09/05/2010

Les enjeux de la protestation non-violente à Gaza

Les media maintiennent leur silence sur ce qui se passe dans la zone tampon entre Gaza et Israël. La mort du jeune manifestant non-violent Ahmed Deeb à la fin du mois passé pourrait bien avoir inspiré l’article de Bradley Burston dans l’édition du journal Haaretz du 3 mai : « Une prière pour le gazaoui avec un seul drapeau comme arme ». L’armée israélienne a tiré sur neuf jeunes, dont une jeune femme de Malta, en toute connaissance de cause, le mois passé. Nous n’en lisons rien dans la presse romande. Voici donc un aperçu de cette situation publié sur l’Electronic Intifada. La version complète de l’article accompagné de photos et de vidéo existe en anglais.


« Le long de la zone tampon de Gaza la sécurité est un prétexte !

 

par Eva Bartlett, The Electronic Intifada, 6 May 2010

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Ahmed Deeb, après avoir été frappe par le tir d’un soldat israélien dans une manifestation dans la bande de Gaza occupée (Hatem Omer/MaanImages)

‘Il y avait un tir unique sans aucun avertissement, puis on a évacué un jeune,’ explique Adie Mormech. Mormech, activiste britannique du Mouvement de Solidarité Internationale (ISM) qui a été témoin du tir fatal subi par Ahmed Deeb. C’était lors d’une manifestation le 28 avril à Nahel Oz, à l’est de la ville de Gaza.

 

‘J’ai vu que la balle a fait un grand trou sur la partie supérieure de sa jambe qui saignait abondamment. On l’a transporté environ 100 mètres jusqu’à une ambulance. …

Des heures après avoir été frappé par la balle explosif dite ‘dum-dum’, dans l’artère fémorale, Deeb est mort de la perte de son sang. Il avait 21 ans.

 

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Ahmed Deeb (Max Ajl)

 

Deeb était le neuvième individu en moins d’un mois à avoir subi des tirs par des soldats israéliens pendant ces manifestations non-violentes dans les régions de la zone tampon imposée par Israël. La menace des balles réelles israéliennes tirées sur quiconque se trouvant à moins de 300 mètres de la frontière empèche les Palestiniens d’accéder à leurs terres agricoles. …

 

Selon le Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), la zone tampon était mise en place pendant les Accords d’Oslo sur un périmètre de 50 mètres le long de la frontière palestinienne. En 2000, unilatéralement, les Israéliens ont augmenté la limite à 150 mètres, et en janvier 2009, à 300 mètres. En mai 2009, des avions israéliens ont lâché des papiers sur la région pour rappeler à la population cette limite de 300 mètres.

 

La zone tampon comprend 30% de la terre agricole de la bande de Gaza. Des dizaines de paysans, de travailleurs agricoles et d’habitants de cette zone (ou parfois près de cette zone) ont été blessés ou tués par des tirs et des obus israéliens.

 

Selon le Programme Alimentaire Mondial (WFP) et l’agence de l’ONU traitant d’alimentation et d’agriculture (FAO), entre 35 et 60 % de l’industrie agricole était détruit pendant les attaques israéliennes sur Gaza en 2008-09. Selon des statistiques de différentes organisations internationales et du PCHR, entre 60'000 et 75'000 dunams de terre agricole restent endommagés ou inutilisables suite à l’assaut et suite à des décennies de passage des bulldozers israéliens. (Un dunam est l’équivalent de 1'000 mètres carrés).

 

Les paysans et les civils qui vivent dans cette zone tampon n’ont nulle part d’autre où aller. Pour la plupart, leur terre est leur unique source de revenu. … Depuis la fin de l’Opération Plomb Durci jusqu’à la fin de l’année 2009, le PCHR a fait état de 166 attaques dans cette zone tampon et en mer, y compris 19 incidents de bulldozers qui ont rasé terres et maisons. Les paysans de la région disent que ces attaques sont fréquentes

 

Cette situation a eu des conséquences importantes pour la vie des Palestiniens, qui ne demandent que de pouvoir subvenir à leurs besoins de façon autonome. Mais les media ont largement escamoté la gravité de la situation ainsi que l’augmentation dans le nombre de victimes civiles.

 

Pourtant, la communauté internationale sait que plus de 80% des Palestiniens de Gaza survivent grâce à l’aide alimentaire humanitaire. La question des terres agricoles à l’intérieur et à l’extérieur de la zone tampon est de toute première importance.

 

Il y a aussi le fait que le chômage atteigne 60% à cause de la fermeture des frontières imposée par Israël et acceptée par la communauté internationale, sans compter la destruction de 95% de l’industrie et des usines de Gaza. Les plus pauvres des gazaouis ont commencé à fouiller les régions près de la frontière pour récupérer du béton et du métal des bâtiments démolis. Comme les paysans, ces travailleurs sont parfois victimes des tirs des militaires israéliens, qui ont l’ordre de tirer sans poser de question sur n’importe quelle personne jugée trop près de la frontière, même plus loin que les 300 mètres.

 

Des manifestations populaires non-violentes contre la zone tampon ont commencé en septembre 2009. Elles sont en augmentation constante. En ce moment, des manifestations ont lieu quatre ou cinq fois par semaine dans de différentes régions du nord-est au sud-ouest, le long de la zone tampon. Elles sont organisées par l’Initiative locale de Beit Hanoun et la nouvelle Campagne populaire pour la sécurité de la zone tampon, une organisation qui englobe plusieurs associations de paysans et d’habitants concernés. Des Palestiniens conscients des dangers et des enjeux comme Ahmed Deeb se joignent à ces manifestants en sachant toutes les difficultés subies par ces gens qui luttent pour leur survie. … »

 

« Un jour, grâce à vous, Gaza sera ce qu’il devait être : la perle de la Palestine. » C’est le message de Bradley Burston aux manifestants non-violents de Gaza. Pour le moment, un tel soutien est une perle rare.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Décidément, Israël emploie trop souvent deux poids deux mesures.
D'un côté, cet Etat revendique une terre pour les Juifs et, d'autre part, elle empêche ses voisins de se servir de la leur.
Du reste, on peut se demander s'ils ont vraiment du respect pour notre Terre en soi, au vu des nombreuses actions antiécologiques qu'ils mènent à grand fracas.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 09/05/2010

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