06/02/2010

L’école dans tous ses états

L’hiver est long. Faute d’alimentation, l’unique centrale électrique de Gaza risque de fermer complètement. Pour la plupart des gazaouis, la vie est une misérable survie de jour en jour. L’UNRWA est débordée par l’ampleur des besoins. Les enfants de Gaza vivent dans leur chair le désespoir des adultes – parents et enseignants - impuissants devant le blocus. L’IRIN, le département d’informations humanitaires des Nations Unies, a publié cet article il y a deux jours.


 

« Les écoliers de Gaza en défi d’apprentissage

            5 février 2010

 

Un demi-million d’enfants ont fait la deuxième rentrée scolaire annuelle à Gaza le 1er février. Les écoles sont surpeuplées et délabrées; beaucoup doivent assurer un double service (deux demi-journées). Uniformes, papier et manuels scolaires manquent.

 

‘Je ne porte pas d’uniforme puisque mon papa n’a pas de travail et il ne peut pas m’en payer un,’ dit Mohammed al-Khouli, 9 ans, élève à l’école gouvernementale primaire al-Mu’tasem de la ville de Gaza.‘Je dois emprunter les crayons ou les stylos de mes camarades de classe puisque je n’en ai pas.’

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Mohammed al-Khouli dans une classe de technologie à l’école primaire al-Mu’tasem, ville de Gaza  Suhair Karam/IRIN

 

L’offensive israélienne militaire sur Gaza qui s’est terminé le 18 janvier 2009 a eu ‘des conséquences dévastatrices pour le système éducatif’ selon l’IRIN. Il y a 440'000 étudiants dans 640 écoles à Gaza, dont 383 sont gérées par le gouvernement, 221 par l’UNRWA et 36 par des privés (selon le Ministère de l’Education et l’UNRWA). L’année dernière dans les attaques au moins 289 écoles ont été endommagées dont 18 totalement détruites.

 

Pas de reconstruction

 

Aucune des écoles n’a pu être reconstruite ou réparée à cause du blocus israélien sur tous les matériaux de construction.  Selon l’autorité israélienne, ces matériaux risqueraient d’être employés à fin militaire.

 

Le Ministère d’Education évalue ses besoins à 25'000 tonnes de supports en acier et 40'000 tonnes de ciment pour construire 105 nouvelles écoles pour répondre à l’augmentation annuelle du nombre d’écoliers. Yousef Ibrahim, vice-ministre de l’éducation, a confirmé l’impact grave de l’assaut israélien : environ 15'000 élèves des écoles endommagés ont dû être transférés vers d’autres écoles pour ne recevoir les cours qu’une demi-journée au lieu de la journée entière.

 

Selon Ibrahim, beaucoup d’écoles en mauvais état mais ouvert aux élèves ont des toilettes hors usage et manquent d’eau et d’électricité. Les salles de classes ne peuvent pas accueillir le grand nombre d’élèves ; il manque des pupitres, des portes, des chaises et de l’encre. A la moitié des élèves des écoles gouvernementales il manque au moins un manuel scolaire pour le deuxième semestre de l’année scolaire 2009 –2010.

 

Selon Khalil al-Halabi, responsable de l’éducation pour l’UNRWA à Gaza, la distribution des manuels à tous ses élèves a commencé le 4 février. Mais il note l’augmentation des écoliers qui ont faim à cause du taux croissant de chômage et de pauvreté.

 

Les écoles gouvernementales ont perdu 164 enfants et 12 enseignants dans le conflit. Les écoles d’UNRWA ont perdu 86 de ses enfants et 3 de ses enseignants. Le rapport onusien souligne que des milliers d’écoliers ont perdu des membres de leurs familles et/ou leurs foyers dans les attaques. Ils souffrent encore des expériences traumatiques et d’anxiété et ont besoin d’une prise en charge psycho-sociale et des activités ludiques appropriées.

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Ecole primaire Asma, ville de Gaza, 24 février 2009 (photo : Erica Silverman)

 

 

C’est un vrai défi d’enseigner dans des conditions pareilles. Khalid Salim, 43 ans, enseigne les sciences à l’école préparatoire d’Abu Ja’far al-Mansour au nord de la bande de Gaza. Il témoigne : ‘La plupart des enfants ne comprennent pas ce que je leur enseigne, ils n’ont aucune capacité de se concentrer …  ils oublient tout ce qu’on leur explique en classe. Lors d’une épreuve, le taux d’échec est de 80%. Avant les attaques, je n’en avais que 3% qui ne réussissaient pas. Lorsqu’ils entendent les avions militaires israéliens, les enfants crient et pleurent, totalement paniqués.’ »  

 

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Mona Samouni, qui a perdu ses parents et 26 autres membres de sa famille dans l’Opération Plomb Durci  Suhair Karam IRIN (http://www.irinnews.org/Report.aspx?ReportId=87954)

 

 

 

 

 

 

 

16:01 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : écoles, gaza, opération plomb durci, blocus israélien | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci, Carol, de tenir bon et Bravo d'être fidéle à ce peuple en souffrance!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06/02/2010

J'ai vu le reportage sur cette petite fille, Mona Samouni, ce qui m'a ému est son courage et patience malgré la situation terrible qu'elle venait de vivre. L'armée israélienne a démoli sa maison et massacré toute sa famille. . Sa détermination doit nous servir de leçon.

Je ne peux pas imaginer la misère et la terreur que vivent ces pauvres enfants. Ils ont le droit comme tout le monde de vivre en paix. La question c'est pour quand?

Je suis outrée par le silence du monde et des puissances internationales face à cette injustice.


J'admire votre persévérance et courage

Écrit par : La Franchise | 06/02/2010

"Comment chasser de notre mémoire les appels qui duraient si longtemps alors que nous restions debout, sans bouger, dans le froid et le vent glacial ; comment oublier les "visites des musulmans", comme ils disaient, au cours desquelles la mort nous attendait pour nous donner rendez-vous ; comment éliminer de notre mémoire les morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp et qui marchaient pliés en deux comme s'ils étaient en prière ; nous ne pouvons pas les oublier, car nous étions ces morts-vivants !! Comme eux nous marchions courbés par la faim et la fatigue, comme eux nous étions glacés l'hiver dans nos vêtements trop légers, comme eux nous protégions jalousement notre gamelle pour éviter que nous soit volée le peu de soupe infâme qu'ils nous donnaient pour subsister.

Nous étions effectivement sur une autre planète quand, le 18 janvier 1945, gardés par les SS et les chiens, quittant le camp pour la dernière fois, nous sommes partis en exode qui deviendra très vite, une effroyable Marche de la Mort. Marche hallucinante vers nulle part.
La victoire qui leur échappait, décuplait la violence des SS. Au camp nous avions connu la folie, là, nous étions en pleine démence
Le nombre de compagnons assassinés augmentait sans cesse et leurs cadavres, laissés sur le bord de la route jalonnaient notre passage. Parfois, celui à côté duquel nous marchions depuis des heures, ne pouvant plus avancer, s'affaissait sur la route et mourant était bousculé, presque piétiné par ceux qui suivaient et qui ne l'avaient pas vu. Je ne peux chasser de ma mémoire le jour où ils nous ont entassés sur des wagons de marchandises et demeure encore horrifié par tous les morts ........ou presque morts, sur lesquels nous nous sommes affalés tellement nous étions épuisés.
Toutes ces morts injustes sont souvent présentes dans notre mémoire et surgissent sans crier gare
Même si nous avons essayé de vivre afin de pouvoir un jour exister, nous restons habités par tout ce que nous avons vu et vécu là-bas, car on n'est pas indemne d'un passé indicible !!
Mais il y a aussi une autre raison à notre état de survivants : nous avons maintenant conscience d'être les derniers témoins à pouvoir dire "j'y étais et j'ai vu". Alors que les truqueurs, les maquilleurs de la réalité, révisionnistes et négationnistes se renouvellent de génération en génération comme toutes les mauvaises herbes, nous qui sommes les derniers à pouvoir faire revivre nos morts, nous nous demandons sans cesse si nous avons suffisamment œuvré pour que la véritable Histoire puisse ne jamais être réécrite au bénéfice d'odieux mensonges. Avons-nous suffisamment contribué à l'indispensable "travail de mémoire" ?
Chaque fois que nous rencontrons des adolescents pour parler des dangers de tous les extrémismes et que nous décrivons les actes de barbarie auxquels nous avons assisté ; chaque fois que nous expliquons où peuvent mener le fanatisme et la haine, le racisme et l'antisémitisme et que nous faisons revivre les étapes choisies pas les SS pour nous déshumaniser, même si nous le faisons avec modération ; chaque fois qu'à la fin de nos interventions ils nous demandent de leur montrer le numéro matricule tatoué sur notre bras gauche, chaque fois nous nous retrouvons à Auschwitz et vivons à nouveau ce que nous leur décrivons. "

Écrit par : Hakim | 08/02/2010

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