09/01/2011

« En médecine, le temps, c’est la vie »

 

Lors d’un entretien en décembre dernier, Docteur Ruchama Marton, fondatrice des Médecins pour les Droits Humains-Israël (PHR-I), explique que « le temps bureaucratique n’est pas le même que le temps médical : en médecine, le temps, c’est la vie. » PHR a reçu le prix Nobel Alternatif du parlement suédois en décembre. Le 5 janvier, PHR-I avec d’autres organisations dont Human Rights Watch, a dénoncé une négligence criminelle dans la gestion du temps, cause de la mort d’un jeune malade palestinien de Gaza.


 « Physicians for Human Rights, Adalah et Al Mezan demandent une enquête criminelle sur la mort d’un malade palestinien de 20 ans à qui les autorités israéliens ont refusé l’autorisation de quitter la bande de Gaza

 

Les autorités israéliennes ont insisté pour qu’un malade plongé dans le coma se présente à un interrogatoire du Service de Sécurité Générale israélien ; le malade est mort à Gaza en attendant une réponse

 

Le 5 janvier 2011, Adalah, en son nom propre ainsi que de la part des Médecins pour les Droits Humains-Israël et du Centre Al Mezan pour les Droits Humains (Gaza), a déposé une plainte auprès du Procureur Générale d’Israël, Yehuda Weinstein et auprès du Procureur Général Militaire, Avichai Mendelblit, pour qu’une enquête criminelle soit ouverte et les coupables traduits en justice suite à la mort suspect de M. Anas Saleh, habitant de Gaza de 20 ans. M. Saleh est mort le 1er janvier 2011 d’une maladie du foie à l’Hôpital Shifa à Gaza. Sachant pourtant la situation médicale critique de M. Saleh, Israël a refusé qu’il quitte la bande de Gaza pour un traitement qui lui aurait sauvé la vie. La plainte a été déposée par Maître Fatmeh El-Ajou d’Adalah de la part de la victime, dont le cas était suivi et documenté par PHT-I et Al Mezan.

 

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Anas Saleh

 

Les organisations des droits humains affirment, dans leur plainte, que le fait d’avoir refusé une autorisation de voyager dans ces circonstances précises contrevient à l’obligation légale de fournir de l’aide médicale pour sauver la vie d’un malade – en ce cas, ce manquement a résulté, ou au moins avancé, le décès. Le manquement mentionné ci-dessus peut être considéré comme un acte d’homicide (section 298 du code pénal, 1977), et/ou d’avoir causé la mort par négligence (sections 304 et 309 (4) du code pénal, 1977) sur une personne sans défense aussi bien qu’une violation de l’obligation en tant que parent ou de personne responsable (sections 322 et 337 du code pénal).

 

En septembre 2010, Anas Saleh a été diagnostiqué comme souffrant d’une maladie du foie, le Budd Chiari Syndrome (un syndrome clinique causé par une obstruction des veines dans le foie). Puisque le système de santé dans la bande de Gaza n’a pas les moyens de traiter cette maladie, sa situation médicale s’est détériorée avec un arrêt de fonctionnement aigu du foie qui s’est compliqué par une hépatite.

 

Le malade a reçu une convocation pour un traitement en vue de lui sauver la vie à l’Hôpital Muqassed à Jérusalem-est. Son rendez-vous était établi pour le 26 décembre 2010. Le 13 décembre 2010, sa famille a fait une demande formelle auprès des autorités israéliennes pour un permis de sortie de la bande de Gaza par l’entremise du Bureau de Liaison palestinien.

 

Treize jours plus tard, le 26 décembre 2010, date de rendez-vous du malade à l’hôpital, l’armée a informé le Bureau de Liaison palestinien que le malade devait se présenter pour être interrogé par le Service de Sécurité Générale israélien (ISA ou Shabat), le 30 décembre 2010, pour avoir plus d’éléments par rapport à sa demande. Mais le malade était déjà dans le coma. Cette information a été envoyée le jour même aux militaires israéliens avec une demande de la part du coordinateur palestinien de santé d’accélérer la procédure et d’accorder une autorisation de sortie en toute urgence.

 

… Le 28 décembre, le père du malade a reçu un coup de fil d’un homme qui se disait un représentant de l’ISA. Il a demandé que son fils se présente le jour suivant pour une interrogation. Le père a informé le représentant que son fils était dans le coma et demandé qu’il soit autorisé de quitter Gaza au plus vite pour recevoir un traitement médical.

 

Pendant toute la procédure, des documents médicaux témoignant de la situation médicale du malade ont été transmis aux autorités israéliennes. Un dernier document qui confirmait la gravité de sa situation fût envoyé le 29 décembre 2010.

 

Le malade est mort à l’Hôpital Shifa le 1er janvier 2011 à 18h. A ce jour, il n’y a pas eu de réponse à la demande envoyée aux autorités israéliennes.

 

Professeur Zyi Bentwich du PHR-I affirme que le malade aurait pu être sauvé si on lui avait accordé une entrée immédiate pour une opération en urgence. Ce cas est un exemple parmi beaucoup d’autres de l’intransigeance israélienne envers les habitants des territoires occupés qui génère du mal inutile et, en ce cas, a fait perdre une vie alors que c’était évitable.

 

Selon Mahmoud Abu Rahma du Centre Al Mezan, ‘Le blocus israélien a fait des milliers de victimes souffrant d’un manque de soins médicaux, disponibles à une heure de distance en voiture.’ Il ajoute, ‘Al Mezan et PHR-I ont suivi les cas de centaines de malades à qui on a empêché de recevoir un traitement médical en dehors de la bande de Gaza – beaucoup en sont morts, certains ont dû patienter très longtemps, d’autres ont été arrêtés. La situation reste toujours inhumaine pour les malades et si elle persiste, bien d’autres vont en souffrir.’

 

Médecins pour les Droits Humain-Israël, Al Mezan et Adaleh demandent aux autorités israéliennes de traduire en justice les personnes qui ont empêché la sortie de Anas Saleh, 20 ans, de la bande de Gaza, pour un traitement dont il avait besoin pour lui sauver la vie et qui ont ainsi causé sa mort. Ils demandent qu’Israël prennent les mesures nécessaires pour que de tels incidents ne se répètent pas à l’avenir. Israël doit s’acquitter de ses devoirs légaux envers les habitants palestiniens de la bande de Gaza et garantir un accès complet des malades au traitement médical.

 

Pour des informations complémentaires, prière de contacter Ran Yaron, Département du territoire occupé au +972 54 7577 696, e-mail : ranyaron@phr.org.il »

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