16/05/2010

« La musique fait vivre »

Par Eva Bartlett In Gaza 14 mai 2010

 

 

« ‘Pourquoi si vite ? N’est-ce pas plus joli comme ça ?’ demande Mohammed Omer, professeur d’oud, à son élève de l’Ecole de Musique de Gaza. Omer prend l’instrument et joue la chanson lentement, avec grâce, en donnant leur pleine valeur aux fioritures caractéristiques de la musique arabe.

 

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 Mohammed Omer et son élève Mohammed Abu Suffiya (Emad Badwan)


Mohammed Abu Suffiya, 10 ans, étudie l’oud depuis six mois seulement. Il a déjà appris à lire des partitions et à jouer l’air connu d’une chanson de la libanaise Fairouz. Après avoir observé son professeur, Mohammed reprend le morceau en jouant plus lentement, avec plus d’expression. Parfois il jette un coup d’œil à la partition. Son professeur l’accompagne sur un tabla (petit tambour à main).

 

Mohammed Omer, 28 ans, est un des cinq enseignants de l’Ecole de Musique de Tel al Howa dans la ville de Gaza. L’école faisait partie des bâtiments du Croissant Rouge et l’Hôpital Al-Quds, bombardés et brûlés lors des attaques israéliennes qui ont duré 23 jours. Elle a déménagé près de son ancien emplacement, excepté deux ouds et un piano qui ont été détruits. Elle avait ouvert ses portes six mois avant l’assaut sur Gaza de décembre 2008 et janvier 2009 avec le soutien du Center Qattan pour l’Enfant de la ville de Gaza. Ibrahim Najjar, directeur de l’école, possède un diplôme en musique orientale de l’Université de Musique du Caire. Mohammed Omer a étudié l’oud en Iraq. Les professeurs de piano et de violon viennent de Russie. ‘Nous sommes ouverts le soir, cinq jours par semaine. Chaque élève a une leçon individuelle pendant 40 minutes. Nous enseignons la lecture du solfège parce qu’il est compris internationalement,’ dit Najjar.

 

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 photo Emad Badwan

 

 

En ce moment, il est possible d’étudier l’oud, le violon, la guitare, le qanoun (un instrument qui ressemble au zither) et le piano. ‘Nous aimerions beaucoup offrir l’étude d’autres instruments, mais nous n’avons pas d’autres professeurs,’ explique Najjar. L’institution accueille 50 élèves, dont la moitié sont en deuxième année. Elena, professeur russe, travaille avec Hadna, 11 ans : ‘Toutes mes élèves sont de filles pour l’instant. J’espère travailler également avec des garçons l’année prochaine.’

 

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 professeur et élève (Emad Badwan)

 

 

Tala a choisi d’étudier le qanoun après avoir commencé avec le piano. Pourquoi ? ‘Parce que le son du qanoun est beau et unique. Il est difficile à jouer, alors il y a peu de monde qui le maîtrisent, ce qui m’a donné envie de l’apprendre. Lorsque je joue, j’oublie tous mes problèmes – je ne pense qu’à la musique.’

 

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photo Emad Badwan

‘Tous les enfants aiment la musique,’ dit Najjar. ‘C’est le langage de la paix, et il fait du bien à l’esprit, au corps et à notre vie de tous les jours.’ Actuellement, les élèves viennent tous de la ville de Gaza, simplement parce que le coût du transport pose problème. Najjar explique : ‘Notre programme est financé par le Centre Qattan. Je voudrais avoir un bus à disposition pour que tout enfant qui possède un potentiel musical puisse suivre des cours. Cela n’a aucune importance si l’enfant n’a jamais touché un instrument de musique. Il peut apprendre. Nous testons l’oreille :  l’enfant, peut-il écouter et ensuite fredonner une mélodie ? Nous regardons aussi le sens du rythme : l’enfant, peut-il écouter et imiter des rythmes ?

 

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Mahmoud Kohail, 8 ans, étudie le qanoun depuis moins d’un an, mais il a déjà gagné le premier prix lors d’un concours destiné aux enfants entre 7 et 11 ans de toute la Palestine. … Son père Emad joue l’oud et sa mère est chanteuse, les deux à un niveau avancé. Emad est également médecin, il se spécialise dans la santé mentale et la médecine alternative. Il explique le bien que la musique a fait à son fils : ’Mahmoud a souffert du SSPT comme presque tous les enfants de Gaza. Faire de la musique a eu un énorme impact sur son comportement. La musique était une vraie thérapie et un moyen par lequel il a réappris à se concentrer.’

 

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Ibrahim Najjar souligne cet aspect thérapeutique de l’acquisition de la maîtrise d’un instrument : ‘Le comportement des élèves a évolué depuis qu’ils viennent à l’école. Maintenant, ils sont calmes, ils s’écoutent entre eux et se respectent les uns les autres. Je leur apprends d’agir ainsi non pas seulement chez nous, mais dans tous les aspects de leur vie.’

 

Pour Abu Mohammed, professeur de l’oud, ‘La musique est un vrai appui positif à la santé mentale.’ Ce musicien a dû lutter pour apprendre à jouer. ‘Mon père était très religieux et contre la musique,’ dit Abu Mohammed. Il la jugeait comme une perte de temps. ‘Il m’empêchait de jouer, alors j’ai appris à jouer en cachette. Il ne comprenait pas que la musique peut être un acte de résistance. L’oud peut être mon arme contre l’occupation israélienne.’ Abu Mohammed a reçu le prix Gold de la Télévision Palestinienne en 2004. … Il écrit et joue ses propres compositions avec les paroles des poètes. Elles parlent de l’occupation, du blocus et des attaques de l’hiver 2008-09 sur Gaza. Face à la stigmatisation des musiciens qui existe encore dans la bande de Gaza, des individus comme Abu Mohammed et l’Ecole de Musique sont des apports vitaux pour la société. »

19:22 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, musique, oud, qanoun, école de musique, enfants, qattan | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci Carol de nous montrer cette image pleine d'harmonie...
Mahmoud Khalil ce petit (kanouniste) est un vrai musicien. Par ses doigts d'artiste il nous donne l'impression qu'il maitrise bien "la langue des cœurs".

Bien à vous.
M.F.

Écrit par : Mohamed Ftelina | 16/05/2010

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