01/12/2010

« L’hiver à Gaza »

Ziad Medoukh partage ses impressions de l’hiver qui contrastent  avec Genève sous la neige. Responsable de la faculté de français de l’Université Al Aqsa de Gaza, Ziad réussit de nombreux projets pour améliorer la qualité de la vie des étudiants. Le 11 octobre, il a pu annoncer l’existence de trente et une bourses pour diverses études universitaires,  grâce à l’Association française AFPS, Ardèche-Drôme. Le jour suivant, il a inauguré le nouveau Centre de recherches francophones, financé par l’Association Dunkerque-Gaza. C’est un rêve qu’il caressait déjà lors de sa soutenance de doctorat à Paris.

Auteur du livre de poèmes « J’enseigne la paix à Gaza, » dont il a lu des extraits à la librairie l’Olivier en été 2009, Dr Medoukh cherche un éditeur en Suisse pour un deuxième recueil de 60 nouveaux poèmes. On peut le contacter à ziadmedoukh@hotmail.com.

 


« Ziad Medoukh

L’hiver à Gaza

N’est pas l’hiver d’ailleurs,

C’est un hiver très doux,

Un hiver sans orage ni vent,

Un hiver aux rares pluies

Un hiver plein d’étoiles.

 

L’hiver à Gaza est si particulier

Que même la poésie la plus colorée

Ne pourrait décrire,

Cet hiver gazaoui,

Cet hiver ensoleillé !

 

Pendant l’hiver, à Gaza

A l’horizon, peu de nuages

Et dans le ciel, l’ombre chuchote

Aucun arbre n’est coiffé de blanc.

En hiver, à Gaza

Le soleil est ardent.

 

Il est magnifique l’hiver à Gaza !

Les arbres fruitiers

Sont couronnés de mille fleurs.

L’olivier se prépare à donner

Les fruits de l’automne suivant.

A Gaza, l’hiver est un printemps.

 

A Gaza, l’hiver semble s’éterniser.

Les soirées sont longues

Sans lumière sans électricité.

Seules les étoiles tentent

De briser l’obscurité

De ce morceau de terre enfermé,

Soumis aux atroces mesures

D’une occupation qui aime les ténèbres

Et déteste la clarté.

 

L’hiver à Gaza serait l’occasion rêvée

De mettre fin à l’assassinat du ciel,

De mettre fin au vrombissement des avions,

Ces engins qui sèment la terreur et la mort,

Ces machines qui éparpillent dans le ciel

Des cadavres d’oiseaux.

Les cerfs-volants n’y peuvent plus danser.

 

En hiver, les femmes de Gaza

Brodent les robes traditionnelles

Pour les mariages de l’été.

En cette Palestine

Qui vit de l’espérance,

Elles  préparent pour la famille

La tisane aux multiples arômes

Et le thé à la sauge.

 

En hiver, une pauvre pluie

Arrose les oliviers, les orangeraies

Et les feuilles desséchées de nos arbres si beaux.

Elle estompe les ruines et les décombres

Des maisons détruites en plein hiver

Par les missiles et par les bulldozers

Des soldats de l’armée de l’occupant.

 

Gaza la prisonnière, comme

L’oiseau en cage,

Se souvient d’un autre hiver peu pluvieux,

C’était en  2008 !

Quand la guerre a commencé,

C’était le début de l’hiver !

Mais la guerre ignore les saisons.

 

Les combats faisaient rage

Les bombes au phosphore blanc illuminaient le ciel

Et les missiles s’enfonçaient dans les champs d’herbe verte.

 

Lors de ce dramatique hiver

Une nappe de brouillard s’étendait

Sur le nord de Gaza

Et le vent soufflait vers le sud

Quand une pluie de feu

S’abattit sur la colline de Jabalya

Rayant de la carte

Un village nommé

Ezbat Abd Rabou.

 

Lors de cet hiver meurtrier,

L’oiseau ne chantait plus,

L’hirondelle ne volait plus

Et sur les troncs calcinés,

La pluie a fait place aux bombes.

Les pilonnages rendaient fou

La peur étreignait le cœur de nos enfants.

 

En chaque début d’hiver,

Confronté à sa réalité de prisonnier

Et à ses souvenirs douloureux

Chaque  Gazaoui s’interroge :

Quand la pluie reviendra-t-elle ?

Quand aurons-nous un hiver

Comme les autres hivers ?

Quand retrouverons-nous la liberté ?

Quand retrouverons-nous la paix ?

Quand ?

Quand ?... »

10:30 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, pluie, hiver, bombes, liberté, paix, guerre, printemps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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