15/09/2010

Un livre, un exemple

Le médecin qui a perdu trois filles dans les attaques sur Gaza en hiver 2008-09 est auteur du livre « Je ne haïrai pas ». Un article dans l’édition hebdomadaire du Guardian du 20.08.10 décrit l’exemple qu’il offre au monde.

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 Dr Abuelaish inconsolable, Hôpital Tel Hashomer, Tel Aviv, 16 janvier 2009

(Rannon Cohen, Tel Hashomer, Tel Aviv)

 


« Malgré la mort de trois de ses filles sous les bombes, il refuse la haine

Médecin palestinien, il dédie son livre et le souvenir de ses enfants à la réconciliation

 

Harriet Sherwood Jabalia 15 août 2010

 

Un jour frais mais ensoleillé du mois de décembre à Gaza, Dr Izzaldin Abuelaish a amené ses huit enfants à la plage pour s’amuser dans l’eau et le sable. Deux mois auparavant, leur mère était morte d’une leucémie. Le docteur était heureux de voir ses filles aînées rire en inscrivant leurs noms dans le sable humide : Bessan, Maya, Aya. Bien après, il écrivit, ‘Ce jour-là, je fus au plus près du ciel et au plus loin de l’enfer.’

 

Mais, cinq semaines plus tard, ces mêmes filles, âgées de 13, 15 et 21 ans, furent tuées et une cousine, Noor, 15 ans, gravement blessée, lorsqu’un obus israélien a toucha la maison familiale lors de la brève mais meurtrière guerre de Gaza en 2008-09.

 

Bien de personnes seraient tombées dans un abîme noir et solitaire rempli de misère et d’amertume. Pas Abuelaish. Il a reconstruit une vie pour lui-même et ses cinq enfants et écrit un livre émouvant qui véhicule un fort message d’espoir et de réconciliation.

 

« I Shall Not Hate » - publié au Canada en avril et en Angleterre en janvier – a eu un grand succès … il est traduit en 13 langues et paraîtra prochainement en hébreu et en arabe. Tous les bénéfices du livre ou des conférences du docteur ira à la fondation caritative Daughters for Life que Dr Abuelaish a établi à la mémoire de ses filles. En visite chez de la parenté pendant un mois – il vit et travaille maintenant au Canada – le docteur reçoit des mails sur son Blackberry de la part d’étrangers qui lui envoient des messages de compassion, gratitude et soutien.

 

Il explique le titre de son livre: ‘Je suis contre toute violence. La violence de l’approche militaire s’est montrée inefficace il y a des décennies et cela ne changera jamais. Personne ne s’arrête pour faire un bilan. Les Palestiniens et les Israéliens continuent sur le même trajet, aveuglement, en aggravant et creusant l’écart de haine et de vies perdues qui nous sépare. C’est facile à détruire la vie mais infiniment dur à la construire.’ …

 

Abuelaish est obstétricien et gynécologue, spécialiste des problèmes d’infertilité. Il a travaillé des années dans des hôpitaux israéliens. … Chez lui au nord de la bande de Gaza le 16 janvier 2010, il a courru vers la salle qu’un obus israélien venait de frapper. ‘J’ai vu mes filles noyées dans un étang de sang,’ dit-il, les larmes aux yeux. ‘J’ai vu les membres de leurs corps éparpillés – une tête décapitée, de la cervelle au plafond.’ L’armée a encore tiré un deuxième obus.

 

Désespéré, le docteur a téléphoné à son ami Shlomi Eldar, un présentateur pour Channel 10 en Israël. Les téléspectateurs ont entendu ses cris au secours en hébreu et en arabe en temps réel. Sa fille et sa nièce, blessées, étaient évacuées depuis Gaza. Plus tard, le docteur a réalisé l’importance du téléphone qu’il a fait en cherchant de l’aide médicale dont il avait besoin urgent : ‘Cela a ouvert les yeux du public israélien. Le secret autour de la guerre à Gaza était révélé.’

 

Ehud Olmert , premier ministre à l’époque, a vu l’émission. ‘J’ai pu lire qu’il avait dit « Qui peut regarder Izzaldin sans pleurer ? »’, dit Abuelaish. ‘Deux jours plus tard, il a annoncé le cessez-le-feu. J’espère que le sang de mes filles … a sauvé d’autres vies.’

 

Le docteur avait déjà reçu une offre pour travailler à Toronto et en six mois, il a commencé à enseigner la santé globale à l’Université de Toronto. D’après ce qu’il a pu observer cet été, la situation à Gaza est devenue ‘de pire en pire.’ ‘Les gens sont frustrés et sans espérance. Le bien-être ne dépend pas seulement de la nourriture. Nous avons faim de la liberté, un avenir meilleur, une vie où nous pouvons être en sécurité où nous sommes traités comme des êtres humains avec tout ce que cela implique. Tout est possible dans la vie, même la paix. La seule chose impossible est de faire revenir à la vie ma femme et mes enfants.’

 

Le livre de Abuelaish et sa fondation sont un véritable monument à la mémoire de ses filles disparues. … La fondation vise à promouvoir la santé et l’éducation des filles et des femmes au Moyen Orient.

 

Sur la couverture de son livre figure une photo de la journée de la sortie heureuse de la famille à la plage. ‘Deux semaines avant le début de la guerre,[mes filles] ont écrit leurs noms dans le sable. Où sont leurs noms maintenant ? Ils sont inscrits sur la pierre de leurs tombes. Mais un jour, je vous le dis, leurs noms seront écrits en métal et en pierre dans des écoles et des institutions médicales en leur mémoire.’ »

 

 

22:10 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : médecin, gaza, opération plomb durci, haine, bombes, vie, paix, israël | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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