19/12/2010

L’insoutenable lourdeur de l’être

Est-il permis de se demander pourquoi le gouvernement israélien maintient son blocus sur la bande de Gaza ? C’est la cause de la misère à l’état pur pour la grande majorité de ses habitants qui vivent un quotidien inimaginable. Amira Hass, journaliste israélienne pour Ha’aretz, a vécu à Gaza et y était en visite en même temps que l’auteur de ce blog en 2000. Elle jette ici une lumière sur la situation.

 


 

 

« Ouvrir les portes de Gaza pour faire échouer le Hamas

 

La politique israélienne qui vise à affaiblir le Hamas en empêchant la production et l’industrie se trouve face à un échec total.

 

Par Amira Hass, le 27.10 10

 

Avez vous vraiment envie de faire échouer le Hamas ? Faites-lui une surprise. Révisez votre politique et ouvrez les portes de Gaza pour assurer la liberté de mouvement des êtres humains – pas seulement des cerises, des rasoirs électriques et d’une poignée de croyants musulmans qui obtiennent l’aval des bureaucrates égyptiens. Ouvrez le passage d’Erez. C’est alors que vous constaterez à quel point les gazaouis ont envie de vivre.

 

Autorisez les jeunes à étudier à l’extérieur de la bande de Gaza. Malgré la présence frustrante de la main-mise israélienne en Cisjordanie, ces jeunes y découvriront, dans les enclaves palestiniennes, une forme de diversité qui se fait de plus en plus rare à Gaza. Ils verront qu’une telle diversité est préférable à la réalité monolithique imposée par le siège israélien et une politique messianique. Permettez les élèves filles et leurs enseignantes de faire le tour de leur pays et comprendre que le monde est plus complexe que celui des émissions de télé qui lavent les cerveaux et les concours qui offrent comme prix des paquets d’aide humanitaires. Réfléchissez sur le fait que, selon des sources diplomatiques, la plupart des camps d’été à Gaza ont été fermés en faveur des camps de l’UNRWA, largement préférés par les enfants.

 

Arrêtez d’étouffer les industriels qui s’y sont paupérisés ces cinq dernières années. Prenez à part ceux qui souhaitent les boycotter ; autorisez les chômeurs à travailler en Israël. Vous allez voir si le Hamas va pouvoir les empêcher d’y aller. … Leur estime de soi, renforcée par le fait qu’ils puissent à nouveau subvenir aux besoins de leurs familles, fera l’affaire. Permettez l’entrée du ciment et de l’acier à Gaza, pour que les ingénieurs, les travailleurs de la construction et les peintres puissent se remettre au travail. En reconstruisant ce qui est actuellement en ruines, ils pourront reconstruire leurs vies.

 

Lorsque les résidents d’Hébron, de Nazareth ou des villes côtières [de Cisjordanie ndlt] pourront visiter les plages de Khan Younis ou un centre culturel au nord du camp de réfugiés de Shati, leurs illusions sur les merveilles du régime totalitaire–religieux s’en iront en fumée.

Plus vite la quarantaine mise en place sur Gaza, il y a une vingtaine d’années, est levée, plus vite le Hamas peinera à serrer la vis.

 

Le blocus sur Gaza – les restrictions au déplacement des personnes – a comme justification qu’il faudrait contrer la croissance du mouvement islamique et les frappes des terroristes contre le peuple israélien. Mais les évènements sont arrivés dans le sens inverse : la politique qui consiste à limiter le mouvement des gazaouis fut imposée en 1991, avant le début des attaques suicides en Israël. Cette société était progressivement mise à l’écart du monde par des moyens de plus en plus sophistiqués alors que l’OLP s’était montrée incapable de trouver des solutions à ce développement. Etant donné ces circonstances, est-il surprenant que les émissaires terrestres d’Allah aient trouvé un moyen de gagner les cœurs du peuple ?

 

Si la politique du gouvernement israélien avait vraiment le but de renverser le Hamas en interdisant la production et la manufacture des biens, en ayant recours à des calculs mathématiques pour assurer que les animaux – pardon, les êtres humains – aient une nourriture tout juste suffisante, alors elle a échoué totalement. L’échec de cette politique se voit dans le fait qu’Israël a annulé les restrictions sur l’importation de biens de consommation sous la pression internationale. Le haut seuil de résistance aux douleurs et les capacités à résister, pour lesquels les gazaouis sont connus, ont permis au peuple de passer à travers ces dernières trois années noires. C’est injuste d’attribuer cette résilience au Hamas.

 

Le Hamas devient de plus en plus confiant et satisfait de soi : il consolide son régime. Il le fait en réprimant la critique et en utilisant des méthodes d’intimidation et d’oppression (comme son rival, l’Autorité palestinienne). Mais grâce à sa capacité de s’adapter, le Hamas apprend à servir la population et à lui fournir ses besoins vitaux dans des circonstances extrêmement hostiles. Comment les personnes responsables pour la politique des restrictions draconiennes peuvent-elles imaginer que l’interdiction du chocolat, des jouets ou la destruction du secteur industriel pousseraient les gens à se révolter contre le Hamas ou convaincre le Hamas à livrer les clés du pouvoir à Mahmoud Abbas ?

 

Il serait faux de douter de la sagesse de ceux qui nous gouvernent. Il est possible qu’ils aient réussi à créer exactement la situation qu’ils désiraient : renforcer le Hamas dans la bande de Gaza pour perpétuer la division orchestrée intentionnellement entre Gaza et la Cisjordanie. Le but est de s’engager dans une guerre sans fin, à basse intensité (avec des escalades de temps à autre).

 

Ce n’est qu’en de telles circonstances que nos leaders savent fonctionner, en s’assurant du soutien de leur peuple.»

23:20 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, hamas, israël, blocus, amira hass, études, guerre | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Un vif merci, Carol, de nous faire connaître Amira Hass et la puissance de sa pensée.
C'est vrai que c'est simpliste de croire qu'en bloquant toute une population, on va résoudre des problèmes de fond!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20/12/2010

Est-il possible de se demander pourquoi le HAMAS continue dans sa volonté de destruction de l'Etat Hébreu ? Est-il possible de se demander pourquoi le HAMAS ne ne rejoint pas la table des négotiations tout comme le FATAH ?

Ouvrir les portes de GAZA ? Et permettre à nouveau des attentats ? NON ! Jamais car les familles comme la mienne qui perdu un frère de 11 ans à un arrêt de bus ne le permettrons jamais !! Depuis la fermeture de GAZA et le filtrage des marchandises, plus aucun attentsts n'a eu lieu, certes restes quelques tirs de roquettes mais ceux-ci sont marginaux bien qu'intolérable.

La balle est dans le camps du HAMAS, Israël estprêt à négocier depuis toujours ...mais pas question de remettre en question la sécurité des persoones qui vivient sur son territoire.

Écrit par : Liv | 20/12/2010

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