07/04/2010

Les Mummenschantz de Gaza

Une étudiante de Gaza enseigne le mime et monte un spectacle de mime à la palestinienne à Gaza. Journaliste Rami Almeghari lui a parlé avant et après le spectacle au camp de réfugiés de Nusierat. L’association al-Karmel, une organisation non-gouvernementale à Nuseirat pour promouvoir la culture traditionnelle palestinienne, a accueilli la troupe. L’original de l’article est sur l’Electronic Intifada.

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la troupe de Mayada

« Les jeunes de Gaza s’expriment grâce au mime Mayada

Rami Almeghari depuis le camp de réfugiés de Nusierat dans la bande de Gaza occupée

Live from Palestine 30 March 2010

 

Fille issue d’une famille ordinaire dans le camp de réfugiés de Nuseirat au milieu de la bande de Gaza, Mayada al-Hallaj, 25 ans, s’est démarquée avec un talent original. C’est un don peu connu à Gaza et assez rare ailleurs dans le monde. Cette étudiante universitaire de sociologie est une artiste du mime et l’enseigne depuis quelques années.

 

‘A la fin de mes études secondaires, j’ai développé une passion pour le mime. J’ai commencé à regarder la télévision et de surfer sur le Web pour voir des spectacles de mime,’ dit-elle. ‘Au tout début, je me trouvais en train de bouger selon ce que je ressentais et j’ai ensuite découvert que ce que je faisais correspondait à un art qui s’appelait le mime !’

 

Pendant que je discute avec Mayada, huit jeunes entre 15 à 21 ans se préparent pour le spectacle en se peignant le visage en noir et blanc. Le spectacle s’appelle ‘Le Bien et le Mal’. Il y a de la musique égyptienne dans l’arrière-fond.

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Mayada mène les mouvements de sa troupe pendant sept minutes, le visage derrière le voile traditionnelle du niqab. ‘Je porte le niqab puisque, dans la tradition du mime, l’acteur porte un masque,’ explique al-Mayada. Pour elle, le niqab ‘représente la communauté conservatrice  du camp des réfugiées. En même temps, j’apprécie que nos spectacles soient acceptés sans aucun problème.’

 

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Noura Abu Ayyash, 15 ans, joue un personnage appelé « Le Papillon » qui passe majestueusement sur la scène entre ceux qui représentent le Bien et ceux qui représentent le Mal. Ils se trouvent tous réunis à la fin du spectacle. Noura avait d’abord été attirée par le ballet, mais en entendant du travail de Mayada, elle a décidé de se joindre à sa troupe.

‘Comme vous avez vu, le thème central de notre performance est un message de paix, d’harmonie et de réconciliation à notre communauté,’ dit Mayada. ‘Le bien et le mal se rencontrent toujours, mais le mal ne peut pas vaincre le bien. Notre espoir est que les Palestiniens se retrouveront solidaires les uns aux autres.’

 

Muhammad al-Najjar dit qu’il a découvert le mime lorsqu’il a commencé à danser chez lui : ‘J’ai découvert que ces mouvements agissaient en quelque sorte comme un soulagement des  ressentis – ils me permettaient à m’exprimer. Ensuite, j’ai connu Mayada par l’Association al-Karmel.

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Mayada a créé trois différents spectacles importants pour Gaza sur l'invitation des associations locales. Les spectacles donnaient à réfléchir sur les problèmes actuels de la société.

La troupe rencontre les défis: ils ont un minimum de costumes et peu d’espace pour s’exercer. A cause du blocus israélien, aucun membre peut voyager pour se former à l’étranger. Mayada regrette qu’elle n’a jamais pu apprendre le métier de mime autrement que par la lecture et l’entraînement sans un encadrement professionnel.

 

Ayman al-Hour, le directeur général de l’Association al-Karmel, regrette qu’il y a peu d’activités culturelles à Gaza à cause du siège israélien et aussi à cause de la division entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. ‘Les jeunes ont une mine d’énergie qu’il faut canaliser de façon constructive,’ dit al-Hour. ‘Ils ont besoin de soutien, notre association le fournit, autant que possible. Mais la scène culturelle de Gaza a besoin d’amélioration.’

 

Les parents de Mayada, Hammad et Umm Ahmad, soutiennent Mayada dans son choix inhabituel d’expression artistique. ‘J’ai toujours laissé à mes enfants la liberté de choisir pour eux-mêmes sans leur dicter quoique ce soit,’ dit son père Hammad. ‘A mon avis, leurs choix devraient respecter les traditions sociales et religieuses de la communauté palestinienne. J’ai vu que ma fille était passionnée par l’art du mime, alors je lui ai permis de poursuivre cet intérêt. Je ne vois pas en quoi cet art serait en conflit avec nos traditions ou nos habitudes.’

La mère de Mayada l’encourage aussi : ‘Au début, lorsque j’ai vu Mayada sur scène, j’étais surprise.’ Elle sourit :  ‘Je n’avais aucune connaissance de cet art, mais après avoir vu un spectacle, j’étais conquise par ce qu’elle fait.'

 

A la fin du spectacle à Nuseirat, Mayada s’exclame : ‘ J’aimerais vraiment devenir une vedette de mime à Gaza pour pouvoir nourrir cet art et le faire connaître. Le mime libère une grande quantité d’énergie et offre un reflet unique de la société.’

 

Rami Almeghari est journaliste et enseignant à l’université dans la bande de Gaza. »

 

Toutes les photos sont de Rami Almeghari qui contribue à l'Electronic Intifada, IMEMC.org et Free Speech Radio News.

On peut le contacter à rami_almeghari<arobase>hotmail P O I N T com.

14:16 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : mime, theatre, gaza, étudiante, blocus, tradition | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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