21/10/2010

La vérité des 800'000 enfants de Gaza

The Elders [Les Sages ndlt] est un groupe indépendant de personnalités respectées mondialement qui oeuvrent pour le dialogue et la paix dans les régions en conflit. Cette semaine, ils sont en mission au Moyen Orient, ils se sont  rendus en Israël et dans la bande de Gaza. Mary Robinson, chef de la délégation, ancienne présidente de l’Irlande, a vécu à Genève pendant qu’elle était Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Elle est accompagnée d’Ela Bhatt, pacifiste indienne et Lakhdar Brahimi, ancien envoyé spécial des Nations Unies et ancien Ministre des affaires étrangères d’Algérie. Le groupe appelle à la fin du blocus de Gaza, « une punition collective illégale ». John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza profite de la visite des Sages pour produire un texte dont voici la traduction :

 

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 Ging (à dr) dans une école des Nations Unies à Beit Lahia, au nord de la bande de Gaza, le 17.01.09, peu après qu’un missile aït été tiré contre l’école. Le même jour, un obus tiré contre une école des Nations Unies où des civils avaient pris refuge a tué une femme et un enfant.
(MAHMUD HAMS/AFP/Getty Images)

 


« Gaza : Les simples vérités que l’on ne raconte pas

 

C’est de la couardise qui me fait poser la question: ‘Est-ce sans risque ?’ L’envie d’être efficace me pousse à demander ensuite: « Est-ce avisé ?’ Puis, un sentiment d’orgueil me fait hésiter: ‘Est-ce que cela va plaire ?’ Mais, la voix de ma conscience demande : ‘Est-ce juste ?’. Il vient un moment où l’on doit se prononcer d’une manière qui n’est ni sans risque, ni diplomatique et sans se soucier de l’opinion publique, en suivant les dictats de sa conscience. Dr Martin Luther King l’a déjà dit, il y a quatre décennies.

 

Je suis donc ravi que les Sages reviennent à Gaza pour témoigner et parler des vérités simples et évidentes que l’on ne raconte pas. La vérité connue de chacun des 800'000 enfants de Gaza, c’est que nous traversons la quatrième année d’un blocus illégal, inhumain et contre-productif qui concerne 1,5 millions de civils innocents.

 

Au lieu de s’adresser aux évidences qui crèvent les yeux sur le terrain, les gens ignorent ou rejètent la vérité. Ils discutent pour savoir s’il y a une vraie crise humanitaire ou non, si c’est une réponse adéquate que de minimiser les effets de cette situation illégale. Permettez-moi de vous dire que, oui, la crise est réelle et une crise qui dépasse largement une ‘crise humanitaire.’ Cette crise pèse sur tous les aspects de la vie privée et de la vie publique à Gaza.

 

Comme les Sages vont le constater, l’infrastructure sanitaire et celle de l’eau sont en pleine implosion. Chaque jour, 80 millions de litres cubes d’eau usée sont déversés dans la Méditerranée. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 90% de l’eau de Gaza n’est pas propre à la consommation. Les Sages verront aussi la pauvreté et les niveaux accablants de dépendance à travers l’aide : 80% de la population vit de la nourriture distribuée par l’ONU. Oui, les magasins débordent maintenant de marchandises de provenance israélienne au lieu de celle en provenance des tunnels, mais les prix sont accessibles à une toute petite minorité. Le chômage n’a jamais été si élevé : 95 % des entreprises du secteur privé sont fermées et l’interdiction d’importation et d’exportation reste fermement en place.

 

La conséquence de ceci et de plein d’autres désagréments est que 100% des civils innocents désespèrent de l’incohérence entre le discours politique de la communauté internationale et son refus d’agir de façon concrète pour appliquer le droit international. Le non-implémentation de la Résolution 1860 du Conseil de Sécurité adopté en janvier 2009 en est un exemple. Depuis quatre ans, il n’y a pas eu une seule école construite puisque Israël et l’Egypte interdisent l’importation du matériel nécessaire à ces constructions. Les gouvernements de la communauté internationale n’ont pas la volonté d’arranger un transport, par la mer, de matériel pour la reconstruction. Ainsi, 40'000 enfants sont exclus des écoles des Nations Unies, faute de place.

 

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 Mary Robinson  et Lakhdar Brahimi en visite à une école de l’ONU dans un container que la chaleur estivale transforme en four. Ces salles de classe temporaires sont surpeuplées et tout sauf propices à l’apprentissage. (Elders 18 octobre 2010)

 

Heureusement, la plupart des dirigeants du monde ont récemment déclaré que la situation à Gaza est intenable. Mais à notre honte, il fallait la mort tragique des activistes dans une flottille pour arriver à ce nouveau niveau de clarté et de résolution politiques. Pour la vaste majorité d’entre-nous, dans la bande de Gaza, il est maintenant évident que le blocus illégal aura une fin, comme tout autre siège dans l’histoire humaine. On se demande pourtant quand cela se terminera et combien de souffrances et de violence il y aura entre-temps.

 

Une chose est trop claire : la sécurité et la paix ne se réaliseront par des changements cosmétiques pour enlever un peu de pression sur ceux qui imposent le blocus ou qui rationalisent l’inaction de la communauté internationale. De telles demi-mesures ne pourraient pas pallier à la dépendance massive de l’aide ou à la pauvreté et le désespoir qui existent à grande échelle. Dans ce contexte, toute violence contre Israël ayant son origine à Gaza doit cesser, et Gilad Shalit doit retrouver la liberté, tout comme les Palestiniens sous détention administrative dans des prisons israéliennes. Plus de 300 enfants sont actuellement emprisonnés sous ce régime.

 

Au Moyen Orient, nous faisons route depuis trop de temps avec le regret perpétuel et des opportunités en baisse constante. L’espérance se trouve comme toujours du côté du potentiel positif des gens ordinaires et, en particulier, des enfants. A ce propos, on peut se réjouir de l’abondance de ce potentiel dans les 800'000 enfants de Gaza. La réalisation de leur potentiel positif dépend du triomphe de la vérité sur la propagande et de la légalité sur l’illégalité. L’enjeu n’est pas leur seul destin, mais le destin d’autres enfants bien loin des frontières de Gaza.

 

John Ging a servi dans des missions pour la paix au Moyen Orient, en Afrique et dans les Balkans. Il était responsable de l’organisation non-gouvernementale irlandaise Goal au Rwanda, au Zaire et en Tanzanie dans la période qui a suivi la génocide au Rwanda. Il était également chef du personnel de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine. M. Ging a commencé sa carrière à l’UNRWA juste cinq jours après l’élection de la majorité du Hamas au parlement palestinien. Il gère tous les programmes du développement de l’UNRWA ainsi que la distribution de l’aide humanitaire aux 1,1 millions des réfugiés à Gaza. »

22:30 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, elders ging, blcus, enfants, punition collective, crise humanitaire | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour cet article.
M.F.

Écrit par : savoir la vérité | 22/10/2010

Je veux juste dire ma douleur de juif que de tels actes soient commis au nom de tous les juifs. Comment ne pas penser au Ghetto de Varsovie ? Notre histoire aurait dû nous porter vers un engagement pour le respect de tous les humains. Ce qu'il se passe aujourd'hui sonne comme une victoire posthume du nazisme.
Une note d'espoir tout de même : en Europe comme en Israel, une prise de conscience s'opère enfin. Un mouvement se fait jour pour nous libérer de cette dérive fascisante qui nous a massivement dominés. J'ai espoir qu'enfin nous aboutissions vite.
Serge

Écrit par : grossvak serge | 24/10/2010

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