14/02/2010

Protection illusoire

L’Opération Plomb Durci en décembre 2008 et janvier 2009 a dévasté la population civile de Gaza matériellement et moralement. Sommés par des feuillets lâchés par des avions israéliens de quitter leurs maisons, des centaines de familles ont cherché un abri illusoire : la bande de Gaza était scellée, il n’y avait nulle part où se réfugier en sécurité. Plus de 80% des tués dans les 23 jours cauchemardesques de l’assaut étaient des personnes sans aucun lien politique, dont 342 enfants.  Nejoud al-Ashqar, une survivante d’une attaque sur une école de l’UNWRA, a perdu un bras en essayant de protéger ses enfants. En vain. L’article original de son histoire se trouve sur l’Electronic Intifada.


« Le deuil d’une mère

Rami Almeghari, dans la bande de Gaza occupée, Live from Palestine, 9 février 2010

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  Nejoud al-Ashqar et sa fille Madline à l’extérieur de leur maison à Beit Lahia

 

Nejoud al-Ashqar est une mère de 30 ans qui vit à Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza. Elle a perdu deux fils dans l’invasion israélienne de Gaza l’hiver passé – Bilal, 5 ans et Mohammad, 6 ans. Elle a aussi perdu son bras droit.

 

Elle a raconté son histoire entourée par des voisins et sa fille et son fils les plus jeunes : « Je me rappelle que les avions de guerre israéliens ont lâché des papillons dans notre quartier en nous disant de quitter nos maisons. J’ai eu peur pour mes enfants. Nous sommes alors tous partis, en nous dirigeant à une école de l’UNWRA (l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens) dans les parages pour y trouver abri,’ explique al-Ashqar.

 

La mère endeuillée continue : ‘Nous sommes restés toute cette nuit du début de janvier à l’école. Les Israéliens bombardaient, nos cœurs étaient déchirés de peur. Je ne pensais à rien sauf à comment protéger mes enfants – il y avait des éclats d’obus qui arrivaient sur nous. J’ai commencé à couvrir leurs visages avec des couvertures pour les protéger.’

 

L’école UNRWA où la famille s’est réfugiée a subi une frappe directe le matin suivant. ‘J’ai entendu des cris près de moi, « Ambulance, ambulance ! » J’ai réalisé que mon visage était couvert de sang, et j’ai commencé à crier et à appeler mes enfants par leur nom. »

 

Al-Ashqar était gravement blessée à la tête et au bras droit par l’obus israélien et on l’a acheminé immédiatement à l’hôpital, d’où on l’a transférée à un hôpital en Egypte.

 

‘A cet hôpital du Caire, j’étais aux soins intensifs pendant 20 jours, complètement coupée du monde. Pendant mon séjour en Egypte, personne ne m’a raconté ce qui s’était passé pour mes deux fils par peur d’aggraver mon état,’ dit-elle, émotionnée.

 

Elle explique la suite :’Après mon retour du Caire, on m’a annoncé la mort de mes fils et depuis, je passe beaucoup de nuits sans sommeil. Chaque nuit mon mari, qui est sourd, et moi-même, nous regardons leurs photos posées sur une étagère dans notre chambre à coucher, et je lis des versets du Coran.’

 

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le cahier d’école de Bilal

 

‘J’aurais aimé savoir que Bilal allait bientôt me quitter, si seulement j’avais su ! Souvent, Bilal me demandait un shekel (25 centimes) pour l’école, mais parfois, je n’en avais pas à lui donner puisque nous avions très peu d’argent. Les jours où je ne pouvais pas en lui donner, je lui promettais de lui en donner le lendemain. Si seulement je lui ai donné tous les shekels du monde !’

 

Madline, la sœur de Bilal et Mohammad, demande :’Avec qui puis-je jouer maintenant ?’ Elle se tient au coin de la chambre à coucher vide de ses deux frères :’C’est ici que je jouais avec Bilal et Mohammad et aussi dans le jardin.’

 

Mahmoud, 15 ans, le cousin de Madline, raconte les sorties à la plage avec toute la famille: ‘Bilal et Mohammad sont mes cousins, mais je les considérais comme mes petits frères. Ils étaient si mignons et pleins de vie, et on s’amusait comme des fous lorsque nous allions à la plage. Depuis qu’ils ont été tués, je ne vais plus à la plage. De toute évidence, notre famille n’a plus le cœur de s’amuser.’

 

Sa photo de Mohammad dans sa main, al-Ashqar dit, ‘Chaque soir, je fais une bise sur leurs photos avant de me coucher, comme je faisais quand ils étaient encore vivants.’

 

Les photos sont de Rami Almeghari.

Rami Almeghari est journaliste et enseignant universitaire dans la bande de Gaza. »

 

Journaliste Almeghari sait combien le fait de raconter des expériences traumatiques est important pour la guérison des blessures psychologiques. Savoir qu’un journaliste va publier leur histoire pour un public plus grand peut aider la famille al-Ashqar à se remettre dans la vie. Dans ce contexte, je traduis, je publie et vous lisez pour le bien de la famille Ashqar. Nous leur souhaitons de retourner à la plage l’été qui vient.

10:46 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, unrwa, école, deuil, plomb durci, obus, enfants | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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