureusement qu'il y a encore des gens avec une grande force de caractère plutôt qu'une grande force de frappe!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 09/12/2009

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