04/01/2011

Entre le marteau et l’enclume : un cri des jeunes de Gaza -- sur Facebook !

Un article dans The Observer du 2.02.2011 donne la voix à des jeunes de Gaza qui désirent ardemment une vraie « Bonne Année ». La révolution passera-t-elle par Facebook ? Nous avons intentionnellement laissé le ton qui est parfois à la limite de la vulgarité. C’est ainsi qu’ils l’on voulu pour montrer leur intense révolte.


 « Manifeste des jeunes de Gaza qui exprime leur colère contre tous les acteurs du conflit

 

Des étudiants, constitués en groupe anonyme, publient un document qui exprime leur frustration face aux mesures violentes du Hamas contre ‘la décadence occidentale’, la destruction causée par les attaques israéliennes aussi bien que les jeux politiques du Fatah et des Nations Unies. [La traduction complète du Manifeste se trouve à la fin de cet article. ndlt]

 

La réunion a eu lieu dans une salle austère des immeubles du centre-ville de Gaza. Pas de photos, pas de vrais noms – ce sont les conditions du rendez-vous.

 

C’est la première fois que ce groupe de jeunes cyber-activistes palestiniens ont répondu positivement à une rencontre avec un journaliste depuis le lancement de leur ‘Manifeste des Jeunes de Gaza pour le Changement’. C’est un document incendiaire – écrit avec une énergie furieuse – captivant des milliers de personnes qui l’on lu sur la toile. Ces jeunes étudiants universitaires en sont

visiblement émus, mais ils ont aussi peur. ‘Nos vies sont certainement en danger, mais nous mettons aussi nos familles en péril,’ selon celui qui se fait appeler Abu Georges.

 

Ce cri passionné extraordinaire, publié sur Internet, exprime le ras-le-bol de quelques jeunes hommes et jeunes femmes de Gaza où plus de la moitié des 1,5 millions d’habitants ont moins de 18 ans. Le texte commence par ‘Fuck Hamas,’. ‘Fuck Israël. Fuck Fatah. Fuck ONU. Fuck USA ! Nous, jeunes de Gaza, nous en avons terriblement assez d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations des droit humains et de l’indifférence de la communauté internationale !’ Suit une description détaillée de la vie quotidienne dans la bande de Gaza, cette tranche de terre palestinienne qu’Israël et l’Egypte ont, de fait, coupé du monde depuis les élections de 2006, lors desquelles le Hamas est arrivé au pouvoir.’

Le texte se termine avec une demande triple : ‘… Nous voulons vivre libres. Nous voulons une vie normale. Nous voulons la paix. Est-ce trop demander ?’

 

Le nom que le groupe se donne sur Facebook est ‘Gaza Youth Breaks Out’ [‘Les jeunes de Gaza brisent les barreaux’ ndlt]

 

Cela fait trois semaines que ces cyber-activistes ont publié leur document en pensant que cela prendrait une année afin de trouver assez de soutien pour planifier la suite de leur action. Mais voilà que leur texte a fait le tour du monde à une vitesse inattendue et a déjà rallié des milliers d’individus, dont beaucoup d’activistes des droits humains, tous prêts à les soutenir.

 

Les activistes se trouvent responsables de la parution d’un document qui pourrait bien être un moment critique dans la vie de la bande de Gaza. ‘Nous n’avons pas prévu une si grande réaction,’ admet un d’entre eux. Le texte est le travail de huit jeunes – trois femmes et cinq hommes. Ce sont des étudiants ordinaires qui adhèrent à la tendance laïque de la société gazaouie. Tous se disent apolitiques et dégoutés des tensions et rivalités qui divisent les Palestiniens entre le Hamas, qui contrôlent Gaza et le Fatah, le parti plus laïque, qui gouverne l’Autorité Palestinienne, basée en Cisjordanie. ‘La politique est de la foutaise, elle gâche nos vies,’ dit un membre du groupe. ‘Les politiciens ne pensent qu’à l’argent et à leurs électeurs. Les seuls qui profitent de la division sont les Israéliens.’

 

Deux des membres du groupe ont été détenus plusieurs fois par les autorités de Gaza et accusés de différents crimes, y compris un comportement ‘immoral’. Ils disent qu’on a abusé d’eux en prison et que la punition psychologique et physique est courante dans les centres de détention à Gaza.

 

Un autre membre du groupe a reçu une bourse pour participer à un atelier d’une université américaine, mais Israël ne lui a pas accordé le permis nécessaire pour quitter la bande de Gaza.

 

‘Nous sommes censés être le moteur du changement dans notre société, mais nos voix sont tues,’ dit Abu Yazan. ‘Dans la presse, à l’université, dans notre société, il n’y a pas de place où on peut parler librement, hors du cadre imposé, sans se mettre en danger et toute sa famille avec.’ Il ajoute, ‘A Gaza, vous vous sentez surveillés à l’école, dans les rues, partout. On peut vous arrêter à tout moment. [Le Hamas] menace de démolir la réputation de votre famille, et ça, ce serait la fin.’

 

Ces jeunes parlent uniquement en leur nom propre, mais leur appel au changement a une forte résonance, pas seulement à l’étranger mais également à l’intérieur de la bande de Gaza.

 

Les causes de frustration sont innombrables. Le blocus israélien empêche les gens de voyager sans un permis difficile à obtenir. Les étudiants qui veulent poursuivre des études à l’étranger peuvent se faire accepter à une université et/ou obtenir une bourse, mais l’obstacle majeur est de pouvoir sortir de la bande de Gaza.

 

La situation générale dans la bande de Gaza ne s’améliore pas. Les tirs des missiles israéliens que suivent les tirs des roquettes en direction d’Israël par des militants palestiniens sont quotidiens. Les coupures d’électricité et les conditions sanitaires désastreuses font partie des souffrances des habitants conséquemment au blocus.

 

Etant donné le pourcentage élevé du chômage et l’accès presque inexistant à d’autres marchés du travail suite aux études universitaires, beaucoup de jeunes ont le sentiment d’être arrivé devant un huis clos. D’autres continuent à étudier et à accumuler des diplômes et des langues étrangères apprises sur Internet dans l’espoir d’un jour meilleur. Certains tuent le temps, jour après jour, en fumant du narghileh avec leurs amis. Un nombre croissant dépend de la drogue pour surmonter leurs frustrations et leurs traumatismes.

 

Sortir, se rencontrer dans des cafés – voire dans des clubs ou des discothèques  - ou participer à des évènements culturels est devenu de plus en plus compliqué à cause de la politique du Hamas qui veut réprimer la ‘décadence’ occidentale. …

Dans les lieux où jeunes, hommes et femmes, ont la possibilité de se rencontrer, considérés comme un ‘oasis’ par les jeunes les moins conservateurs, la police intervient rapidement en interrogeant des couples soupçonnés d’être ni fiancés, ni mariés.

 

‘La fin des haricots’ pour les jeunes qui ont rédigé le Manifeste est arrivée il y a un mois lorsque le Hamas a fermé le Sharek, une organisation internationale qui offre des formations et des activités pendant l’été à des milliers d’adolescents et de jeunes. Leur local était devenu un havre pour les jeunes gazaouis plus ouverts d’esprit. Human Rights Watch fait une déclaration critiquant cette fermeture. ‘Les autorités du Hamas à Gaza devraient autoriser cette organisation, aidant les enfants et les jeunes, à rouvrir ses portes et sanctionner les responsables qui ont harcelé ses employés.’

 

Selon Ihab Al Ghusein, un porte-parole du Ministère de l’Intérieur, les problèmes mis en exergue par les jeunes mécontents sont le résultat d’un zèle parfois exagéré. ‘Il n’y a pas de loi qui interdise que les hommes et les femmes s’assoient ensemble dans un lieu public à Gaza,’ dit-il. ‘Mais il y a des policiers qui prennent des libertés et interrogent des couples. Ces policiers méritent une sanction.’

 

Al Ghusein cite le fait que le gouvernement a déclaré 2011 Année de la Jeunesse comme preuve du sérieux des autorités quant à la situation des jeunes de Gaza. Mais une telle déclaration symbolique pourrait bien laisser les auteurs du  Manifeste indifférents. Actuellement, le groupe met toute son énergie et son temps à la discussion et aux stratégies de création d’un site internet pour le changement. La nouvelle année sera peut-être bien une année pour la jeunesse, mais peut-être pas exactement de la manière que le Hamas a envisagé. »

 

Le Manifeste

 

Nous voulons hurler et briser ce mur de silence, d’injustice et d’indifférence, tout comme les F-16 brisent le mur du son. Nous voulons hurler avec toute la puissance de nos âmes afin de libérer cette immense frustration qui nous dévore à cause de cette fucking situation dans laquelle nous vivons…

 

Nous en avons marre d’être impliqués dans cette lutte politique ; marre des nuits noires comme le charbon avec les avions qui volent en cercles au-dessus de nos maisons ; marre des paysans innocents blessés dans la zone tampon puisqu’ils travaillent sur leurs terres ; marre des mecs barbus qui abusent de leur pouvoir en se promenant avec leurs fusils, en battant ou en arrêtant des jeunes qui manifestent pour des causes auxquelles ils croient ; marre du mur de la honte qui nous sépare du reste de notre pays et qui nous enferme dans un bout de terre la taille d’un timbre-poste ; marre d’être catalogués comme terroristes, des fanatiques de fortune, les poches bourrés d’explosifs et les yeux brillant le mal ; marre de l’indifférence de la communauté internationale, de ces soi-disant experts exprimant combien ils sont touchés et rédigeant des résolutions, mais ce sont des couards quand il faudrait sanctionner ou agir ; nous en avons royalement marre de cette vie de merde, obligés à rester dans cette prison où Israël nous garde, battus par le Hamas et complètement ignorés par le reste du monde.

 

Une révolution grandit en nous, un énorme ras-le-bol et une frustration qui nous détruira si nous ne trouvons pas moyen de canaliser cette énergie dans quelque chose qui peut poser un défi au statu quo et nous apporter une lueur d’espoir.

 

Nous avons à peine survécu à l’Opération Plomb Durci pendant laquelle Israël nous a très efficacement écrasés sous ses bombes, annihilant des milliers de foyers et encore plus de vies et de rêves. Pendant les attaques, nous avons eu la certitude qu’Israël voulait nous effacer de la surface du globe. Ces dernières années, le Hamas a fait tout ce qui était en son pouvoir pour contrôler nos pensées, notre comportement et nos ambitions. Ici à Gaza, nous avons peur d’être emprisonné, interrogés, battus, torturés, bombardés, tués. Nous ne pouvons pas nous déplacer à notre gré, dire ce que nous avons envie de dire, faire ce que nous voulons faire.

 

ASSEZ ! Assez de douleur, de larmes, de souffrances, de contrôles sévère, de restrictions, de justifications qui ne tiennent pas la route, de terreur, de tortures, d’excuses, de bombardements, de nuits sans sommeil, de civils tués, de souvenirs noirs, de futur compromis, d’un présent qui fend le cœur, de la politique violente, des politiciens fanatiques, de baratin religieux, assez de cette prison ! NOUS DISONS HALTE ! Ceci, ce n’est pas le futur que nous voulons ! Nous voulons vivre libres. Nous voulons une vie normale. Nous voulons la paix ! Est-ce trop demander ?

Contact us: freegazayouth@hotmail.com

 

 

13:57 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : jeunes, gaza, manifeste, facebook, sharek, changement, hamas, israël | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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